De la fondation à l’Empire, 632-1000

Vantail de porte du Dar al-Khalifa de Samarra S’étendant sur plus de 50 kilomètres le long du Tigre, la ville de Samarra était composée d’un noyau central, le Dar al-Khalifa. Ce complexe palatial de 125 hectares était divisé en deux parties : l’une publique, appelée Dar al-‘Amma, l’autre privée, le Jawsaq al-Khaqani.Le vantail de porte en bois du Louvre proviendrait du Dar al-Khalifa ; sa hauteur souligne l’importance de l’accès qu’il commandait. Un vantail du musée Benaki, à Athènes, est le pendant de celui-ci. Tous deux présentent un décor organisé en trois panneaux rectangulaires, disposés verticalement. Chaque panneau est orné de motifs profondément biseautés et en très fort relief, spécificité décorative de la sculpture ornementale abbasside. Partant du haut, un motif en éventail ou en queue de paon, flanqué de deux puissantes bossettes, s’achève par une feuille à cinq lobes dont les deux derniers se retournent en volutes vers la tige. Cette dernière est courte et large, et souligne l’étroite continuité des deux corps qui composent le motif.

Pyxide au nom d’al-Mughira Espagne, Cordoue, 968 Ivoire sculpté, H. 16 cm, D. 11,8 cm
Pyxide au nom d’al-Mughira Espagne, Cordoue, 968 Ivoire sculpté, H. 16 cm, D. 11,8 cm © Musée du Louvre, dist. RMN / Hughes Dubois

Pyxide d’al-Mughira C’est à la cour umayyade d’Espagne que fut sculptée cette boîte ronde en ivoire du prince al-Mughira, dernier-né des fils du calife de Cordoue ‘Abd al-Rahman III (929-961). Réalisé dans un matériau précieux et coûteux, ce chef-d’oeuvre est rare par son cycle d’images, difficile à déchiffrer, et dont on trouve les clefs de compréhension dans la littérature umayyade andalouse. Elle représente également les symboles des Umayyades d’Espagne, tels que le faucon qui n’apparaît pas moins de dix-sept fois.La précieuse Pyxide d’al-Mughira forme un ensemble complexe d’images au propos très politique, illustrant la lutte autour des symboles du pouvoir légitime des Umayyades face aux Abbasides, un pouvoir – le califat universel – qui semble partout menacé ou à reconquérir. L’oeuvre lève alors le voile sur une histoire longtemps occultée : al-Mughira faisait l’objet d’une procédure d’investiture inédite dans le système successoral de l’Islam et devait, après al-Hakam II, défendre les couleurs des Umayyades contre les Abbassides. Mais, à vingt-sept ans, il représenta une telle menacepour un parti qui lui était contraire qu’il fut exécuté au lendemain même de la mort d’al-Hakam II. Cet assassinat ouvrit la crise majeure (fitna, 1009-1031) dont devait mourir le califat umayyade.

Rupture et recomposition du monde islamique, 1000-1250

Lion de Monzón Espagne, XIIe-XIIIe siècle Bronze moulé, décor gravé H. 31,5 cm ; L. 54,5 cm
Lion de Monzón Espagne, XIIe-XIIIe siècle Bronze moulé, décor gravé H. 31,5 cm ; L. 54,5 cm © Musée du Louvre, dist. RMN / Hughes Dubois

Lion de Monzón On peut voir cette pièce sur plusieurs photographies prises en 1874 dans l’atelier de Mariano Fortuny y Marsal, qui l’avait achetée, ainsi que sur un tableau du peintre espagnol. Une étude publiée en 1865 nous apprend que ce lion avait été trouvé peu de temps auparavant à Monzón de Campos, dans la province de Palencia en Espagne.Ce lion servait de bouche de fontaine. Fabriqué en bronze moulé, l’animal semble prêt à bondir et comme mû par le rugissement qu’un large courant d’eau s’échappant de sa gueule matérialisait sans doute. Sous le ventre, un creux large et béant était sans doute relié à une canalisation qui acheminait l’eau dans le corps de l’animal.Les flancs et la croupe du lion sont ornés d’une inscription gravée et d’un motif d’oiseau logé sous une arcade. Le pelage est figuré par des boucles que l’on retrouve associées à une épigraphie de même style sur deux pièces monumentales en bronze : le grand griffon, probablement placé, au début du XIIe siècle, au sommet du chevet de la cathédrale de Pise, et un lion passé en vente en 1993. Bien que le lieu de production de ces deux oeuvres soit discuté, plusieurs chercheurs ont envisagé de façon très convaincante qu’elles proviennent d’al-Andalus. L’étude de leur épigraphie et de celle du Louvre contribue à dater leur fabrication du XIIe ou du XIIIe siècle.Tout porte donc à croire que ce lion appartient à une production espagnole de grande qualité. Ses points communs avec d’autres bouches de fontaine en forme de lion, au sein du monde islamique, l’inscrivent par ailleurs dans un mouvement large de circulation des modèles et des techniques en Méditerranée médiévale.

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