Politiques Vs Sciences

par Guillaume Barrois, doctorant et JDLP à Paris

Grande oubliée du débat politique, la recherche scientifique . Et pour cause, le sujet, clivant par nature, demande un effort pédagogique pour être expliqué au grand public. Guère étonnant que la recherche ne soit pas au premier rang des fameux « thèmes de campagne ».

Cette absence de représentation médiatique ne serait pas problématique si les programmes des candidats révelaient un minimum d'intérêt pour la question.

Exceptés de vagues propositions par ci et des allusions à l' « l’excellence de nos scientifiques » par là, il manque une réflexion et la vision globale d'une politique publique.

Une seule des 60 propositions deFrançois Hollande (la 39ème) y est consacrée.

Le projet de l’UMP évoque simplement en quelques mots son souhait de valoriser les liens entre recherche publique et entreprise.

Le site du FN consacre une pleine page à la recherche. Si les constats sont pertinents, les solutions apparaissent plus contestables (entre autres : « reconversion » des chercheurs qui ne publient pas suffisamment, usage prioritaire de la langue Française dans les colloques et publications).

Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou vantent la place de la recherche dans la société, mais les discours ne dépassent pas le niveau de l'incantation.

En ces temps difficiles, ignorer les enjeux liés à la recherche relève de l'erreur primaire. Véritable levier de l’industrie et moteur de l’innovation. Sans elle, pas de TGV, de traitement contre le cancer ou de fusée Ariane.

L'indifférence voire l'ignorance irresponsable de la classe politique à son égard peuvent générer des dégâts irréversibles.

Ma directrice de thèse américaine me disait qu’en arrivant en France, elle avait été effarée par le nombre de tâches administratives que doivent accomplir les chercheurs en complément de leur activité de recherche. En effet, le temps de travail est majoritairement occupé à remplir des formulaires : demandes de financement, appels à projet, organisation de séminaires et congrès. Pour assouplir ces démarches, il suffirait de réformer le système logistique et de mutualiser les moyens par une meilleure collaboration entre laboratoires.

Quelles missions pour la recheche ?La distinction entre la recherche dite « appliquée » et « fondamentale » est-elle pertinente ? Doit-elle être soumise à une obligation de résultats ? La récente attribution des crédits du grand emprunt sur la base de mise en concurrence des projets présentés par les labos apporte malheureusement une triste réponse. Financer une recherche en fonction de sa rentabilité, c‘est décourager la prise de risque inhérente aux grandes découvertes.

Quels débouchés ? Seul 7% des diplômés d’école d’ingénieur poursuivent en thèse, les autres s'orientent vers les filières du conseil, de la banque ou de l’assurance. Par ailleurs, de nombreux chercheurs Français préfèrent s’exiler sous des cieux plus cléments à l’étranger. La fameuse fuite des cerveaux n'est pas une vue de l'esprit.

Les raisons ? Des rémunérations (1300€ net pour un doctorant, 1750€ pour un maître de conférence en début de carrière) inférieures à celles pratiquées par le privé et les universités étrangères. Sans oublier des situations professionnelles qui restent précaires longtemps après la fin de la thèse. Pour décrocher un poste, il est nécessaire d’enchainer deux ou trois post-doctorats (le CDD du chercheur), dont au moins un à l’étranger.

Dans ces conditions, comment reprocher aux jeunes diplômés d’être attiré par les sirènes de la banque et du conseil, qui proposent des salaires en CDI deux fois plus élevés que celui d’un doctorant, bref des situations bien plus rassurantes ?

De la capacité des gouvernants à redonner aux chercheurs une place centrale dans la société, en développant des passerelles entre les universités, les laboratoires et les entreprises, dépend une crédibilité internationale mais surtout un souffle pour l'innovation dans notre pays. Autant dire un élan.

Par Guillaume Barrois, Jeune Dans La Présidentielle

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