La scène a choqué les personnes présentes, samedi, boulevard des Invalides à Paris. Lors de la dispersion du cortège, un "gilet jaune" qui circulait à vélo a été jeté à terre et embarqué par la police, sans raisons apparentes. De quoi alimenter encore la colère vis à vis des méthodes des forces de l'ordre. Récit.

Les Gilets jaunes ont dénoncé les violences policières, lors de la manifestation de samedi à Paris
Les Gilets jaunes ont dénoncé les violences policières, lors de la manifestation de samedi à Paris © Radio France / Julie Pietri

C'était ce samedi, boulevard des Invalides, à Paris. Fin de cortège du dixième samedi de mobilisation des "gilets jaunes". Jusqu'alors, tout s'était bien passé. Des slogans, des pancartes rageuses, de la musique. Quelques tags aussi, laissés là, sur les murs, trace du passage du cortège. Le calme plat. Les manifestants ont prévu de se retrouver sur l'Esplanade des Invalides mais beaucoup n'y arriveront pas.

La police, qui cherche probablement à éviter la casse, fait barrage : une rangée de fourgons et d'hommes en armes et boucliers se dresse soudain devant les manifestants. La plupart, d'ailleurs, refluent d'eux mêmes : "On a compris, ça ne sert à rien d'insister". Un homme s'agace "Est-ce que l'on arrivera quand même UN jour à aller au bout du parcours prévu ?".

Ceux qui restent sont peu nombreux : des curieux. Des distraits aussi, qui n'ont pas compris que le mouvement allait changer de visage. Les visages justement, on les voit subitement moins. Petit à petit, ils se recouvrent de cagoules noires, de foulards noirs. Quelques masques et casques font également leur apparition.

Un homme au visage masqué, en fin de cortège samedi à Paris
Un homme au visage masqué, en fin de cortège samedi à Paris © Radio France / Julie Pietri

Ces casques ne sont pas uniquement la marque des casseurs. J'en porte un, moi aussi, par précaution en cas de jets de projectiles ou de charge de la police. Mon sac à dos renferme sérum physiologique, masque de plongée, et masque à gaz.  Un manifestant me sourit : "Vous savez que si, nous, on nous arrête avec ça, ça peut être considéré comme une circonstance aggravante... une preuve que l'on veut en découdre ?"

La suite est séquencée. Des manifestants ("gilets jaunes", "casseurs", "gilets jaunes-casseurs", comment choisir le bon terme en étant sûr à 100 % ?) provoquent, crient, lancent des objets sur les policiers. Je ne vois pas tout. Je suis encore un peu trop loin. La police charge, organisée. Puis elle s'arrête. Puis elle recommence un peu plus tard. Elle s'arrête encore et le calme semble revenir. Les nuages de lacrymo se dissipent.

C'est à ce moment là que se déroule une scène saisissante. Le boulevard est paisible et presque désert. Un homme à vélo, gilet jaune sur le dos, file sur la chaussée. 

Tout à coup, un policier hurle : "le vélo, le vélo !"

Sous le regard médusé d'habitants du coin et de manifestants sur le départ, le cycliste est poursuivi au pas de course par plusieurs policiers, casqués mais habillés en civil, matraque à la main. L'un d'entre eux lui jette un coup de pied, pour le faire tomber. Il chute et est immédiatement menotté et embarqué.  "Mais je n'y crois pas !", crie un habitant du quartier, qui ne participe pas au mouvement des "gilets jaunes". "Mais quelle honte !".

Il invective même l'un des policiers : "Tu es de la BAC, c'est ça ? Vous ne savez même pas vous servir de vos armes !". Référence claire à l'utilisation par les brigades anti-criminalité de lanceurs de balles de défense (communément désignés sous le nom de "flashball") pendant les manifestations.  Mêmes réactions scandalisées tout autour de moi. 

Un manifestant s'approche : 

"Vous avez vu ce qu'ils viennent de faire ? Ils étaient en danger là ? Il faut raconter, hein, Madame ! Ce pauvre type n'avait rien fait..."

Avait-il-été repéré en amont ? Mon agent de sécurité (car, oui, nous, reporters de Radio France, avons des agents de sécurité à nos côtés, depuis l'agression de journalistes lors des manifestations des "gilets jaunes")... Mon agent de sécurité donc me glisse à l'oreille : "ça n'est pas venu de nulle part : tu n'as pas vu ? Le cycliste a frappé du plat de la main sur la vitre d'un fourgon de police en passant. Après, c'est clair, la réaction est complètement disproportionnée"

"Ils ont sûrement surréagi à cause du vélo de la semaine dernière", suppose un "gilet jaune", qui a lui aussi assisté à la scène. Le 5 janvier dernier, un policier avait été blessé quai Anatole France à Paris. Un homme qui le surplombait lui avait jeté un vélo sur la tête.

Des manifestants dénoncent les violences policières. 19/01/2018, Paris.
Des manifestants dénoncent les violences policières. 19/01/2018, Paris. © Radio France / Julie Pietri

Dans ce récit, il n'est question ni de blessures graves, ni de tirs mutilateurs. Juste d'un acte violent, spectaculaire et incompris par les personnes présentes.  La scène a été filmée. Si elle resurgit sur les réseaux sociaux, comme tant d'autres, elle pourrait bien alimenter encore la colère des "gilets jaunes" contre les forces de l'ordre.

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