Qu’est ce que la richesse ? Le travail, le labeur des hommes, qui se retrouve cristallisé en voiture, machines, i-phones, pots de yaourts et pots de miel. Sans le labeur des hommes le diamant au fond de la mine, ou la pépite d’or, ne sont rien. Soit. Mais le travail à lui seul ne peut expliquer la valeur du diamant ! La rareté l’explique autant, et le désir qu’ont les puissants de se l’accaparer. Le diamant et sa valeur existent parce que les puissants dominent les travailleurs et leur ordonnent d’aller chercher les diamants ; dans la valeur créé par les travailleurs, il y a donc aussi le désir des puissants matérialisé dans les dépenses somptuaires assurant leur puissance : yachts, tableaux de maîtres, bijoux, nuits au Ritz. Les dépenses somptuaires sont bien au-delà de ce que l’existence humaine exige pour la reproduction du travail : un toit, de la bouffe, une bagnole pour aller bosser, un téléphone etc. Elles mesurent la capacité d’extorsion par les puissants de la plus-value humaine. Ainsi les pharaons extorquèrent-t-ils de la sueur pour faire leurs tombeaux. Vous direz : prenez la télé. Les hommes n’ont pas besoin de télé pour reproduire leur force de travail et la nécessité d’aller bosser jour après jour pour les puissants. Si. Ils ont besoin de la chanson des puissants chantée par les journalistes à leur solde ; des faux débats organisés pour leur faire croire à la liberté d’expression ; des variétés ; des séries débiles où les flics sont glorifiés à longueur de temps d’antenne. Et pendant ce temps les abeilles travaillent pour les hommes. Elles fécondent les fleurs qui deviennent des fruits. Avant que l’humanité n’existe, elles travaillaient déjà. Elles sont donc comme le pétrole qui existait avant l’homme et qui n’est valorisé que parce que les hommes ont inventé le moteur à explosion. Le travail des abeilles est parfaitement assimilable à une nappe de pétrole exploitée. La monoculture, les pesticides, le réchauffement tuent les abeilles. Exactement comme la surexploitation des forêts tue la biodiversité. La Californie importe ses abeilles d’Australie. La diversité des abeilles s’effondre. Des fruits sans saveur s’accumulent sur les rayons des supermarchés. Sarko fut élu en tant que « président du pouvoir d’achat ». On comprend que les français modestes réclament du pouvoir d’achat. De la croissance, autrement dit des pesticides et des abeilles mortes. Le plus simple serait évidemment de changer de mode de consommation, de consommer local, et surtout de transférer la « valeur de puissance », somptuaire, inutile, vers les plus modestes. Est-ce sûr ? Sacha Guitry disait : Merci Louis XIV d’avoir saigné le budget de la France et le peuple français au passage, mais de lui avoir laissé pour l’éternité Versailles ! Après tout ce fut une immense création de richesse ! Exact. Merci Ramsès II, merci les Doges de Venise, merci Mazarin etc. En plus Versailles rapporte du fric. Donc vive la dépense somptuaire, inutile, totalement inutile. La beauté forme les esprits. Mieux vaut payer des peintres et des musiciens que des fabricants d’engrais. Ou voulez-vous en venir ? A l’expression pouvoir d’achat. Qu’est ce qui est utile dans la vie des hommes ? Le pouvoir d’achat mesuré en kilos de fruits imbouffables et litres d’essence pour des voitures puantes dans des villes embouteillées, ou Versailles dans la beauté et la diversité de paysages permettant le travail des abeilles ? En sortant de Versailles, passez par l’ignoble Beauce, dénudée, latérisée, où la terre déjà morte est sans cesse arrosée de produits mortifères, comme un cadavre que l’on recouvre de chaux. Regardez ces immenses systèmes d’arrosages payés par vos subventions qui épuisent les nappes, ces nappes qui recueillent ensuite les poisons chimiques : tout ça c’est du pouvoir d’achat. Le pouvoir d’achat sent la chair décomposée. Pendant le débat du vendredi sur Inter avec Dominique Seux, à propos de la prime de mille euros que ne donnera pas Total (10 milliards de profit, mais ses dividendes n’ont pas augmenté !!), je songeais : « pendant ce temps, les petites bêtes dorées disparaissent... »

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