Il y a six mois, l'île était traversée par l'ouragan le plus dévastateur de son histoire. 20 000 bâtiments détruits, 95% du bâti touché. Malgré la mobilisation des pouvoirs publics, Saint-Martin panse toujours ses plaies.

Le quartier de Grand Case à Saint-Martin, six mois après le passage de l'ouragan Irma
Le quartier de Grand Case à Saint-Martin, six mois après le passage de l'ouragan Irma © Radio France / Thibault Lefèvre

La majorité de la population n’est pas assurée  

60% des Saint-Martinois n’ont pas souscrit de contrats d’assurance habitation. Environ 15 000 personnes qui vivent pour la plupart dans deux des quartiers les plus pauvres de l’île, Sandy Ground et Quartier d’Orléans. Elles se sont installées sur des terrains libres mais vulnérables, elles n’ont pas de permis de construire et six mois après le passage d’Irma, elles sont livrées à elles-mêmes. 

Christiane vit avec ses beaux-parents, à une dizaine de mètres d'un étang. Il y a six mois, une vague de huit mètres a emporté le toit, les fenêtres et les meubles de sa maison. Aujourd’hui, elle a dépensé l’intégralité des économies de sa famille, 35 000 euros, pour réparer sa maison.  

Des dizaines de personnes vivent encore aujourd’hui sous des tentes, un peu moins d’une centaine d’autres ont tout perdu et sont réunis dans le premier « camp de réfugié climatique». C’est l’expression qu’utilise Jean-Marie Thévenet de l’association d’aide aux victimes Trait d’union. Il accompagne les occupants de l’école Nina Duverly de Marigot, un établissement scolaire très abîmé qui devrait définitivement fermer ses portes en juin prochain. Parmi les sinistrés les plus démunis, Ginette. Elle est haïtienne et vit avec ses trois enfants et son mari dans une des salles de classe de l’école : « On vivait à Sandy Ground. Après Irma, la maison a été totalement détruite. Nous vivons aujourd’hui dans une chambre avec sept autres personnes. Nous devons partir en juin mais pour aller où ? Avec la pénurie de logement, c’est devenu tellement cher. Un studio en location coûte 850 euros. Avant, je vivais dans un trois pièces, je payais 500 euros.» 

L’État a choisi de ne pas soutenir directement ces populations. Pour le délégué interministériel à la reconstruction de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, Philippe Gustin, ce sont des « gens qui se sont installées sans droit ni titre dans des zones qui étaient à fort aléa. Ils ne sont pas propriétaires et ils n’ont pas d’assurance, certains sont en situation illégale. Ça fait donc beaucoup d’éléments qui sont compliqués pour ces populations. » Les associations prennent donc le relais : les compagnons bâtisseurs, la Croix rouge, toutes soutenues financièrement par la Fondation de France pour essayer de remettre sur pied des bâtiments complétement détruits. Willy Zéline est chargé de mission pour la Croix rouge. Il a aidé à travers le projet Castor, 500 foyers, environ 5% des maisons qu’il faudrait consolider selon cet ancien militaire arrivé à Saint-Martin deux jours après le passage d’Irma. 

En décembre dernier, l’État a redessiné la carte des risques cycloniques à Saint-Martin, un outil qui doit permettre au président de la collectivité de Saint-Martin, Daniel Gibbs, en charge notamment de l’urbanisme, de déterminer dans le prochain plan local d’urbanisme les nouvelles zones inconstructibles. Dans le viseur de Paris, les milliers d’habitants de Sandy Ground et de Quartier d’Orléans qui reconstruisent aujourd’hui leur maison en prévision du début, dans quatre mois, de la saison cyclonique.     

Les indemnités d'assurance arrivent au compte-goutte

Il y a trois ans, Martine vend sa propriété de Saint-Tropez pour s’installer à Saint-Martin. Un investissement de 700 000 euros dans un des plus beaux quartiers de l’île, Baie-rouge. Trois ans de travaux pour une maison de quatre pièces perchée sur une colline entre la mer et la lagune. Elle souscrit à une assurance « Maison de luxe », un contrat qui la protège contre les aléas climatiques. Six mois après le passage d’ Irma, elle attend une indemnisation pour pouvoir commencer les travaux. Elle vit avec son compagnon et ses deux enfants dans le garage. 

