Les deux assaillants qui ont égorgé un prêtre dans l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray était fiché S. Mais qu'est ce qu'une fiche "S" ? Et à quoi sert-elle ?

Les fiches S sont prinicpalement émises par la DGSI (Ici, le siège à Levallois-Perret)
Les fiches S sont prinicpalement émises par la DGSI (Ici, le siège à Levallois-Perret) © AFP / LIONEL BONAVENTURE / AFP

Depuis l'attentat de Charlie Hebdo, en janvier dernier, puis ceux de Paris et plus récemment celui de Nice, le terme de fiche "S" est désormais connu du grand public. Mais qu'est ce qu'une fiche "S", exactement ?

Un outil de surveillance

En France, une fiche "S" est une fiche de renseignement, de suivi pour "établir la traçabilité du parcours de ceux qui peuvent se livrer à des activités criminelles", comme l'explique Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur. Les fiches "S" sont des outil dont disposent les services de police pour "procéder à la surveillance de ceux sur lesquels ne repose aucune incrimination pénale, mais qui peuvent, par leur activité, représenter à un moment ou à un autre un risque de trouble à l'ordre public ou une atteinte à la sûreté de l’État".

La lettre S est l'abréviation de « sûreté de l'État ». Les fiches S sont principalement émises par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), une des branches du renseignement français. Y figurent notamment l'identité de la personne fichée, l'attitude que doivent avoir les forces de l'ordre quand elles entrent en contact avec elle ainsi que les motifs de la création de la fiche.

La fiche S est subdivisée en divers niveaux matérialisés par des chiffres, qui vont de « S1 » à « S16 ». Ce niveau de chiffres ne correspond pas à la « dangerosité » d’une personne, mais plutôt aux actions à entreprendre pour le membre des forces de l’ordre qui contrôle cette personne. Par exemple, Sid Ahmed Ghlam, suspecté d'avoir voulu commettre un attentat dans des églises à Villejuif (Val-de-Marne) en avril, était au niveau 13. Mohammed Merah, le tueur de Toulouse, était, lui, au niveau 5, car jugé encore plus dangereux.

Pas assez de moyens techniques et humains pour suivre toutes les personnes fichées "S"

Selon Manuel Valls, 20 000 personnes sont concernées par ces fiches "S" en France, dont 10 500 pour leur appartenance à ou lien avec la mouvance islamiste. Mais les fichiers "S" regroupent aussi des écologistes zadistes, des hooligans... Et toutes les personnes fichées ne sont pas toutes activement suivies, tout simplement parce qu'il n'y a pas assez de moyens techniques ni humains pour y arriver. Il est actuellement impossible de mettre un policier spécialisé 24h/24 et 7j/7 derrière chacune des 10.000 personnes fichées. A l'heure actuelle, plus de 13.000 fonctionnaires et contractuels sont affectés à des tâches de renseignement et de lutte antiterroriste en France dont 5.000 à la DGSE et 3.000 à la DGSI.

Les fiches "S" en débat

Les policiers comme les membres de la classe politique nourrissent beaucoup de débats quant aux fiches "S" et se divisent quant à la question de son exploitation. En effet, le fichier "S" mélange les personnes condamnées et les personnes innocentes. Ce mélange soulève un débat sur l'utilisation des fiches : faut-il licencier de l'emploi public, soumettre à un suivi judiciaire (pointage plusieurs fois par jour au commissariat), voire emprisonner administrativement (ce qui signifie préventivement) les personnes fichées mais présumées innocentes ? Plusieurs responsables politiques sont favorables à ces mesures, alors que d'autres craignent au contraire que les parents ne signalent plus leurs enfants et leurs proches.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.