Il y a un an, Emmanuel Macron recevait - et balayait aussitôt - le rapport Borloo pour une relance de la politique de la ville. L'Élysée avait alors annoncé la création d'un "Conseil présidentiel des villes" composé d'une vingtaine de personnalités engagées. Aujourd'hui, ses membres s'interrogent sur leur utilité.

Après quatre décennies de politique de la ville, les chantiers restent importants dans de nombreux quartiers populaires : ici la cité des Musiciens, aux Mureaux.
Après quatre décennies de politique de la ville, les chantiers restent importants dans de nombreux quartiers populaires : ici la cité des Musiciens, aux Mureaux. © Radio France / Claire Chaudière

Sa première réunion s'est tenue le 22 mai 2018, il y a tout juste un an. Le Conseil présidentiel des villes avait alors été présenté comme l'un des outils d'une "nouvelle méthode" pour apporter des solutions aux problèmes des banlieues, après 40 ans de politique de la ville. 

"On n'a pas revu le président depuis un an !"

Douze mois plus tard, qu'en est-il ? Ses 26 membres (associatifs, sportifs, artistes, entrepreneurs) disent avoir joué le jeu, en phosphorant sur des thèmes comme l'égalité des chances, les discriminations, ou encore les trafics de drogue qui gangrènent certains quartiers. Mais ils ne s'attendaient pas à voir aussi peu le président de la République. "On l'a vu une fois lors du lancement du CPV, puis plus rien. Alors que la promesse de départ était celle-ci : rencontrer le chef de l'État 3 ou 4 fois dans l'année, pour être une courroie de transmission avec le terrain. L'alerter et lui faire des propositions concrètes", explique Majid El Jarroudi président de l'ADIVE, l'association pour la diversité entrepreneuriale, membre du Conseil présidentiel des villes, qui espère qu'Emmanuel Macron sortira de son silence dans les prochaines semaines : "le ministre Julien Denormandie est à l'écoute mais pas le président pour le moment".

"Il y a de la frustration. Nous sommes bénévoles. Nous avons beaucoup travaillé, élaboré des notes à destination du président. S'il ne répond pas et ne nous rencontre pas, cela n'a pas de sens !" Majid El Jarroudi préside l'ADIVE.
"Il y a de la frustration. Nous sommes bénévoles. Nous avons beaucoup travaillé, élaboré des notes à destination du président. S'il ne répond pas et ne nous rencontre pas, cela n'a pas de sens !" Majid El Jarroudi préside l'ADIVE. © Radio France / Claire Chaudière

Parmi les membres du nouveau Conseil présidentiel des villes, certains ont été déçus par les propos d'Emmanuel Macron lors de son discours de sortie du grand débat national, le 25 avril dernier : "Pourquoi introduire les thèmes de l'immigration et du communautarisme, alors que ce n'était pas soulevé par les gilets jaunes ? Je n'ai pas compris".

De l'impatience... à la déception

Pour Mohamed Mechmache de la coordination Pas Sans Nous qui regroupe de nombreuses associations des quartiers populaires, également membre du Conseil présidentiel des villes, "l'attente ne peut plus durer. Il va falloir qu'Emmanuel Macron se prononce très vite sur nos propositions, sans quoi nous partirons. Il y a une urgence à agir pour cette 'quatrième génération' issue de l'immigration, qui ne se projette pas dans l'avenir. C'est très préoccupant."

Je ne resterai pas pour la vitrine. Si ça ne sert à rien, il faudra partir !

Depuis le 22 mai 2018, les 26 membres du Conseil Présidentiel des Villes se réunissent régulièrement et planchent sur des mesures concrètes permettant d'améliorer la vie des habitants des quartiers populaires. Ici, la cité des 4000 à La Courneuve
Depuis le 22 mai 2018, les 26 membres du Conseil Présidentiel des Villes se réunissent régulièrement et planchent sur des mesures concrètes permettant d'améliorer la vie des habitants des quartiers populaires. Ici, la cité des 4000 à La Courneuve © Radio France / Claire Chaudière

Appel à la suppression du Conseil présidentiel des villes

Vu de l'extérieur, ce Conseil présidentiel génère aussi des frustrations. Hassen Hammou du collectif marseillais "Trop jeune pour mourir" demande aujourd'hui sa suppression : 

On est là face à une instance créée pour faire oublier l'abandon brutal du rapport Borloo. Ses membres servent d'alibi. Il n'en sort rien depuis un an. On a perdu beaucoup trop de temps

Faute d'une implication et de réponses rapides du président de la République, le conseil "se désagrégera de toute façon de lui-même", lâche l'un de ses membres, qui veut encore croire à un sursaut dans les prochaines semaines.

Contacté, l'Elysée n'a pas donné suite à nos demandes d'information sur d'éventuelles mesures portées par le Conseil présidentiel des villes. A la suite de la publication de cet article, un porte-parole du chef de l'Etat indique qu'une rencontre avec le CPV sera fixée début juin, et que le président a pris connaissance de l'ensemble des notes transmises par les membres du Conseil.

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