1. La découverte de la Macédoine antique

Jusqu’aux années 1970, la Grèce du Nord restait une région méconnue, notamment du point de vue archéologique. Longtemps éclipsée par les vestiges visibles de l’Attique, du Péloponnèse, de l’Asie Mineure (Turquie actuelle), de la Sicile et de l’Italie méridionale, la Grèce du Nord, terre de fleuves, de vastes forêts et de mines d’or et d’argent aux vestiges ensevelis n’intéressait pas les érudits. En effet, aucune architecture civile n’avait été épargnée et les sources écrites dont on disposait alors tels les discours de Démosthène, offraient une image négative de Philippe II, roi de Macédoine, le père d’Alexandre le Grand. Que chercher alors dans cette région du monde que les architectures de la Grèce du Sud n’avaient pas déjà révélé ? […..]

En 1861, deux Français, Léon Heuzey (1831-1922), qui allait devenir par la suite conservateur au musée du Louvre et Honoré Daumet (1826-1911), architecte, partent sous l’égide de Napoléon III en Grèce du Nord à la recherche des traces des champs de batailles des guerres civiles romaines. Les deux hommes fouillent certains sites qu’Heuzey avait repéré quelques années plus tôt, bravant la malaria. Ils mettent au jour deux ailes d’un monument, dont ils rapportent les fragments au musée du Louvre. Le site s’appelait alors Palatitza .

Ce n’est qu’en 1977 que Manolis Andronikos allait percer le secret de l’immense tumulus de 110 m de diamètre et de 12 m de haut qui avait impressionné Heuzey : trois tombes royales furent mises au jour par l’archéologue grec, dont la tombe de Philippe II , inviolée. Depuis, les découvertes se sont enchaînées à un rythme vertigineux, témoignant de la diversité et de l’importance du royaume de Macédoine. [....]

2. La formation du royaume de Macédoine, de la deuxième moitié du IIe millénaire au VIe siècle avant J.-C.

Couronne de feuilles de lierre et corymbes en or Troisième quart du IVe s. av. J.-C. Apollonia Or D. 33 cm
Couronne de feuilles de lierre et corymbes en or Troisième quart du IVe s. av. J.-C. Apollonia Or D. 33 cm © Hellenic Ministry of Culture and Tourism / Archaeological Receipts Fund

A la fin de l’âge du bronze et durant del’âge du fer , les mouvements de population ont conduit à l’émergence de dynasties royales, parmi lesquelles celle des Téménides . La Macédoine était particulièrement riche, comme en témoignent les nécropoles de Sindos , près de Thessalonique, et d’Archontiko, près de Pella qui renferment des trésors incomparables. Les défunts étaient inhumés avec leurs armes, leurs ustensiles, leurs bijoux d’or et d’argent décorés selon des techniques très maîtrisées du filigrane et de la granulation. Le matériel funéraire d’une tombe féminine de la nécropole de Sindos est présenté dans son intégralité : paire de boucles d’oreilles, collier de perles et pendeloques et épingles en or (Deux épingles, Musée archéologique de Thessalonique). Une autre tombe datant de 520 avant J.-C. reste mystérieuse : le visage du défunt était entièrement dissimulé derrière un casque en bronze et un masque en or (Casque en bronze et masque en or , Musée archéologique de Thessalonique) selon une tradition qui avait disparue en Grèce depuis l’époque des tombes à fosse de Mycènes aux XVIIe et XVIe siècles avant J.-C.

Plusieurs colonies ont été fondées sur les côtes de la Macédoine par d’autres cités grecques. Les vases retrouvés dans les nécropoles Toroné, Mendé, Méthonè , ou encore Akanthos et dans celles des cités macédoniennes témoignent d’une intensification des échanges commerciaux. Ainsi, beaucoup d’œuvres furent importées comme des vases attiques, chiotes, corinthiens, ou d’Asie Mineure. Deux magnifiques calices représentants un lion rugissant pour l’un et deux sphinx affrontés pour l’autre sont présentés à l’exposition.

3. La royauté macédonienne d’Alexandre Ierà Alexandre le Grand (Ve-IVe siècles avant J.-C.)

Statuette en bronze : Alexandre à la lance Hellénistique Egypte (Basse Egypte) Bronze
Statuette en bronze : Alexandre à la lance Hellénistique Egypte (Basse Egypte) Bronze © RMN / Stéphane Maréchalle

Sans l’intelligence politique et l’ambition de certains de ses rois, sans l’exceptionnelle envergure stratégique de Philippe II , roi réformateur, les conditions d’une expansion vers l’Est n’auraient pas été réunies et Alexandre III , n’aurait pu, à vingt-deux ans, partir à la conquête de l’Orient. Alexandre Ier (498 - 454 av. J.-C.) se rapproche d’Athènes alors que son royaume est sous domination perse.

Mais la Macédoine prend sa réelle ampleur sous le règne de Philippe II (359-336 av. J.-C.). Otage à Thèbes durant ses jeunes années, il observe les pratiques de l’armée béotienne, ce qui lui permet ensuite de réformer l’armée macédonienne, notamment l’infanterie, dotée désormais de la sarisse, une lance longue de près de 5 mètres, et organisée selon la configuration de la phalange, véritable arme de guerre. Grâce à l’audace et au génie de ce roi, le royaume s’étend. Les premiers palais macédoniens voient le jour, comme celui d’Aigai-Vergina découvert par Léon Heuzey. La gravure du palais par Honoré Daumet Mission archéologique de Macédoine (1876), est mise en parallèle dans l’exposition avec le Chapiteau ionique du grand ordre ionique et la Base ionique du grand ordre ionique (musée du Louvre).

Exceptionnellement,trois œuvres retrouvées dans le tombe de Philippe II seront exposés : une OEnochoé , une coupelle d’argent , et un trépied de 60,5 cm inscrit, gagné aux jeux d’Argos par un ancêtre de Philippe (Vergina, Musée des tombes royales d’Aigai). Les plus grands artistes se pressent à la cour de Macédoine. Après Euripide ou Zeuxis, à la fin du Ve siècle av. J.-C., Apelle ou encore Lysippe de Sicyone répondront à l’appel de Philippe et d’Alexandre : ils seront les portraitistes officiels d’Alexandre, comme en témoigne l’Alexandreà la lance évoqué dans l’exposition par une statuette.

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