Elle vous appelait ses "sans sommeil", avec sa voix grave de fumeuse.Macha Béranger était un personnage de théâtre échappé de chez Copi. Elle se prenait pour ce qu'elle n'était pas : une star. Mais cette attitude la rendait forcément singulière.En studio, Macha exigeait qu'on éteigne la lumière. Sa réalisatrice, Flore de Malet, apportait vers minuit la sacro-sainte petite lampe à l'abat-jour blanc cassé qu'il ne fallait surtout jamais changer. Et le flashman du studio 134 de Radio-France devait tendre ses feuilles vers le faible éclairage pour tenter de lire ses brèves. Macha aimait ou détestait (quand un journaliste entrait en studio et qu'elle ne l'appréciait pas, elle lançait : "tiens! v'là l'autre con!"). Elle savait se montrer cruelle et violente. Ses crises étaient célèbres. Certains soirs, elle hurlait contre Flore, paralysée de peur, ou contre son assistant. Mais quand elle était de bonne composition, elle assurait. Une voix formidable, souvent imitée, des phrases kitsch qu'elle seule pouvait se permettre, "je vous fais plein de baisers soleils" ou "je vous embrasse tout joli doux", une tendance assumée à user avec ses invités de "un sujet, un verbe, un compliment", elle savait néanmoins mettre à l'aise son interlocuteur au bout du fil, et tenir à l'écoute les moins convaincus des auditeurs. Macha aurait voulu être actrice. Elle se rêvait vedette (quand elle passait chez Patrick Sébastien, elle comptait le nombre de fois ou elle était apparue à l'image!), mais sa carrière de comédienne n'a pas décollé. Alors, elle a vécu à la radio, pour la radio, avec le juste sentiment d'accompagner ses contemporains. Casquette Jean Barthet vissée sur la tête ("ce n'est pas un chapeau, Vincent, c'est une casquette!), Macha Béranger dont on se moquait dans les couloirs tout en la respectant, avait un sacré talent de radio. Son départ à 67 ans est une triste nouvelle. Au-delà de sa mort, c'est un petit morceau de l'histoire d'Inter qui disparaît.

Macha
Macha © Radio France
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