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blogcs a l etude © Radio France / C Siméone

Nous sommes à l'heure du smartphone et de l'ipad vendus par millions, en pleine crise financière, et les experts nous disent que le moral des ménages est au plus bas. Avant que l'on ne s'extasie sur nos technologies électroniques,

souvenez-vous, la chronique régulière de nos vies de consommateurs a commencé comme ça: « Vive le confort moderne ! ». C'était une époque florissante, et si l’expression semble désuète aujourd’hui, elle marque le credo des années d’après-guerre, soutenue par une accélération de la production industrielle. Ceci me ramène à reprendre le fil des mon questionnement sur Arman, et de regarder son travail avec les objets sur plusieurs décennies. Arman, cher objet de mes études, dont je vous ferai part régulièrement.

Arman, Paradoxe du temps, 1961, DR
Arman, Paradoxe du temps, 1961, DR © Radio France / armancommunity

Après les années de guerre qu’Arman a personnellement ressenties à Nice comme des années de privation, n’incite-t-on pas les ménages, à grand renfort de réclame, à changer leur réfrigérateur et l’électroménager en général au profit de produits neufs, beaux, rutilants ? Le confort s’impose avec ses objets désirables, accessibles grâce à un meilleur pouvoir d’achat acquis dans les années 60. Les ménages s’équipent pour figurer cette France plus prospère et marquer leur classe sociale. Ils croient au progrès et à l’ascenseur social et ce sera vrai jusqu’à la fin des années 70, selon la chronologie établie par Gilles Lipovetsky.

Les objets sont emblématiques de la société de consommation, car ils sont comme des marqueurs de l’avènement de l’abondance pour tous, juste avant l’avènement de la société que l’on appellera ensuite « société de services ». Ils appartiennent à une société de production et de consommation de masse, fabriqués de telle sorte qu’on puisse en vendre le plus grand nombre. Ils deviennent électriques, s’automatisent, de l’ouvre-boîte au grille-pain, de la cafetière au couteau à découper la viande. La réclame puis la publicité joueront des thèmes de la séduction et de l’érotisme pour vanter leur mérite.

Arman, sans titre, 2000, accumulation de sucettes Chupa Chups  dans du polyester @François Fernandez
Arman, sans titre, 2000, accumulation de sucettes Chupa Chups dans du polyester @François Fernandez © François Fernandez / Christine Siméone

Arman, travaillant tant en France qu’aux Etats-Unis, témoigne de la même réalité des deux côtés de l’Atlantique, celle de la société de consommation occidentale et capitaliste . Il rejoint là le philosophe et sociologue Henri Lefèbvre. La norme, l’uniformisation, la concentration des marques et des fabricants, tout ceci se ressent dans l’œuvre d’Arman. Elle est aussi le miroir d’une société saturée et obèse, remplie à craquer, porteuse de son obsolescence, ensevelie sous la monotonie et le gaspillage .

Ce n’était d’ailleurs sûrement pas l’intention d’Arman, que de dénoncer ou même de montrer les excès de la société de consommation . Il est même très clair, si l’on suit ses premiers courriers ou déclarations, que ce qui l’intéresse dans les objets, ce sont les formes, leur capacité à remplir un espace, ou bien le fait qu’ils sont un prolongement pour l’homme. En général les objets qu’il choisit au début de sa carrière sont plus portés par la nostalgie ou la poésie. Ses fers à repasser appartiennent justement à l’époque précédente, ce temps où l’on faisait chauffer le fer sur le poêle, avant l’électricité pour tout le monde ; ce n’est que plus tard dans les années 70, 80 et 90 qu’il va s’attaquer à des objets neufs, puis à des symboles forts comme le caddie ou le réfrigérateur.

Arman, Swatchmania, 1992 @François Fernandez
Arman, Swatchmania, 1992 @François Fernandez © François Fernandez / Christine Siméone

Et le moral des ménages? On ne le mesurait pas encore quand Arman accumulait ses vieux objets. Je n'en conclus pas que c'était mieux avant. Le confort moderne nous aura-t-il finalement réconforter? Peut-être plus que les nouvelles tecnologies ne nous remontent le moral. Les ménages avaient espoir de monter dans l'ascenseur social, de transformer leurs vieilles montres en objets colorés peut-être, évolution que l'artiste a accompagné.

Au sujet de Gilles Lipovetsky>

Au sujet de Henri Lefèbvre>

Au sujet d’Arman, le site historique

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blogcs signature C Simeone
blogcs signature C Simeone © Radio France / C Siméone

Remerciements à

Valeria Emanuele, au web de France Inter twitter.com/valeriae

Annelise Signoret, du service documentation de Radio France __

Sophie Raimbault, assistance du service Culture de la rédaction de France Inter

Ghislaine Delubac et son équipe de l'agence Apocope

Guillaume Ducongé

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