Photographes, diplomés de l'ENSP

Edouard Beau - ENSP 2011

Né en 1982 à Nevers. Vit et travaille à Paris.« Automne 2007. On me propose de partir photographier un bataillon de soldats kurdes de l’armée irakienne, à Mossoul. J’ai 48 heures pour me décider. Je pars. Là-bas, un ami me donne sa vieille caméra vidéo Hi8, avec dix cassettes. Je suis photographe. Je n’ai jamais filmé. Je n’ai jamais vu la guerre. Un mois durant, je reste aux cotés de ces soldats, et je filme, malgré tout, leur quotidien. Attente, tension, temps morts, traversées sans fin de cette ville, à la recherche de terroristes introuvables », explique Édouard Beau.Que voit-on ? Des policiers fort zélés en action, même s’ils finiront bredouilles. L’étonnante proximité des images ne nous épargne rien de leur brutalité, des coups, des aboiements, d’une ville sillonnée, de maisons ouvertes avec fracas, de fouilles terrifiantes, de la peur, aussi, qui règne sur tous, tout cela est présent, écho une fois encore du dernier De Palma. Mais pour un premier film, nul amateurisme pourtant, et si l’ombre du reportage et son besoin de spectaculaire pourraient menacer l’entreprise, c’est bien autre chose qui nous est proposé. Car le film se déroule sur une journée, de l’aube au crépuscule, et il construit une temporalité propre. Laquelle ? Celle de la loi qui veut absorber le chaos. En réalité, celle du chaos qui absorbe la loi.Jean-Pierre Rehm, directeur artistique du FID de Marseille.

Grégoire Alexandre - ENSP 1995

Grégoire Alexandre - Exo1, 2010
Grégoire Alexandre - Exo1, 2010 © Rencontres Arles

Né en 1972 à Rouen. Vit et travaille à Paris.UCHRONIES

La Terre n’est ni ronde ni bleue ; c’est un cube, blanc, percé d’une double porte. Dans ce cube, il y a des grottes d’un blanc immaculé et des licornes de papiers qui parcourent les vallées, des montagnes de farine escarpées et des femmes portant d’un même élan un dieu-fauteuil ; et puis il y a des étendues désertiques, des déserts d’une absolue blancheur, ponctués de quelques parapluies et trépieds en perdition. Pas de soleil, pas de lune, pas de cieux. Juste quelques lumières, qui vont et viennent. C’est là, dans ce cube blanc, dans ce lieu hors de tout et sans rien, que le photographe Grégoire Alexandre fabrique quasi quotidiennement ses mondes parallèles. L’hubris du créateur s’exprime généralement chez lui à coups de scotch, de fonds de papier et souvent d’accessoires de studio : polyboards, girafes, parapluies et réflecteurs. Quand la mécanique du faire est habituellement dissimulée avec soin derrière des mises en scène illusionnistes, elle tient, chez Grégoire Alexandre, le rôle principal.[...]Quelques ficelles, un peu d’éclairage, un ou deux accessoires hors-cadre qui s’avancent subrepticement dans le cadre, et voici le monde parallèle qui prend forme. Rien de spectaculaire dans les mises en scènes du photographe, tout est dans le geste, délicat. Comme la simple feuille blanche devient soudain animal fantastique par le pliage savant de l’origami, le cube blanc, exploré par Grégoire Alexandre, révèle des territoires où se déploient fable et poésie. Raphaëlle Stopin

Valérie Jouve - ENSP 1990

Valérie Jouve - sans titre, 2011-12
Valérie Jouve - sans titre, 2011-12 © Rencontres Arles

Née en 1964 à Saint-Étienne. Vit et travaille entre Paris et Jéricho.

