Pourquoi travailler ?

Par Marion Dangin, JDLP à Fougères.

Travailler plus pour gagner plusn’est pas une idée du XXIème siècle. L’idée de travailler pour gagner sa vie se trouve dans les pages de la Bible.« Lorsque nous étions chez vous, nous vous disions expressément, si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus. »

La notion moderne de travail daterait du 18e siècle. Adam Smith, philosophe et économiste le définit comme un « facteur de production » créateur de richesse. Un pied est posé dans le capitalisme. La fin du 19e siècle voit apparaître les thèses marxistes. Ensuite vient le temps des Etats-Providence : le travail conditionne droits, protections et revenus. Dans ce système établi, le maintien du plein emploi devient indispensable.

Au fil du temps, la notion de travail n’a cessé d’être ficelée et encadrée de manière économique . Face à cette capitalisation, la grogne du peuple se penchait sur les conditions du dit travail. Depuis mai 68, cette conception n’a connu aucune évolution. La flexibilité en se développant a généré le travail temporaire et les entreprises intérimaires qui vont avec.

L’homme est au service de l’économie et non l’inverse» dit l’excellent documentaire La mise à mort du travail .

Quand une entreprise est cotée en bourse, elle est soumise aux fluctuations des marchés et à la recherche toujours plus grande de ses actionnaires. La suppression des intérêts boursiers plaidés par des candidats à l’élection ne me parait ni naïf ni utopiste.

« C'est le chômage qui aliène et le travail qui libère __ », a lancé Nicolas Sarkozy le 27 septembre 2010

Je ne cherche pas à faire l’apologie ou le procès de telle ou telle conception du travail et je conviens qu’il est difficile de se détacher de notre vision actuelle ; quand bien même une personne serait autonome au quotidien (sur le plan alimentaire par exemple avec son propre potager...) sans aide sociale spécifique, si elle n’a pas de travail (salarié, entreprenariat ou indépendant), cette personne ne jouira jamais du même statut que son voisin salarié qui, lui, travaille, et ce, quelque soit le nombre d’heures trimées. Concrètement, aujourd’hui, cette personne sans travail à moins qu’elle jouisse d’un patrimoine financier important n’existe pas socialement. Sans compter la dépendance financière. Aujourd’hui, manger ne suffit pas. Il faut s’acquitter de loyers et autres dépenses. Dans ce cas là, il faut travailler pour payer.

Et si l’on ne travaille pas, on est acculé. Le spectre du chômage prend alors toute sa place. Les 35 h ont d’ailleurs été mises en place pour donner du travail à tous.

A mon sens, c’est une vision réductrice. La réduction du temps de travail n’influe pas seulement sur les courbes du nombre de chômeurs. L’impact est réel sur la santé : moins de fatigue physique et psychologique, moins de stress. D’ailleurs, ces effets entraîneraient peut-être une baisse des dépenses prises en charge par la Sécurité Sociale.

Je m’autorise un petit aparté sur les accidents du travail et maladies professionnelles. Quelque soit le secteur d’activité, les accidents du travail sont en baisse ces dernières années mais leur gravité continue d’augmenter. On peut donc s’interroger sur le pourquoi de cette augmentation. Pourquoi les maladies professionnelles font-elles toujours plus de victimes et recouvrent elles aussi une gravité de plus en plus élevée ? Pourquoi le nombre de décès résultant de maladies professionnelles a-t-il augmenté de 32 % en 2009 ? Ces phénomènes sont toujours plus élevés dans le secteur du bâtiment et des travaux publics. Les accidents de trajet sont eux aussi en hausse.

Plus de détails avec l’INRS

Revenons à ce que permettrait une diminution du temps de travail : augmentation du temps libre donc augmentation du temps de loisirs (pas nécessairement des loisirs de consommation mais des loisirs quand même...). Le travail en tant qu’outil économique, facteur de production et de productivité est souvent identifié cause de souffrances physiques, psychiques et psychologiques. Il fait aussi l’objet de nombreuses études sur diverses formes de harcèlement. Pourtant, au-delà des grandes théories de Marx sur l’aliénation du travail ou des approches plus récentes, les études campent encore trop souvent sur l’aspect physique de ces souffrances. En 2009, on a pu voir le fameux documentaire La mise à mort du travail (en 3 épisodes) qui mettaient l’accent sur les souffrances psychologiques dues aux conditions de travail. Pourtant, le temps de travail est partie intégrante des mauvaises conditions de travail, alors pourquoi ne pas pousser davantage des recherches en ce sens ?

Mon rêve, mon idéal : envisager la formation tout au long de la vie en-dehors des fonctions d’un poste donné. Je suis une personne avant d’être un salarié ; j’ai des envies (ou des besoins) de formation qui peuvent être détachées des fonctions que j’occupe dans mon poste. Pour prendre appui sur mon cas personnel, je suis travailleur social mais je ne pense pas (pouvoir ou vouloir) exercer ce métier toute ma vie. J’aimerais avoir la possibilité de me former petit à petit à un ou plusieurs autres métiers aussi diversifiés que sont le journalisme et le maraîchage, dans l’optique de changer de profession un jour mais aussi pour mon « enrichissement » personnel. Il faut sortir de l’esprit sans cesse rationaliste et cartésien du travail et de la formation professionnelle.

Mettons aux archives les mots de compétitivité, de flexibilité, de profit, de notation de la France... Le travail doit être vécu comme facteur de bien-être, de réalisation de soi et d’épanouissement avant de mettre la focale sur l’aspect productif.

L’insécurité sociale existe, oui c’est vrai, mais elle ne vient ni des migrants ni des profiteurs de la société aux profils divers et variés (tels les chômeurs, les jeunes des cités...). Ce n’est pas faire de la propagande que dresser le constat qu’elle est le fruit de l’enrichissement d’actionnaires. De là découle tous les fondements de notre société actuelle. Et comment croire nos politiques quand ils affirment réformer pour le bien de tous ?

Par Marion Dangin, JDLP à Fougères

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