Sept jours de rebondissements liés à un scandale d'emplois fictifs ont suffi à François Fillon, élu par la primaire de la droite et du centre, à être contesté dans son propre camp.

François Fillon, mercredi 1er février au Salon des entrepreneurs, à Paris.
François Fillon, mercredi 1er février au Salon des entrepreneurs, à Paris. © AFP / ERIC PIERMONT

Canard explosif

Mardi 24 janvier 2017, comme il est d’usage, les rédactions reçoivent la livraison hebdomadaire du Canard enchaîné. Et découvrent que Penelope Fillon, l’épouse du candidat issu de la primaire de la droite et du centre, a émargé pendant huit ans comme attachée parlementaire du député Fillon, moyennant un salaire total de quelque 500000 euros. On apprend aussi qu’elle a collaboré à la Revue des deux mondes pendant vingt mois, à raison de 5000 euros par mois. Le tout pour des missions qu’elle n’aurait pas (ou très partiellement) effectuées, soupçonne le journal.

Riposte et enquête

Le lendemain, mercredi 25 janvier, François Fillon justifie :

Ma femme travaille pour moi depuis toujours, depuis 1981, depuis ma première élection. Elle m’a toujours accompagné dans ma vie publique. Et d’ailleurs je pense que je n’aurais pas fait le parcours que j’ai fait sans son soutien et sans son aide.

Le Parquet national financier, lui, vient d’ouvrir une enquête préliminaire pour « détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits ».

Preuves introuvables

Le jeudi, c’est sur la Revue des deux mondes que se portent les premières investigations. Car les seules preuves d’un travail effectif, deux courts articles en un peu moins de deux ans, ne correspondent par au niveau de rémunération constaté, soit 5000 euros mensuels. (Une somme qui multiplie par 5 la masse salariale du journal, dit L’Express, et dont internet se gausse.)

Confuse contre-offensive

TF1, journal de 20 heures. François Fillon s’explique publiquement. Tandis que ses proches et son avocat dénoncent une « manœuvre politique », l’ancien Premier ministre insiste sur la réalité du travail de son épouse et parle des « missions précises » confiées à deux de ses enfants, alors « avocats ».

Coûteuse transparence

Une transparence louable, mais préjudiciable : ses enfants, par exemple, n’étaient pas encore avocats lorsqu’ils ont travaillé pour leur père, apprend-on le lendemain dans la presse. Ce vendredi 27 janvier, les enquêteurs entendent de l'ex-directeur de la Revue des deux mondes Michel Crépu, qui disait la veille n’avoir pas eu connaissance d’un poste occupé par Mme Fillon dans son journal.

Face aux militants

Le dimanche 29, Fillon tente de reprendre la main : une interview dans le Journal du dimanche précède son meeting à à La Villette, à Paris. L’occasion de crier à la manœuvre :

A travers Pénélope, on cherche à me casser.

Mais le JDD n’a pas seulement donné la parole au candidat LR; l’hebdomadaire fait état de chèques puisés dans des fonds secrets du Sénat et dont aurait bénéficié l’ancien sénateur de la Sarthe, entre 2005 et 2007.

Accélération judiciaire

Lundi 30 janvier, François et Penelope Fillon sont entendus cinq heures durant. Mais s’il se dit « heureux d'avoir pu rétablir son honneur et celui de sa femme face à toutes les inepties qui ont pu être écrites ces derniers jours » – des propos rapportés par son avocat, Antonin Lévy –, M. Fillon reste sous la loupe du Parquet national financier. Qui perquisitionne le bureau de l'ancien chef du gouvernement à l'Assemblée nationale. Et là, ils ne trouvent pas davantage de trace de l’activité de Penelope Fillon : ni badge d’accès, ni boîte e-mail, ni bureau.

Fébrilité dans les rangs des Républicains

La une du Canard du 1er février.
La une du Canard du 1er février. © AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

A droite, on commence à douter de la candidature Fillon, à évoquer un plan B. D’autant qu’Alain Juppé, concurrent déçu de François Fillon à la primaire de la droite et du centre, a fait savoir quelques jours auparavant qu’il ne serait pas le recours.

Les premiers échos du Canard à paraître le mercredi 1er février accélèrent la tendance, et c’est le député LR du Rhône Georges Fenec qui ouvre les hostilités, en dénonçant une situation « très compromise » et un résultat de la primaire « caduc »

Il faut alors dire qu’on ne parle plus de 500000 euros de salaires, mais de plus de 1 million d’euros de revenus bruts au total pour Penelope Fillon. Pour mémoire, aucune preuve matérielle d’un travail effectué n’a été établie. Les collaborations des enfants juristes auprès de leur père sénateur, elles, ont généré 84000 euros.

Le poids des mots

Face à ces nouvelles révélations, François Fillon dénonce un "coup d'État institutionnel" venu "de la gauche". Il demande par ailleurs aux parlementaires de son groupe de "tenir quinze jours". En espérant que, dans l'intervalle, la tempête sera retombée.

Le choc des videos

Huit jours après les premières révélations, le Canard Enchaîné remet le couvert avec de nouvelles révélations : l'hebdomadaire chiffre désormais, dans son édition de mercredi, à 831.440 euros bruts la somme perçue par Penelope Fillon comme assistante parlementaire de son mari ou de son suppléant Marc Joulaud. Et une enquête du magazine "Envoyé Spécial" de France 2 enfonce le clou : l'équipe a retrouvé une interview vidéo réalisée par le Daily Telegraph en mai 2007, dans laquelle elle aurait affirmé qu'elle n'a jamais été l'assistante de son mari. Si la vidéo a disparu du site, ses propos - dont ne font pas partie l'extrait que France 2 doit diffuser (qui faisait partie des rushes non retenus pour publication par le Telegraph)- sont toujours visible sur le site du journal.

Le chamboul'tout de la présidentielle 2017
Le chamboul'tout de la présidentielle 2017 © Visactu / Visactu
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