Une exposition entre Marseille et Jéricho, non pas comme un point de comparaison, mais comme uneconversation entre les images de l’une et celles de l’autre, des villes pour aborder des problématiques plus abstraites de rythme, de lumière et surtout de temporalité. Permettre à l’image d’échapper à la seule reconnaissance, pour nous immerger dans un espace à expérimenter. Toujours cette envie de construire une exposition comme une incarnation idéelle, le montage des images me permet d’établir une relation au spectateur plus physique, dépassant la simple lecture. Rentrer dans un espace sans aucune nécessité de reconnaissance, de lisibilité et se laisser porter par l’expérience de ce lieu habité par les images, sans connaître la localisation exacte des unes et des autres.J’ai habité dix ans à Marseille, aujourd’hui j’habite une partie de mon temps à Jéricho ; ces deux villes se posent toutes deux en décalage vis-à-vis des autres villes du territoire, les Français trouvent les Marseillais paresseux, les Palestiniens trouvent les gens de Jéricho trop lents et flegmatiques… Ces deux villes représentent des bulles, Marseille et Jéricho sont à part. La question du pourquoi n’est pas de mon ressort, je ne m’intéresse pas, dans cette exposition, à démontrer, montrer ou analyser mais bien plus faire ressentir ce temps étiré, ces espaces particuliers qui appellent souvent un ailleurs (la mer pour Marseille, le désert pour Jéricho), une ouverture des imaginaires. Ces deux villes me permettent de fabriquer visuellement des utopies possibles. Et le but de cette exposition sera de construire cette utopie spatio-temporelle. La possibilité d’un autre espace, la combinaison des deux villes, comme proposition d’un nouvel espace commun.C’est aussi l’occasion de montrer à Arles, où j’ai vécu pendant mes études à l’École de photographie, le tout début de mon travail, réalisé à Marseille, la construction des personnages et le travail plus récent réalisé en Palestine.Valérie Jouve

Olivier Cablat - ENSP 2003

Olivier Cablat - Welcome, Gourna, 2004.
Olivier Cablat - Welcome, Gourna, 2004. © Rencontres Arles

Né en 1978 à Marignane. Vit et travaille à Arles.EGYPT 3000

Le projet Egypt 3000 traite de la relation complexe que l’Égypte contemporaine entretient avec son glorieux passé. Le projet a pris naissance entre octobre 2003 et juin 2004, alors que je travaillais pour un programme du CNRS à Karnak, dans le sud de l’Égypte. Le programme consistait principalement à identifier et photographier des objets trouvés lors de fouilles archéologiques. Il s’agissait également de réaliser des prises de vue de reportage sur les différentes activités de fouille et de restauration réalisées autour du temple d’Amon, ainsi que des montages numériques complexes qui reconstituaient les parois du temple et servaient de matériel d’étude pour les égyptologues.En parallèle de ce travail, je collectais de nombreux objets et images, qui m’ont permis de mettre en place des recherches artistiques, dans la continuité de ce que j’avais pu réaliser précédemment dans le sud de la France.L’intention initiale du projet Egypt 3000 était de me baser sur une matière première issue du quotidien égyptien contemporain, sans jugement hiérarchique sur sa nature et d’y appliquer le traitement opéré par la recherche scientifique sur les objets antiques.Le projet s’est construit sur plusieurs années, pendant et après mon voyage… Des années de construction, de recomposition, de poursuite d’une forme documentaire affranchie du systématisme de la série ou de condescendance propre à la « Photographie de voyage ».Le projet a ainsi pris la forme de trois ensembles distincts: Pour une archéologie contemporaine, Karnak/Louxor, 2004-2009, les reproductions d’objets trouvés à Karnak et Louxor et traités sur le même mode que les objets antiques par la recherche scientifique, 300 days and a day, 2003-2011, une série documentaire relatant 300 jours de recherche documentaire et mêlant séries typologiques, photo montages numériques complexes aux références post-orientalistes et Enter the pyramid, 2006-2012, une installation numérique documentaire, composée en HTML avec un ensemble d’images trouvées sur Internet à l’aide du mot-clé « pyramid ».Olivier Cablat

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