Très peu de réunions publiques sont prévues dans des quartiers prioritaires. Les banlieues, encore silencieuses, doivent prendre part à la grande consultation nationale, martèlent certains responsables associatifs et politiques. Sur le terrain, les avis divergent. Reportage à Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines.

A la cité de la Noé à Chanteloup-les-Vignes, les habitants sont partagés entre envie de ne pas être "zappés" du débat et désillusion. Saïd travaille auprès des adolescents du quartier.
A la cité de la Noé à Chanteloup-les-Vignes, les habitants sont partagés entre envie de ne pas être "zappés" du débat et désillusion. Saïd travaille auprès des adolescents du quartier. © Radio France / Claire Chaudière

Au pied des immeubles de la cité de La Noé, ce jour là recouverts d'une fine couche de neige, la plupart des habitants interrogés affirment soutenir les gilets jaunes et suivre de loin les débats. De loin seulement. 

Où sont les banlieues ? On ne les entend pas dans les débats !

"Je n'ai pas l'impression qu'il y a des gens dans les débats qui portent notre voix, explique Saïd qui travaille auprès des adolescents du quartier. J'entends beaucoup de retraités et on les soutient mais où sont les jeunes ? Moi j'ai des choses à dire, et à défendre."

Des idées aussi à Chanteloup-les-Vignes

Saïd a même des propositions à formuler : redistribuer les revenus, parfois indécents, dans le monde du foot, au profit de ceux qui sont dans la galère. Fatima propose que chaque député passe une semaine par an avec des personnes... comme elle : "une sorte de vis ma vie de smicard qui se lève à 5 heures du matin, travaille la nuit, ne voit pas ses enfants et ne gagne que 1.000 euros par mois. Il faut reconnecter les élus nationaux à la réalité", suggère cette trentenaire de Chanteloup. 

Ce que dénoncent les gilets jaunes, nous on le vit et on le dit depuis des années, des décennies même ! Alors on les soutient, mais sans participer vraiment aux actions. On observe.

40 ans après la naissance de la politique de la ville, la municipalité de Chanteloup-les-Vignes s'est fortement investie en 2018 autour du rapport Borloo. Des propositions "balayées d'un revers de main" regrette Catherine Arenou.
40 ans après la naissance de la politique de la ville, la municipalité de Chanteloup-les-Vignes s'est fortement investie en 2018 autour du rapport Borloo. Des propositions "balayées d'un revers de main" regrette Catherine Arenou. / Ina.fr

Un débat pourquoi pas, mais ici "personne n'en attendra grand chose" prévient Barhan El Fakhar, président de l'ACVL, l'une des figures associatives locales. "Le mouvement des gilets jaunes est un mouvement de travailleurs. Ici beaucoup sont sans emploi. Et puis les habitants ont arrêté de croire que ce genre de processus participatif pouvait changer les choses. Il n'y a pas confiance".

Trop de frustrations et d'espoirs déçus

Catherine Arenou la maire de Chanteloup les vignes, elle, a pris sa décision.  "Moi maire, je n'organiserai pas de débat. Je ne veux pas que mes habitants, qui se sentent déjà relégués depuis des années, soient encore plus frustrés, après un débat qui risque d'être inachevé"

J'ai le sentiment qu'on joue aux apprentis sorciers avec ce grand débat national.

Et l'élue municipale de rappeller l'investissement qui a été le sien, il y a  an à peine, lors de la concertation lancée par l'ancien ministre de la ville Jean-Louis Borloo : "On a fait des propositions. Elles ont, pour beaucoup, été balayées d'un revers de main. On ne va pas recommencer maintenant".

Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes, refuse d'organiser un débat localement, dans le cadre du grand débat national.
Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes, refuse d'organiser un débat localement, dans le cadre du grand débat national. © Radio France / France Inter

Rare ville populaire à organiser le débat localement, Grigny propose deux réunions publiques les 31 janvier et 7 février, après Villiers-le-Bel le 18 janvier dernier. 

Le député LREM Saïd Ahamada à l'initiative d'un groupe de travail parlementaire sur la politique de la ville, lancera cet après-midi à Marseille, un appel à destination des quartiers populaires. Appel à participer au grand débat national

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.