Entendu dans la procédure judiciaire, juste après l’attentat, le 14 mai 2002, le chef de site (senior advisor) de la DCN à Karachi, Gérard Clermont, affirme, pourtant, n’avoir jamais reçu la moindre alerte visant les Français :« Nos seuls moyens d’information sont les médias et les réunions de sécurité du consulat, au cours desquelles il n’y a pas eu de mise en garde concernant une menace particulière à l’encontre des Français », déclare Gérard Clermont.

Certes, la menace précise contre la DCN n’est pas explicitement décrite dans la note de Mustapha Laraich, mais des « menaces sérieuses d’attentats contre des occidentaux » y figurent bien, sachant que depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, les personnels occidentaux toujours présents à Karachi, dont faisaient partie, au premier chef, les employés de DCN, n’étaient plus si nombreux…

Dans la note de Mustapha Laraich, des« changements d’itinéraires »sont également préconisés pour les« résidents étrangers »qu’ils soient« publics ou privés ». Or, le bus transportant les salariés de DCN, aux couleurs de la marine pakistanaise (Pakistan Navy) effectuait toujours le même itinéraire, de l’hôtel jusqu’à la base navale, sans aucun changement d’horaire, « excepté au lendemain du 11 septembre 2001 » , selon le rapport de la Mission d’information parlementaire sur l’attentat de Karachi.

Le contenu précis de cette note policière du 16 avril 2002 avait été révélé par les journalistes de Médiapart, Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme, en annexe de leur livre-enquête, « Le contrat. Karachi, l’affaire que Sarkozy voudrait oublier » , paru chez Stock, en mai 2010.

Face aux dénégations du chef de site de DCN, Gérard Clermont, assurant qu’ « il n’y a pas eu de mise en garde concernant une menace particulière à l’encontre des Français » , Mustapha Laraich, persiste et signe.

Non seulement le policier confirme avoir bien alerté les représentants de DCN, trois semaines avant l’attentat. Mais, en plus, il affirme que l’information concernant cette menace n’a entraînée aucune réaction de ses interlocuteurs...

Ecoutez le témoignage de Mustapha Laraich

Lire le témoignage de Mustapha Laraich :

Autant que je m’en souvienne, il n’y a pas eu de réaction du tout. J’ai su par la suite qu’on avait dit que j’avais été « alarmiste ». Bon. Moi, mon travail a été fait. A partir du moment où je reçois une information, je la transmets. Si je suis « alarmiste » ou pas, ce n’est pas mon problème. [Gérard Clermont, chef de site DCN] a dû oublier que j’étais là ce jour là, et que j’ai donné des informations. Peut-être qu’il pensait à autre chose à ce moment là, peut-être qu’il n’a pas perçu exactement ce que je disais, mais toujours est-il que cette information a été dite. J’ai dit qu’il y avait des informations précises concernant des projets d’attentats contre des occidentaux. Si maintenant, les Français ne sont pas des occidentaux, alors je me pose des questions… Vu les résultats, et trois semaines après l’explosion du bus [de la DCN], je me dis qu’il y a peut-être des choses qui n’ont pas été faites et qui auraient dû être des faites, des précautions qui auraient dû être prises et qui n’ont pas été prises. Par exemple, à 13, 25 ou 50 dans un bus…. Ce n’est pas mon travail, ce n’est pas à moi de voir, ce qu’il aurait fallut faire ou ne pas faire. Mais je sais pertinemment que si j’avais été avisé de ce genre de choses, j’aurais peut-être pris des mesures préventives.

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Encadré Karachi/Mustafa Laraich © radio-france

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