Journal intime Patron mon amour Je lis l’ « Histoire secrète du patronat », de Benoit Collombat et David Servenay. Peu de dire que ce bouquin est passionnant ! De 1945 à nos jours, précise le sous-titre, quoi ne sont pas vraiment intéressants l’entre-deux guerre (« Mieux vaut Hitler que Léon Blum ! ») et la collaboration. En 1924, le Gouverneur Moreau, patron de la Banque de France, dont les actionnaires sont les 200 familles les deux cents plus gros actionnaires français, réussit à faire chuter le Cartel des gauches dirigé par Herriot. Plus tard, le patronat soutient les campagnes anti Front populaire, accusé de « bellicisme » (le Front popu découvre enfin que l’Allemagne a constitué une énorme armée). En 1945, impossible de trouver un patron fréquentable. Si : Georges Villiers, ex-maire de Lyon nommé par Vichy, mais déporté et authentique résistant. Devient le patron des patrons, autrement dit du CNPF. Tous les collabos sont dans l’ombre, ou le demi-soleil, tel Pierre de Calan, ex-dir cab de Bichelonne - le fasciste illuminé qui gérait la pénurie – et qui financera ensuite tous les mouvements catholiques de droite. Le génie politique (le machiavélisme si l’on préfère) de De Gaule fut de ne pas épurer la police ni le patronat (contrairement à ce que fit Bush en Irak). Comme il gouvernait avec les cocos, il passa un deal avec les patrons : on vous fout la paix, mais vous acceptez les réformes du CNR (Conseil national de la résistance). Croyez-moi, les commandes de l’Etat vous récompenseront. Marché conclu. La question qui me hante : pendant que les Inspecteurs des finances entretenait l’armée d’occupation via l’émission monétaire, que les bureaucrâtes tel Bousquet assuraient l’emprisonnement des otages, la racaille patronale française, qui a fourni l’armée allemande en tout (l’invasion de la Russie se fit sur des Berliets montés de pneus Michelin), a-t-elle permis à l’Allemagne de tenir beaucoup plus longtemps qu’elle n’aurait du tenir ? Je sais bien qu’on ne refait pas l’histoire, mais l’Allemagne a eu le temps de réaliser son ignoble programme d’extermination. Bichelonne, de Calan, merci d’avoir mis la puissance économique de la France au service des nazis. Bon, on reparlera de ce bouquin.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.