par François Revilla

MARSEILLE, 5 octobre (Reuters) - Quatre des douze policiers marseillais déférés vendredi devant la justice pour corruption présumée ont été mis en examen et incarcérés, a-t-on appris de source judiciaire.

Le procureur Jacques Dallest a déclaré qu'"un système organisé de vol, de racket, de trafic de drogue" gangrenait la brigade anti-criminalité (Bac) "jour" du nord de Marseille.

Cette affaire est la plus grave touchant la police française depuis la révocation de Michel Neyret, le numéro deux de la Police judiciaire lyonnaise, mis en examen et incarcéré il y a un an pour ses liens avec le milieu lyonnais. Il a été révoqué par le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls.

Ce dernier a déclaré vendredi qu'il serait "extrêmement sévère", si les faits sont avérés dans l'affaire marseillaise, avec "ceux qui salissent la police et la République".

Sur les douze policiers déférés vendredi devant deux juges d'instruction, quatre avaient été mis en examen en fin de journée pour vol et extorsion en bande organisée" et "détention, acquisition, transport, cession de stupéfiants". Ils ont été écroués dans divers établissements pénitentiaires de la région.

D'autres mises en examen devraient vraisemblablement suivre dans cette enquête préliminaire lancée en novembre 2011.

Les fonctionnaires ont été déférés sur la base d'"éléments accablants", a déclaré le procureur de la République de Marseille lors d'une conférence de presse. Quinze autres policiers de la Bac Nord ont été entendus comme témoins.

"Le sentiment (...) c'est qu'on a une gangrène qui a frappé, qui a touché ce service", a-t-il ajouté. "Il est possible que d'autres personnes soient impliquées pénalement à des titres divers."

"ÉCOUTES ACCABLANTES"

Manuel Valls a souligné lors d'un point de presse à son ministère que la police, "pour être respectée, pour mener à bien son travail" devait être "exemplaire".

"Il n'y a pas de place pour ceux qui salissent la police et la République", a affirmé le ministre, qui se rendra le 12 octobre à Marseille.

La justice s'appuie sur l'écoute de conversations entre policiers de la "Bac jour", enregistrées dans leurs voitures de service par les enquêteurs de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) entre mai et septembre.

Des écoutes qualifiées par Jacques Dallest d'accablantes et instructives sur les pratiques des intéressés, de la récupération de drogue sur les dealers aux perquisitions illégales en passant par le partage d'argent et de stupéfiants.

"Tout y passe, et cela de façon répétée dans le temps, avec des fonctionnaires que l'on retrouve, qui sont nombreux à être dans ce que je considère comme un système organisé de vol, de racket, de trafic de drogue", a souligné le procureur.

Les perquisitions menées mardi par l'IGPN à la Bac Nord, dans le XVe arrondissement de Marseille, ont permis de retrouver de l'argent liquide, environ 450 grammes de haschich et de résine de cannabis, des sachets de conditionnement de drogue et une dizaine de bijoux, dans les vestiaires personnels des policiers et les faux-plafonds du service, a-t-il précisé.

"LES RIPOUX, LES NAÏFS ET LES INNOCENTS"

Des policiers de la Bac nient totalement les faits, d'autres les reconnaissent en partie et expliquent que ces détournements d'argent et de drogue servaient leur activité professionnelle, ce que dément formellement le parquet de Marseille.

"La pratique usuelle des fonctionnaires de police n'est pas de prélever de la drogue ou de l'argent pour travailler. Cela est faux", a déclaré le procureur. "Ni le parquet ni la justice ne cautionneraient le détournement d'argent ou de produits stupéfiants sous couvert de recherche d'affaires", a-t-il dit.

"Comme dans toute enquête policière, il n'y a pas seulement les auteurs qui sont entendus. Il faudra faire le tri entre les ripoux, les naïfs et les innocents", a cependant dit à Reuters Alphonse Giovannini, secrétaire régional Paca de Unité Police.

"Il n'y a pas eu de laxisme de l'administration mais une souricière qui a été montée. Il faut laisser travailler les enquêteurs dans la sérénité et ne pas jeter la pierre sur l'ensemble du service de la Bac", a ajouté ce syndicaliste.

Les peines encourues pour faits de vols et d'extorsion en bande organisée peuvent atteindre vingt ans de réclusion.

édité par Sophie Louet

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