Pourquoi sommes-nous séduits par un animal ou au contraire dégoûtés par un autre ? Pourquoi un paon est-il plus beau à nos yeux qu’un crapaud ? Comment cette hiérarchie entre les bêtes s’est-elle formée dans nos mentalités ? Au Moyen Age, les vices et les vertus sont symbolisés par des animaux. Dans les fables et les contes, le vice – la cigale, le lièvre, le loup est souvent opposé à la vertu la fourmi, la tortue, l’agneau. Dans l’Histoire naturelle de Buffon, le cheval est le plus noble des animaux, le cerf règne sur la forêt, le chien est paré de toutes les vertus, tandis que le chat est doté de tous les vices. En vérité, l’image des animaux évolue avec le temps.

8 / Buffon a exercé une action déterminante sur le Jardin des plantes et le Cabinet d’Histoire naturelle du roi qui deviendront à la Révolution le Muséum national d’Histoire naturelle . Il a recruté les meilleurs chercheurs, acquis des collections, procédé à des agrandissements et à des aménagements. Son Histoire naturelle, destinée à l’origine à décrire les collections royales, est l’un des monuments de la zoologie. Les portraits d’animaux qu’elle contient ont durablement marqué les mentalités.

9 a / Extrait de Buffon « Le Chat est un animal domestique infidèle, qu’on ne garde que par nécessité, pour l’opposer à un autre ennemi domestique encore plus incommode et qu’on ne peut chasser : car nous ne comptons pas les gens qui, ayant du goût pour toutes les bêtes, n’élèvent des chats que pour s’en amuser ; l’un est l’usage, l’autre l’abus ; et quoique ces animaux, surtout quand ils sont jeunes, aient de la gentillesse, ils ont en même temps une malice innée, un caractère faux, un naturel pervers, que l’âge augmente encore et que l’éducation ne fait que masquer. [...] »Buffon, Histoire naturelle

Caniche 1991 Jeff Koons
Caniche 1991 Jeff Koons © Musée Collection Berardo / Fondation d'art moderne et contemporain

10 / Le chat n’a pas toujours eu bonne réputation. Longtemps considéré comme l’incarnation du démon, il voit son image changer au XVIIe siècle quand le surmulot le rat de nos villes arrive en Occident . Comme il ne parvient pas à le chasser, le chat change de rôle et devient un animal de compagnie. Ce prédateur n’a plus à trouver sa nourriture. Devenu inoffensif, il s’installe dans le foyer des hommes. Logé, nourri, caressé, il vit surtout pour être contemplé. C’est seulement à la fin du XVIIIe siècle que le portrait de chat représenté seul, au repos, devient un lieu commun.

11 / Le portrait de chien voit le jour à la Renaissance. Jusqu’alors représenté en compagnie des hommes, le chien a désormais droit à son portrait individualisé . Les chiens de chasse, comme les braques ou les lévriers, sont privilégiés par les artistes car ils servent au passe-temps préféré des rois. Leurs portraits soulignent leurs qualités morales. Si certaines races traversent les époques, les goûts changent et les races évoluent : un chien autrefois à la mode pourra ainsi nous être peu familier.

12 / Beauté ou laideur ?

Tête d’orang-outan 1930, François Pompon
Tête d’orang-outan 1930, François Pompon © Service presse Réunion des musées nationaux - Grand Palais / A. Morin / Gallimard

Certains animaux ont été quasiment exclus du champ de l’art. C’est le cas de la chauve-souris, du crapaud, de l’araignée, considérés comme étranges, difformes, monstrueux. Longtemps attachées à lafigure du démon, qualifiées de nuisibles et systématiquement pourchassées, de nombreuses bêtes suscitent en nous de véritables phobies. Aujourd’hui, les artistes leur rendent hommage, en jouant sur nos réactions. A la suite de Dürer et de Van Gogh, César a représenté la chauve-souris, Picasso s’est intéressé au crapaud, Louise Bourgeois a réhabilité l’araignée. Quant à Johan Creten, il nous renvoie à la fascination très ancienne que nous avons pour les créatures sous-marines.

13 / Le singe en miroir

Le singe a toujours été considéré comme un animal à part, en raison de sa ressemblance troublante avec l’homme . Il devient très tôt un animal de compagnie recherché. Enchaîné, il symbolise l’asservissement ; costumé, il est forcé d’imiter l’homme, de le singer, sans jamais parvenir à l’égaler. C’est seulement au début du XIXe siècle que la connaissance des singes progresse, quand les premiers orangs-outans vivants arrivent en Occident. Coqueluches des visiteurs des zoos, les singes frappent par leur visage au regard pénétrant. Ils ont enfin droit au portrait.

14 / Une nouvelle sensibilitéAu XVIIe siècle, le philosophe Descartes formule la théorie de l’« animal-machine » , qui nie la souffrance animale. Le débat fait rage entre ses partisans et ses détracteurs. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que cette souffrance soit enfin reconnue. En 1824 est créée en Angleterre la première société qui protège les animaux contre la maltraitance. En France, la Société protectrice des animaux est fondée en 1845 et la loi Grammont est promulguée en 1850. Tout comme la littérature, l’art se fait l’écho de cette nouvelle sensibilité : peints ou sculptés, les animaux blessés, qu’ils soient soignés ou condamnés, déclenchent la compassion du public.

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