François Molins, le procureur de Paris
François Molins, le procureur de Paris © MAXPPP

Le Ministre de la Justice Michel Mercier a donc nommé au poste de Procureur de Paris François Molins, son Directeur de Cabinet. Le Directeur de Cabinet est dans un ministère fréquemment surnommé le Ministre-bis. Au Ministère de la Justice et des Libertés, il est, certainement plus qu’ailleurs, le metteur en scène de la politique pénale, aux côtés du Directeur des Affaires Criminelles et des Grâces pour la partie technique et du Chef de Cabinet pour l’enrobage politique. Jamais un Garde des Sceaux ne s’exprime sur l’actualité chaude du moment, qu’il s’agisse d’une affaire médiatisée ou d’un projet de politique pénale, sans avoir consulté de près ses 3 plus proches conseillers, quand ce ne sont pas eux qui lui dictent les éléments de langage.

C'est la Ministre qui appelle

Le 26 juillet 2010, le Conseiller pour la Politique Pénale, l’Action Publique et la Coordination Législative est dans le bureau du Directeur de Cabinet quand le téléphone sonne. C’est la Ministre qui appelle. La même scène avec les patronymes donne : David Sénat est dans le bureau de François Molins quand Michèle Alliot-Marie appelle. La suite, c’est David Sénat qui la raconte dans « Sarko m’a tuer » de Gérard Davet et Fabrice Lhomme (Stock).

François Molins me regarde sans me regarder. Je sens qu’il y a un truc, j’ai l’intuition que ça me concerne. Après une réunion de cabinet, il me dit “Je suis ennuyé, il y a des éléments qui établissent que tu as des relations avec le journaliste du Monde .” Il ajoute : “J’ai eu Frédéric Péchenard [directeur général de la Police Nationale, NDLA] il m’a parlé de conversations téléphoniques.” (…) Je lui réponds que le journaliste, bien sûr que je le connais, que je le traite. Et alors ? Lui me dit “C’est une faute déontologique.”

Puis David Sénat raconte ensuite sa convocation, ce même après-midi dans le bureau de la Ministre de la Justice qui lui annoncera d’une « façon froide et distante », sans la moindre allusion à l’incident relaté par François Molins, sa « nomination » à Cayenne.

16 mois plus tard donc, Michèle Alliot-Marie a quitté le gouvernement presque aussi rapidement qu’elle avait invité David Sénat à quitter la Place Vendôme. N’en parlons plus.

L’affaire dite « des fadettes du Monde » est instruite à Paris par la Juge Sylvia Zimmermann.

La magistrate va donc certainement devoir convoquer dans les jours qui viennent les « témoins » de cette affaire, et notamment l’ancien Directeur de Cabinet François Molins devenu aujourd’hui « son » procureur.

Présomption de partialité

Cette ambiguité n’est pas la seule que François Molins devra maintenant tenter de gérer. Lui qui a joué depuis 2 ans à la Chancellerie un rôle très politique dans le règlement des affaires qui ont pu empoisonner la conduite de l’Etat. Magistrat respecté jusqu’à son dernier poste en juridiction, Procureur de Bobigny, il va maintenant souffrir d’une présomption de partialité dans chaque décision qu’il prendra, dans chaque réquisition qu’il rédigera à la tête du puissant parquet de Paris. Et pire encore, si la majorité venait à changer de camp à la prochaine Présidentielle, François Molins se retrouverait carrément en charge d’une mission impossible !

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