Dans le cadreMUSICALla Mélodie du Bonheur est inspirée de The Trapp Singers de Maria Augusta Trapp ,livret de Howard Lindsay et Russel Crouse.

Direction musicale - Kevin FarrellMise en scène - Emilio SagiDécors - Daniel BiancoChorégraphie - Sarah MilesCostumes - Jesús RuizLumières - Caetano VilelaChoeur du Châtelet - Orchestre Pasdeloup

Entretien avec Jean-Luc Chopin, Directeur Général du théâtre du Châtelet

Vous reprenez en décembre la production de The Sound of Music que vous aviez créée en 2009. Pourquoi ? Lorsque nous avons présenté cette Mélodie du bonheur, il y a deux ans, nous avons vécu une sorte de parenthèse enchantée. Un public de tous âges se bousculait au Théâtre, fredonnant en sortant de la salle, ayant visiblement vécu un moment exceptionnel. Une véritable unanimité du public et de la presse s’est faite. D’un seul coup, on m’a qualifié d’« enchanteur du Châtelet », « B roadway sur Seine » a fait son apparition. Nombreux sont ceux qui, à l’époque, n’ont pu assister au spectacle faute de places disponibles. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai décidé de le reprogrammer pour un mois, à partir du 7 décembre.

La Mélodie du Bonheur
La Mélodie du Bonheur © Marie-Noëlle Robert

Quelles sont les autres raisons de ce choix ? Lorsque nous produisons un musical, nous engageons les mêmes moyens que pour l’opéra : un orchestre symphonique, une distribution lyrique de grande qualité, des décors et des costumes spectaculaires que nous fabriquons. Tout cela a un coût. Faire une reprise nous permet aussi d’amortir en partie notre engagement financier. En outre, c’est une oeuvre d’une très grande qualité musicale dont le propos est loin d’être aussi simple que le film, connu de tous, veut bien le laisser paraître. C’est typiquement le genre de divertissement intelligent que je veux offrir au public.

La distribution sera différente. Pouvez-vous nous en dire un mot ? Comme lors de la création, il s’agira d’une distribution lyrique de haut niveau. J’ai voulu, à nouveau, mettre à l’honneur de jeunes chanteurs. Ainsi Maria sera interprétée par Katherine Manley, le capitaine von Trapp sera servi par William Dazeley. Nous retrouverons également trois habitués du Châtelet :Nicholas Garrett (A Little Night Music, Sweeney Todd) dans le rôle de Max, Rebecca Bottone (A Little Night Music, Sweeney Todd) dans celui de Liesl et Christine Arand en baronne Schraeder, rôle qu’elle tenait déjà magnifiquement en 2009 (également entendue dans My Fair Lady). La grande soprano anglaise Lisa Milne nous fera également l’honneur d’interpréter le rôle de la Mère Abbesse. En fosse pas de changement puisque l’orchestre Pasdeloup sera dirigé par Kevin Farrell.

La Mélodie du Bonheur
La Mélodie du Bonheur © Marie-Noëlle Robert

Qu’est ce qui fait la différence entreune production Châtelet et une autre production de comédie musicale ? La différence tient d’abord au type d’oeuvres que nous présentons : celles que nous montons au Châtelet sont des monuments du musical, cela équivaut dans le domaine de l’opéra à monter un Verdi ou un Mozart. Notre mission est patrimoniale, elle implique de traiter les oeuvres telles que leurs compositeurs les ont écrites. Aujourd’hui à Broadway ou dans le West End à Londres, les orchestres ne comptent pas plus de 7 ou 8 musiciens lorsque les partitions sont écrites pour des effectifs bien plus larges. Nous donnons ces spectacles tels qu’ils ont été conçus par leurs créateurs. Sur le plateau, nous engageons des chanteurs lyriques, un choeur à part entière, fabriquons des décors spectaculaires, faisons appel à des décorateurs et costumiers de renom. Tout cela fait de nos productions des spectacles de musical tels qu’on n’en voit nulle part ailleurs.

Le mot d'Emilio Sagi, metteur en scène

« The Sound of Music est ma première mise en scène de musical américain. J’ai toujours eu une admiration particulière pour ce genre, et pour l’oeuvre de Rodgers et Hammerstein II plus spécifiquement, car elle véhicule des valeurs positives sans jamais tomber dans la niaiserie. Le défi de cette mise en scène était de taille : l’oeuvre n’avait jamais été montée à Paris dans sa version originale et il fallait éviter l’écueil de l’imitation d’un film qui fait partie de l’inconscient collectif. Après une lecture très attentive de l’ouvrage, les axes de ma mise en scène me sont rapidement apparus. Il y a selon moi deux facteurs fondamentaux dans The Sound of Music : le facteur « naturel » et le facteur « politique ». Le facteur « naturel » c’est la force de la montagne autrichienne, le rôle fondamental de la Nature, son aspect protecteur. J’ai donc décidé de faire entrer la montagne jusque dans la maison des von trapp dont elle constitue les sols et les murs.

La Mélodie du Bonheur
La Mélodie du Bonheur © Marie-Noëlle Robert

Je donne la même importance au facteur « politique » : pour moi, la vraie dialectique est à chercher au coeur de la Nature et de la bonté, thèmes sous-jacents à l’histoire politique de l’oeuvre. On ne peut adopter la position du « laisser faire, laisser passer » et ignorer les faits, ce serait fausser ce qui est raconté. J’ai donc voulu qu’on sente la présence nazie tout au long de l’oeuvre avec pour point culminant, sa présence dans la salle même, mettant le spectateur dans la position du choix qu’a dû faire la famille von Trapp : accepter ou dire non. Le spectacle a, il me semble, été particulièrement bien accueilli en 2009 et je suis ravi qu’il soit repris cette saison sur cette même scène du Théâtre du Châtelet».Lors d’une interview donnée à l’occasion de la création en 2009, Emilio Sagi revenait sur la diversité des influences artistiques dans sa mise en scène, pour laquelle il avait pensé The Sound of Music comme une oeuvre transgenre : « ceux qui attendent un grand spectacle à la Broadway devraient être satisfaits. La production respectera totalement l’histoire et les dialogues tout en offrant des clins d’oeil à la zarzuela et à l’opérette française des années 50. Je veux que le choeur et les solistes dansent. Il me semble qu’il faut chercher les associations du côté de l’opéra autant que de Broadway.Le résultat est un spectacle très particulier, qui fait écho à la sensibilité de notre époque et à la mienne, celle du théâtre musical chanté. Un aspect capital et tout à fait révélateur, qui s’accorde entièrement avec les exigences de Broadway est d’avoir toujours à l’esprit la transparence dans la façon de raconter une histoire ».Dans ces propos recueillis par Juan Angel del Campo, Emilio Sagi rappelait également le caractère fondamental de la dimension historique : « En Europe, les faits politiques qui sont racontés dans l’oeuvre ont été vécus de très très près, ce qui ajoute une difficulté à la mise en scène ».

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