Les routiers, à l’appel de la CGT et de FO, ont entamé ce lundi matin une grève reconductible. Ils protestent contre la réforme du Code du travail, mais pas uniquement.

Routiers en colère le dépôt de carburant de Bassens est bloqué
Routiers en colère le dépôt de carburant de Bassens est bloqué © Maxppp / David Thierry

Ils visent là où ça fait mal. Les routiers de la CGT et de FO ont décidé ce lundi matin de bloquer les sites stratégiques : les dépôts de carburant et les raffineries. C’est le cas notamment, à Vern-sur-Seiche en Ille-et-Vilaine, à La Mède près Martigues dans les Bouches-du-Rhône, ou encore à Donges, en Loire Atlantique. Certaines opérations de barrages filtrants se sont terminées dans la matinée, comme à Toulouse, Caen ou encore Gennevilliers.

Une grève contre la réforme du Code du travail

Les ordonnances, signées vendredi par Emmanuel Macron et publiées samedi au journal officiel, sont au cœur de leur mouvement de grève reconductible. Selon la CGT Transport et Force ouvrière, la réforme entraîne un recul des acquis sociaux des routiers, dans un secteur soumis à une forte concurrence internationale.

Les primes d’ancienneté ou le treizième mois, qui, jusqu’à présent étaient fixés par les accords de branches, pourront désormais être négociés dans l’entreprise. Pour les syndicats, cela équivaut à donner carte blanche à l’employeur, qui peut ainsi renégocier à la baisse les primes et se lancer dans la course au « moins-disant social » afin de remporter les appels d’offres. D’autant plus que 80% des entreprises du secteur ont moins de 20 salariés, avec des représentations syndicales en pointillées.

Les routiers dénoncent également le plafonnement des indemnités aux prud’hommes ou encore les “licenciements économiques facilités dans les grands groupes”.

Enfin, ils s’inquiètent de la fusion des instances représentatives du personnel, prévue dans la réforme. Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, les délégués du personnel (DP), le comité d'entreprise (CE) et le comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) se regroupent en un "comité social et économique". Une mesure qui rendra le salarié plus vulnérable et moins bien représenté, selon les grévistes.

Les routiers ont mis en place un barrage au port de Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, tôt ce lundi matin.
Les routiers ont mis en place un barrage au port de Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, tôt ce lundi matin. © Radio France / Hélène Fily

Une grève qui dépasse le cadre des ordonnances

D’autres revendications se sont ajoutées à la liste des routiers, au-delà de la réforme du Code du travail.

Ils s’inquiètent de l’avenir du dispositif de congé de fin d’activité (CFA). Le CFA permet aux salariés de partir en retraite anticipée cinq ans avant l’âge légal, du fait de la pénibilité du métier. Un accord a été signé en avril 2017, entre le gouvernement et les partenaires sociaux, pour sécuriser le régime, et garantir son financement pendant trois ans. Pour que ce texte soit valable, il doit être inscrit dans le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale. Or, selon les syndicats, aucune mesure allant dans ce sens ne figure dans le projet de loi. Vendredi, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, a assuré que cet accord serait bien appliqué.

Enfin, les syndicats dénoncent la réforme en cours de la directive concernant les travailleurs détachés, un principe qui permet à une entreprise de l'Union européenne d'envoyer en mission ses salariés dans d'autres pays, tout en payant leurs cotisations sociales dans le pays d'origine. Les travailleurs détachés sont depuis longtemps décriés par les routiers français, car ils entraînent un dumping social. Les discussions entre les pays membres sur cette réforme ne vont pas assez vite au goût des routiers français, et la réforme, pas assez loin.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.