À chaque ministre sa protection, c’était la doctrine Fillon. Tous les ministres n’ont pas un cador armé sur le dos, c’est la doctrine Ayrault. Depuis les passations de pouvoir, « 103 gars du SPHP sont sur le carreau », calcule un policier de cette unité de 750 personnes, chargée de protéger les membres du gouvernement, leurs entourages quelquefois, et des personnalités étrangères.

Dans le gouvernement Fillon chacun des 33 ministres, quel qu’ait été son rang (ministre, ministre délégué, secrétaire d’Etat) avait au moins un officier de sécurité. Enfin 2, si on considère que ces flics spécialisés travaillent par roulement d’une semaine. Le gouvernement Ayrault, c’est 34 ministres, mais seulement 18 protégés en permanence : la majorité ont un officier de sécurité, certains (Intérieur, Défense, Affaires Etrangères…) ont une protection rapprochée, au moins 3 gardes du corps en permanence. Les 16 ministres délégués, eux, n’ont droit à rien.

Est-ce qu’il faut pleurer sur le sort de ces derniers, et sur celui de ces pauvres policiers qui s’étiolent sans ministre à accompagner ?

« Pleurer, peut être pas », rigole Jo Querry, ancien patron du SPHP, « mais il y a quand même matière à râler ». D’accord, certains membre de ce premier gouvernement Ayrault sont aussi connus que le grand-oncle de mon voisin de bureau, et ne risquent a priori rien, mais, poursuit Querry, l’officier de sécurité est utile. À quoi ? Un officier de sécurité seul ne peut pas faire grand-chose en matière de protection rapprochée (essayez de former tout seul un triangle de protection autour d’un ministre, vous verrez, ce n’est pas gagné).

La vérité est ailleurs. L’officier de sécurité n’est pas une plante verte, un ornement décoratif ou un attribut du pouvoir. Même s’il ne fait de protection rapprochée, son rôle est celui d’un « aide de camp armé ». Cette formule de Jo Querry s’explique ainsi : l’officier de sécurité, porte à la fois très bien le costume, les dossiers du ministre, et surtout la responsabilité de sa sécurité lors d’un déplacement.

Si le ministre des transferts locaux décentralisés (l’intitulé est fantaisiste, pour ceux qui n’auraient pas l’organigramme Ayrault sous les yeux) décide de se rendre à Montceau-les-Mines, c’est l’officier de sécurité, « de flic à flic » précise Querry, qui prépare le déplacement et qui appelle directement un policier de la SDIG (Sous-direction de l’information générale, anciennement Renseignements Généraux) pour prendre la température du terrain : grogne sociale, mouvements revendicatifs, combien de flics en tenue nécessaires…

Sans officier de sécurité, cette tâche revient à un membre du cabinet, qui appellera le préfet ou son dircab, qui appellera le DDSP (Directeur départemental de la sécurité publique) qui appellera le patron de la SDIG locale, etc, etc.

« Moins de protection, c’est bien au niveau de l’image, pas terrible au niveau efficacité », résume un policier du SPHP, pour qui ce dispositif a minima ne peut fonctionner qu’un temps : « Attendez que le climat social se tende, ou que des intérêts français soient pris pour cibles à l’étranger, par exemple, et vous verrez le retour des collègues ».

En attendant, 103 spécialistes de la protection sont sans ministre. Ils ont été reversés, précise cette source au sein du SPHP, « à la sécurité des personnalités étrangères ». Il va quand même falloir une sérieuse augmentation du tourisme politique VIP pour occuper tous ces gens-là.

À moins que les intentions du début (discrétion, économies) ne tiennent qu’un temps, et qu’après les législatives, tous les ministres récupèrent un officier de sécurité. Au nom de la devise de Jo Querry : « La sécurité, ça a un coût, mais ça n’a pas de prix ».

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