Le coin de l’obsédé Lu « Le Toubib » de Paul Voivenel, (Editions de l’Archer, Toulouse) épuisé depuis fort longtemps, hélas. Très bon bouquin sur les tranchées et particulièrement la vie sanglante (étoupe, sang, boue, cervelle) du poste de secours. Très belle réflexion sur la mort et la gloire – « cette foutaise ». Quant à la description du combat et du massacre, son livre est à mon avis bien supérieur à celui de Louis Maufrais, « J’étais médecin dans les tranchées » (Pocket). Pourquoi « Le Toubib » n’est-il pas réédité ? Voivenel signait « La Selouze » des articles dans « Midi Olympique ». La Selouze est le nom d’un petit bois face à Lamorville (quel nom !!) du coté de Verdun, où de combats furieux se déroulèrent au printemps 1915. Dans « Le Toubib », revient souvent Mouniq, capitaine de l’équipe de France de Rugby, médecin auxilliaire, ainsi que de Meissonnier, autre rugbyman tué au front. L’Héraclès, le fameux monument de la Ville de Toulouse, fut commandé par Voivenel à Bourdelle pour commémorer la mort de 935 sportifs (essentiellement des rugbymen). L’artiste l’offrit à la ville. Au front, Voivenel croise le docteur Ménétrel, gaillard et luron, le futur médecin de Pétain. Il rencontre aussi Pétain, à qui il sera toujours fidèle. Nobody is perfect. A sa décharge, une très bonne analyse des fusillades pour l’exemple, de la lacheté de certains officiers, du boulot odieux de petits juges planqués qui se rattrappaient en faisant fusiller du poilu (l’un d’eux amenant ses enfants assister à l’exécution). Enfant, je voyais passer Voivenel aux Ponts-Jumeaux (le stade du Stade). Connaissant son amitié pour Pétain, je m’étais juré de ne rien lire de lui. J’avais tort. Il paraît qu’un hommage à Pétain figure dans son musée de Capoulet-Junac, en Ariège. A vérifier. « Le Toubib » est évidemment rempli d’expression en patois, pardon, en occitan. Les hommes parlaient entre eux patois, et leurs officiers leurs parlaient souvent patois. Voivenel raconte l’histoire de ce breton, fusillé pour l’exemple (en fait tiré au sort pour être fusillé), qui ne parlait pas un mot de français, ne comprit rien à ce qui lui arriva, fut accusé en français, condamné en français, et fusillé dans la même langue. Vive la France. Le coin du puceau J’avais jamais lu « Bratislava », de François Nourissier (Folio). Encore un plus que douteux pour ses opinions, et quasiment pathétique sur son désir d’héroïsme alors qu’il n’est bon, il le reconnaît, qu’à trousser et encloquer la petite bourgeoise (fort joliment déshabillée et décrite). Mais quel écrivain ! quel écrivain ! A défaut d’être Stendhal, il me semble qu’on peut rêver d’écrire comme Nourissier. Ou comme Marie Didier, tiens... Encore un toubib ! Faudra que Lançon nous fasse un cours sur les médecins et la littérature.

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