Richter, Polke, Baselitz

Gerhardt Richter , Sigmar Polke et Georg Baselitz sont des artistes avec qui Frieder Burda entretient depuis de longues années un dialogue étroit et fécond. Sa collection permet d’embrasser l’intégralité de la production de chacun d’entre eux. Ces trois peintres sont aujourd’hui unanimement reconnus sur le plan international comme des artistes majeurs des cinquante dernières années. Chacun à leur manière, ils sont les produits et les témoins des tribulations historiques et politiques de l’Allemagne au XXe siècle. Le traumatisme de la Seconde Guerre mondiale nourrit considérablement le travail de Baselitz, tandis que le « Réalisme capitaliste » inventé par Polke et Richter en 1962 dénonce autant l’endoctrinement idéologique en RDA que la société de consommation de l’Ouest. Cependant, les enjeux plastiques et picturaux restent au centre de leurs interrogations et de leur pratique.Figuration et abstraction questionnenet la nature même de la peintureLe détournement des images comme des techniques est au centre de l’oeuvre de Polke . Son travail sur la toile s’apparente souvent à une superposition de matériaux divers qui agissent par transparence les uns avec les autres ; images, récit et message se trouvent brouillés en une stratigraphie de matière et de sens.Richter est unanimement admiré pour son travail raffiné et virtuose de la matière picturale. Artiste éclectique qui revendique l’absence de style comme principale qualité, il peut tour à tour adopter une facture lisse et veloutée au rendu photographique, ou travailler la matière dans l’esprit de l’action painting. L’oscillation permanente chez lui entre figuration et abstraction questionne la nature même de la peinture.Artiste qualifié de « néo-fauve » ou « néo-expressionniste », l’oeuvre de Baselitz ne pouvait que séduire Frieder Burda. Depuis 1969, il peint à l’envers des motifs d’apparence souvent anodine : les paysages, portraits, nus et animaux brossés de manière enlevée et dans des coloris expressifs sont devenus depuis sa marque distinctive. Mais sous le brio de la forme, Baselitz interroge la capacité des Allemands à regarder leur histoire en face.

Sigmar Polke (1941-2010), $-Bild ($-Tableau), 1971 (Technique mixte, 120 x 150 cm) - Musée Frieder Burda,
Sigmar Polke (1941-2010), $-Bild ($-Tableau), 1971 (Technique mixte, 120 x 150 cm) - Musée Frieder Burda, © photo museum Frieder Burda © Gerhard Richter

La jeune peinture allemande

Frieder Burda s’intéresse depuis plusieurs années aux peintres de la génération suivante, celle des artistes nés dans les années 1960 qui forment aujourd’hui l’avant-garde de la peinture allemande.Restant fidèle à son goût et à son regard personnels tout en reflétant une certaine spécificité de l’Allemagne dans le paysage artistique mondial, il prend position en faveur de la peinture dans le débat qui périodiquement depuis les années 1970 affirme la fin de ce mode d’expression.Une peinture libre et éclectique volontiers monomentale Le phénomène artistique allemand le plus remarquable des 15 dernières années est l’émergence sur la scène internationale de la « Nouvelle Ecole de Leipzig », largement représentée dans la collection Burda. Plutôt qu’une école, ce collectif informel basé dans l’ancienne ville d’Allemagne de l’Est regroupe des peintres généralement figuratifs aux références très diverses, voire disparates :la tradition artistique classique autant que la bande dessinée, le graffiti ou l’imagerie des mass media, la photographie, le réalisme socialiste, le surréalisme, l’hyperréalisme. Le savoir-faire artistique peut être dénigré ou au contraire souligné et valorisé. Il en résulte une peinture libre et éclectique, volontiers monumentale dans ses formats.

Neo Rauch (né en 1960), Interview, 2006 (Huile sur toile, 210 x 300 cm) - Musée Frieder Burda,
Neo Rauch (né en 1960), Interview, 2006 (Huile sur toile, 210 x 300 cm) - Musée Frieder Burda, © courtesy Gal. EIGEN + ART Leipzig/Berlin und Pace Wildenstein / ADAGP, Paris

Néo Rauch, artiste le plus en vue de la Nouvelle Ecole de Leipzig, bénéficie aujourd’hui d’une large audience internationale . Son univers fantasmatique et intemporel s’épanche dans Interview (2006) en une vision onirique teintée de surréalisme. Flut I (1992-1993), peuplé de débris figuratifs, évoque quelque cataclysme pictural. Beaucoup plus sereine, la peinture de Tim Eitel reformule le sentiment romantique allemand dans le langage de la modernité ; l’expérience photographique est au coeur de Abend (2003). La tendance hyperréaliste est également à l’oeuvre dans le travail de Eberhardt Havekost (Alpennähe 2, 1999), tandis que Heribert Ottersbach propose au contraire dans Jasons Flucht (Moderne Kunstler) (2004) une dissolution impressionniste de l’image.

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