Journal intime 973 Que sont mes amis devenus ? C’était à Porto Alegre. Ca démarrait. Jospin n’était pas encore battu au premier tour des élections. En ce temps là Cassen dirigeait le diplo, Ramonet portait la bonne parole, Attac bouillonnait d’enthousiasme, Lula nous accueillait à bras ouverts. Tout le monde regardait du coté de Porto Alegre, Davos faisait ringard, il y avait même un débat en duplex entre Porto et Davos ! Un autre monde était possible. L’autre économie, l’autre façon de vivre, la protection de l’environnement, le logiciel libre, le commerce équitable, les paysans sans terre, la protection du vivant, l’eau pour tous et la terre pour tous, le refus des brevets et du pillage biologique, les médicaments génériques, la démocratie participative, après la révolte de Seattle, tout se construisait à Porto. Dix ans ont passé, une crise phénoménale a secoué le monde, la Chine s’affirme comme le souverain de demain, et que sont mes amis devenus ? Un autre monde est-il possible ? « Ce monde n’est pas amendable, il faut le détruire » disait un type à moustache avec qui j’ai écrit pas mal de livres. Que propose l’Afrique ? La croissance ? Elle croît à 5% l’an depuis dix ans, contre 2% pour l’Europe, elle en est fière. C’est ça l’autre économie ? La croissance Africaine, la migration des paysans vers les villes (l’Afrique, dernier continent paysan) ? C’est ça la croissance Africaine : la transformation de sociétés autarciques en sociétés marchandes ? Petit apologue : une île est totalement fermée au commerce international. Aucun échange marchand. Que de l’intraconsommation. Les fermes produisent pour les paysans. PIB : Zéro par définition. Cette île s’ouvre au commerce international et échange 100 de ce qu’elle produit contre 100 qui viennent de l’étranger. Résultat identique, puisque les 100 qui sont maintenant échangés étaient autrefois intra-consommés. PIB 100 au lieu de zéro, alors que la richesse de l’Ile n’a pas changé. C’est tout le paradoxe de la croissance africaine, la transformation d’une économie fermée en économie ouverte. Produisez de l’agriculture vivrière, PIB zéro. Produisez de l’arachide et exportez le au prix d’une bidonvilisation du pays, PIB en forte croissance ! Tout ça pour ça ? Tout ça pour, dix ans après se féliciter de la « croissance » africaine, comme le fait Martine Aubry ? Laquelle, pleine de bonne volonté, et désireuse de balayer le funeste discours présidentiel dit de Dakar, nous rappelle que l’homme est né en Afrique... Oui. L’homme est né de l’amibe et l’amibe est née dans l’eau, quels droits culturels ça donne à l’amibe ? Le Forum Social Mondial continue de se battre pour les droits des paysans, contre le pillage des matières premières organisé par les pays du Nord auquel succède aujourd’hui le simple pillage des terres arables (la Chine, la Corée du Sud, l’Arabie Saoudite, les Etats-Unis s’accaparent les rizières), contre le démantèlement des agricultures vivrières... Bravo. Mais faut-il aider l’Afrique, comme le souhaite Martine Aubry ? Où va l’argent ? dans la poche des corrompus ? La FAO vient de verser 2 millions de dollars pour, je cite, « l’intensification de l’aide agricole » (Libé, 9/2/11). 1.6 millions sont restés dans les poches des « experts » de la FAO, 280000 sont allés dans les poches des politiques africains, et le reste est allé aux paysans. Au fait : la consommation de viande est en train d’exploser dans les pays du Nord. D’où la déforestation pour pratiquer l’élevage. Quand il ne s’agit d’élevage il s’agit d’agro carburants. C’est la vie libérale. La doctrine libérale tue la paysannerie africaine qui part dans les bidonvilles, mais le PIB augmente. Aujourd’hui, le manioc consommé en Afrique vient du Brésil. Qu’a dit Lula à Dakar ?

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