Les commerçants de la plage de La Baule manifestent ce samedi contre la concession de la plage à Veolia, mais il y a déjà plusieurs plages privées (et légales) en France.

La Plage de La Baule fait le plein en été (2015).
La Plage de La Baule fait le plein en été (2015). © Maxppp / Franck Dubray/ PHOTOPQR/OUEST FRANCE

Ils dénoncent une privatisation. Les commerçants de la plage de La Baule ont prévu de manifester ce samedi 27 mai contre la concession de la gestion de la plage à Veolia.

Mi-décembre, la préfecture de la Loire-Atlantique a signé un contrat autorisant pendant 12 ans Veolia à gérer les 5,4 kilomètres de plage où se trouvent 35 établissements (restaurants, clubs de loisirs, écoles de voile), moyennant une redevance de 150.000 euros puis de 177.000 euros.

L’entreprise devra rénover les accès, entretenir la plage et assurer la gestion des établissements.

La crainte d'une hausse des redevances

Mais les professionnels, qui réalisent 8,5 millions d'euros de chiffre d'affaires et emploient 500 saisonniers et 30 à 50 permanents, sont furieux. Ils redoutent de voir le montant de leurs redevances augmenter de 400.000 aujourd'hui à 805.000 euros la quatrième année.

En outre, l'obligation de démolir les structures en dur pour ne mettre que des structures démontables les inquiète. "On devient des franchisés Veolia, non seulement nous devons assumer le coût de la démolition mais les bâtiments vont être uniformisés, on va perdre notre identité", indique M. Appert à l’AFP.

Une association a donc lancé une pétition en ligne et a déposé en février un recours devant le tribunal administratif de Nantes afin d'obtenir que la concession accordée à Veolia soit cassée.

Une concession prévue par la loi

Reste que les concessions comme celle accordée à Veolia sont prévues dans la loi.

Ainsi, le "décret plage" de 2006 permet aux communes de rétrocéder leur droit de concession à des exploitants, pour 12 ans maximum, pour l'aménagement, l'exploitation et l'entretien de plages. Et ce après publicité et mise en concurrence préalable.

La ville de La Baule a effectivement fait un appel d'offre et seul Veolia s'est manifesté.

C'est d'ailleurs de ce décret plage que tout est parti... Le trouvant trop difficile à appliquer (notamment parce qu'il prévoit de démolir les structures en dur), la mairie a refusé de reprendre la gestion de la plage. Pendant sept ans, l’État a fermé les yeux, renonçant à imposer son texte tandis que la mairie assurait tout de même l'entretien des lieux.

Sauf qu'après l’hiver 2014 et ses violentes tempêtes, la mairie a réclamé l’arrêté de catastrophe naturelle. La préfecture a accepté une indemnisation mais a demandé en échange l’application du "décret plage" ! Et c'est là que Veolia intervient.

Non, la plage ne sera pas interdite au public

La concession de la plage à une entreprise privée ne signifie pas qu’elle va devenir interdite au public.

En effet, le Code de l'environnement prévoit que l'usage libre et gratuit par le public "constitue la destination fondamentale des plages" et que l'accès des piétons aux plages est libre (sauf en cas de raisons de sécurité ou de protection de l'environnement).

Dans le cadre d'une concession, il faut laisser au moins 80% de la surface d'une plage naturelle vierge de toute installation (selon une règle du Code général de la propriété des personnes publiques).

Il peut donc y avoir certains endroits payants pour les plagistes mais sur 20% de la plage au maximum, et il faut qu'il y ait un accès pour circuler librement le long de la mer.

La question est donc plutôt sur le prix des animations, des centres de loisirs ou encore des buvettes que gérera Veolia.

1 500 plages privées en France

Enfin, il n'y a rien de très nouveau dans la concession qui sera peut-être accordée à Veolia, si ce n'est le fait que la plage de La Baule est très grande (plus de 5 km).
En effet, selon une étude Protourisme, il y a environ 1500 plages "privées" en France dont environ un tiers sur la Côte d’Azur.

Elles génèrent entre 600 et 800 millions d’euros de chiffre d’affaires en restauration et totalisent près de 10 000 emplois salariés.

Vers une société d'économie mixte locale?

Face au tollé, le maire de La Baule a d’abord estimé qu’il était malhonnête de parler de "privatisation".

Puis il a joué la carte de l’apaisement et a proposé de créer une société d’économie mixte locale (SEML). Contrairement à une concession, une SEML est une société dont le capital est majoritairement détenu par des personnes publiques et elle garantit la prise en compte de l'intérêt général.

En clair, "la ville participerait aux dépenses de gestion et d’investissement et réserverait à Veolia une part d’activité dans laquelle souhaite s’investir", dit le communiqué du maire.

Mais cela reste encore flou. Les commerçants de la plage de La Baule veulent donc maintenir la pression pour obtenir des garanties.

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