Des centaines de sinistrés assurés se sont réunis le mois dernier dans un collectif, le collectif des sinistrés d’ Irma. Si la situation n’évolue pas, ils envisagent des recours en justice. 

Le passage de l’ouragan Irma sur Saint-Martin et Saint Barthélémy est la deuxième catastrophe la plus coûteuse de l’histoire en France après la tempête de 1999. Les assurances ont évalué le coût total de la catastrophe à un peu moins de deux milliards d’euros. Elles reconnaissent un retard de paiement de 50 jours. Pour Stéphane Pénet, directeur des assurances de biens et de responsabilité de la Fédération française des sociétés d'assurances, il y a plusieurs raisons : « Saint-Martin n’a pas été accessible ni aux assureurs ni aux experts pendant trois semaines au moins parce que la priorité a été donnée aux forces civiles. Ce n’est qu’au bout de 45 jours en gros, qu’on avait un bataillon de 100 experts qui correspond à ce qui était nécessaire pour évaluer les dégâts. Il y a une deuxième difficulté à Saint-Martin, c’est que beaucoup de logements sont dans des copropriétés. Or, ces copropriétés sont pour la plupart détenues par des copropriétaires qui n’habitent pas sur l’île, qui ont acheté en défiscalisé et donc il y a beaucoup de copropriétaires que l’on ne retrouvait pas. Cela a posé beaucoup de problèmes techniques. On a des situations inédites qui expliquent ce décalage. »

Aujourd’hui, l’État promet, par la voix du délégué interministériel à la reconstruction, Philippe Gustin, qu’il suit de près le règlement des litiges entre les assureurs et les assurés. 

Et maintenant, il faut reconstruire

Saint-Martin est un vaste chantier à ciel ouvert. Les travaux d’enfouissement des câbles ont commencé, notamment dans le quartier de Grand Case. 

Pour l’eau, la situation est plus complexe : les canalisations sont vétustes et leur déploiement est sous-dimensionné par rapport à la croissance importante de la population de Saint-Martin depuis une trentaine d’années. Autre chantier, les établissements publics : les écoles sont en mauvais état, le parc d’habitat social est très abîmé et la Préfecture et l’hôpital ont besoin de travaux. L’État et la collectivité de Saint-Martin doivent désormais s’accorder sur un plan pluriannuel de financement sur trois ans. Le montant total des investissements de l' État à Saint-Martin devrait être connu le 12 mars à l’issue d’un conseil interministériel. Depuis six mois, l’État a dépensé 300 millions d’euros.  

L’autre chantier est économique. Saint Martin dépend à 95% du tourisme. Aujourd’hui, une soixantaine de restaurants sont ouverts et 300 chambres sont commercialisées sur les 1 700 du parc hôtelier avant la catastrophe. Les professionnels du secteur parlent de « réouvertures acrobatiques » alors que le principal hôtel de l’île, La Samana, prévoit le licenciement de la quasi-totalité de son personnel. La saison touristique commence dans neuf mois et il semble improbable que les établissements soient complétement remis sur pied. 

L’économie de Saint-Martin est au point mort : environ 8 000 personnes ont subitement quitté l’île après Irma. Aujourd’hui, l’hémorragie continue. Des entrepreneurs comme André n’arrivent plus à vivre de leur activité et envisagent à leur tour de quitter l’île. A 35 ans, ce loueur de voiture a décidé de partir dès que possible.  

Dans quatre mois commence la saison cyclonique. La collectivité comme l’État admettent qu’il sera impossible de sécuriser en temps et en heure l’ensemble des bâtiments détruits. Ils se préparent déjà au pire même si le passage d’un nouveau cyclone sur Saint-Martin reste hypothétique. Des abris ont été identifiés. Selon le Président de la collectivité, Daniel Gibbs, Ils pourront accueillir en cas de catastrophe 1 500 personnes.     

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