148 clubs, 155 suspects, 429 victimes. C'est sans doute le plus gros scandale de pédophilie à ce jour. Il concerne le football britannique, et peut-être d'autres sports du pays.

Le stade du Crewe Alexandra, en Angleterre. Ce sont les révélations d'un ancien joueur de ce club, le footballeur Andy Woodward, qui ont fait apparaître le scandale de pédophilie.
Le stade du Crewe Alexandra, en Angleterre. Ce sont les révélations d'un ancien joueur de ce club, le footballeur Andy Woodward, qui ont fait apparaître le scandale de pédophilie. © Getty / Robbie Jay Barrat

148 clubs, 155 suspects, 429 victimes, des garçons essentiellement, dont certains âgés de… 4 ans, abusés sexuellement sur plus d’une vingtaine d’années. C’est le bilan provisoire du plus gros scandale de pédophilie jamais recensé. Il concerne le football anglais, accablé par des révélations désormais quasi quotidiennes.

Comment le scandale a-t-il éclaté ?

Tout commence à la mi-novembre, avec les révélations d'Andy Woodward, ancien joueur du club de Crewe Alexandra. Le sportif, aujourd’hui âgé de 43 ans, a raconté son calvaire au Guardian. Depuis, plus de vingt joueurs, parmi lesquels des anciens internationaux – Paul Stewart (Tottenham) et David White (ex-Manchester City) par exemple – ont révélé qu'ils avaient été agressés sexuellement par un entraîneur ou un recruteur lorsqu'ils étaient enfants.

La NSPCC (National Society for the Prevention of Cruelty to Children), une organisation britannique de défense des enfants, déclare avoir déjà reçu 1 700 appels sur la ligne téléphonique qu’elle a mise en place il y a à peine quatre semaines. Cette ligne, qui "offre un soutien à quiconque ayant été sexuellement agressé dans le milieu du football ", avait été ouverte dans la foulée des révélations concernant les agissements présumés de l'ancien entraîneur britannique Barry Bennell.

Ce dernier, qui a été mis en examen pour huit faits d'agression sexuelle sur adolescent de moins de 14 ans, n’était pourtant pas inconnu des services de police : il avait été condamné à plusieurs reprises entre 1994 et 2015, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, pour des agressions sexuelles sur de jeunes footballeurs, certaines remontant à 1990. Mais la Football Association (FA) avait choisi de regarder ailleurs. (A la réalisatrice d’un documentaire sur le sujet, elle avait opposé un « no comment » en 1997.)

Au-delà des responsabilités individuelles, c’est donc désormais le silence de la fédération anglaise de football et des clubs pendant au moins vingt ans qui sont dénoncés.

Comment les clubs et les autorités sportives ont-ils réagi ?

La NSPCC parle aujourd’hui de 148 clubs concernés, professionnels ou amateurs. Et parmi les clubs incriminés, déjà, quelques actes de contrition ont été remarqués. Comme les excuses de Chelsea à Gary Johnson, pour des faits d’abus sexuels dont il aurait été victime dans les années 1970. A Chelsea comme au Charlton Athletic et à Manchester City, notamment, des enquêtes internes ont été ouvertes.

A la Football Association (FA), le travail d’investigation a été confié aux juristes du cabinet Clive Sheldon QC. Objectif : identifier qui, au sein des clubs ou de la fédération, savait, et quand. "Dans le passé, les institutions essayaient de se protéger en serrant les rangs et en se taisant. Cela n'est plus acceptable aujourd’hui", a assuré le président de la FA, Greg Clarke, élu en août. Une semaine avant, néanmoins, il s’interrogeait :

Est-ce que je crois qu'il y a eu des dissimulations ? J'en doute.

L’histoire révèle pourtant des faits troublants. La fédération a étrangement revu ses règles en matière de protection de la jeunesse en 2003. Une victime présumée raconte que les signalements de son père à la FA sont restés « lettre morte ». Une absence de réaction qu’un des anciens patrons de la fédération, David Bernstein, a cherché à expliquer à la BBC :

Si la FA était plus moderne, plus sensible, plus en phase avec la vie réelle, il y aurait plus de chances qu’une telle affaire remonte aux oreilles du président.

Le président de la Fédération internationale de football (Fifa), Gianni Infantino, a de son côté exigé "une tolérance zéro mais aussi une perspective pénale" pour sanctionner les faits de pédophilie. "Ceux qui sont reconnus coupables de tels faits doivent "incontestablement" être éliminés du football et répondre de leurs actes devant la justice », a-t-il souligné.

Que fait la police britannique ?

21 institutions policières, dont les célèbres Metropolitan Police et Scotland Yard, ont ouvert des enquêtes. Tout le territoire britannique est concerné. Au moins 30 clubs, au niveau national ainsi qu'au niveau régional, sont dans le viseur : à Londres, Manchester, Cambridge, Birmingham, Liverpool, Norwich, Newcastle, Southampton, en Écosse et dans les Galles du Nord.

L'organisme de coordination des différentes polices régionale, le NPCC (National Police Chief's Council), a lancé une opération baptisée "Hydrant" pour enquêter sur les cas d'abus sexuel similaires. Car le scandale pourrait bien dépasser le seul monde du football.

Quelle est l’ampleur des dégâts ?

Sir Hugh Robertson, ex-ministre des Sports et patron du Comité olympique britannique, a reconnu qu’il serait "naïf " d’imaginer que l’olympisme échappe au phénomène. Ce que semblent laisser penser un certain nombre d’appels reçus par la hotline de la NSPCC.

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