Le dernier Picasso

Entre 1996 et 2004, Frieder Burda achète huit Picasso de la dernière période, datés de 1960 à 1972. C’était l’époque où le collectionneur habitait cette charmante petite ville de l’arrière-pays cannois où il avait décidé d’abord de construire son musée.Picasso s’installe à Mougins en 1961, avec Jacqueline « la dame de Vauvenargues », au mas de Notre-Dame-de-Vie, assez vaste pour accueillir plusieurs ateliers et qui proposait encore une large vision sur la baie de Cannes. Il a alors quatre-vingts ans, sa vie toute entière est consacrée à son art mais, à sa boulimie et à son énergie coutumières, il ajoute ce sentiment d’urgence car le temps est désormais compté.Eblouissante liberté des dernières toiles Enfant, un bronze daté de 1960, confirme l’intérêt que n’a jamais cessé d’avoir Picasso pour la sculpture. Dans sa simplification et sa densité formelle, il concentre énergie vitale et innocence de l’enfance. Comme pour la sculpture, c’est bien ainsi qu’il faut ressentir les tableaux de la collection Burda dans cette quête pour libérer la peinture et la rendre vivante. Avant 1965 et la maladie, il peint un, deux, voire trois tableaux le même jour : le thème du peintre et son modèle, dont témoigne la toile de novembre 1964, est récurrent dans tout l’oeuvre de Picasso mais il connaît un regain d’intérêt à ce moment de sa vie. En 1968, Picasso trouve aussi le temps de peindre notamment le Nu assis du 3 avril et le Nu couché du 7 octobre , symptomatiques de ses recherches plastiques pour aller à l’essentiel de la figuration. Le monumental Homme debout (septembre 1969) témoigne de ces figures dépouillés d’anecdotes tandis que dans le Buste d’homme peint entre le 22 septembre et le 2 novembre 1969, on peut retrouver quelques souvenirs de la série mousquetaires. Dans l’Homme au chapeau assis du « mercredi 16.2.72 », acheté par Frieder Burdaen 2001, c’est encore et toujours cette vitalité créatrice, cette éblouissante liberté qui s’imposent dans ses dernières toiles.Cette ultime période de Picasso, par ses oeuvres, semble à Frieder Burda synthétiser tout l’expressionnisme. Avec le succès incontesté de l’art abstrait triomphant aux États-Unis et en Europe, Picasso était entré en résistance jusqu’à ce que la figuration revienne en force dans les années 1980.

Pablo Picasso (1881- 1973), Nu couché, 1968 (Huile sur toile, 130 x 162 cm) - Musée Frieder Burda, Baden-Baden
Pablo Picasso (1881- 1973), Nu couché, 1968 (Huile sur toile, 130 x 162 cm) - Musée Frieder Burda, Baden-Baden © Succession Picasso 2012

Les artistes américains

Dans les années 1970, Frieder Burda séjourne souvent aux Etats-Unis. Il y découvre les créations de nouvelles générations d’artistes qui ont fait voler en éclats le paysage artistique mondial de l’après-guerre. Mais c’est bien par la suite, à partir de la fin des années 1980, qu’il se met à collectionner les oeuvres de ces artistes. Il constitue ainsi un ensemble remarquable et représentatif des tendances variées de la peinture américaine de la seconde moitié du XXe siècle.

Triomphe de l'art américain sur la scène mondiale

Alex Katz, Scott and John (Scott et John), 1966 (Huile sur toile, 182,9 x 121,9 cm) - Museum Frieder Burda,
Alex Katz, Scott and John (Scott et John), 1966 (Huile sur toile, 182,9 x 121,9 cm) - Museum Frieder Burda, © Alex Katz / ADAGP, Paris 2012

Frieder Burda s’est naturellement enthousiasmé pour l’expressionnisme abstrait : il retrouve dans les oeuvres de Rothko , Pollock et De Kooning la liberté formelle et l’expressivité des peintures expressionnistes de la collection paternelle. Synthèse originale entre la pratique de l’abstraction et les principes de l’expressionnisme, ce mouvement consacre le triomphe de l’art américain sur la scène mondiale. Jackson Pollock, figure de proue de l’Ecole de New York, se devait d’être représenté dans la collection de Frieder Burda. Composition n° 16 (1948) montre la peinture en train de naître : la peinture est projetée par dripping sur la toile jusqu’à en recouvrir la surface de manière indifférenciée. Large Torso (1974) de Willem de Kooning transcrit en trois dimensions le combat de l’artiste avec la matière picturale.Mais Frieder Burda étend aussi son intérêt aux autres tendances de la peinture américaine. Dès le milieu des années 1950 des artistes proposent un retour à la figuration sous des formes inédites. Le Pop Art, le New Realism et l’Hyperréalisme questionnent à des niveaux divers la société américaine. Alex Katz promeut une peinture lisse et impersonnelle dans ses portraits surdimensionnés (Scott and John, 1966). Big Piles of Bones (Scenarios), oeuvre tardive de Robert Rauschenberg (2005), procède par juxtaposition et assemblage d’images. La photographie et ses aberrations optiques sont les sources directes des toiles virtuoses de Richard Estes et de Malcolm Morley .

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