Les trois empires modernes de l’Islam, 1500-1800

Plat au paon C’est l’un des chefs-d’oeuvre de la céramique ottomane. Le paon indique la démesure de cette végétation colorée qui investit toute la surface du plat. Les couleurs variées procurent une impression d’opulence, les multiples frôlements et superpositions un sens de la profondeur. Le décor est peint dans une palette subtile dont la gamme particulière permet de dater le plat, puisqu’elle fut employée dans la céramique ottomane autour des années 1530-1555.L’univers végétal habité par le paon se compose de longues feuilles courbes et dentelées, de fleurs simples, imaginaires ou composites.Ces différents éléments caractérisent le répertoire ornemental qualifié de saz dans l’art ottoman. Ce mot désigne en turc ancien une forêt dense et enchantée, peuplée d’animaux et de créatures fabuleuses ; sur le Plat au paon, l’enchevêtrement des végétaux et leur disproportion résonnent de cette signification première. Les ornements saz furent employés dans l’art ottoman sur tout type de support et leurs possibilités graphiques sont pleinement exploitées.Sur les céramiques, les contrastes colorés sont mis en valeur alors que les effets de texture sont simplifiés et les êtres vivants souvent absents. Sur le plat du Louvre, la présence d’un paon, symbole de beauté, est à ce titre exceptionnelle.

Le deuxième souffle de l’Islam, 1250-1500

Bouteille au blason Syrie ou Égypte, milieu du XIVe siècle Verre soufflé, décor émaillé et doré H. 51,1 cm ; D. 24,4 cm
Bouteille au blason Syrie ou Égypte, milieu du XIVe siècle Verre soufflé, décor émaillé et doré H. 51,1 cm ; D. 24,4 cm © Musée du Louvre, dist. RMN / Hughes Dubois

Bouteille au blason Le verre à décor émaillé et doré, représenté par cette bouteille au long col, est l’une des techniques les plus spectaculaires mises au point dans le monde islamique. Elle se développe tout particulièrement à la fin du XIIe siècle, dans le nord de la Syrie probablement, et atteindra son apogée entre le début du XIIIe siècle et la fin du XIVe, dans le domaine mamlouk.La création d’une telle oeuvre est une prouesse technique d’autant plus remarquable qu’avec une hauteur excédant 50 centimètres, celle-ci est la plus grande des bouteilles connues de ce type.L’inscription du blason se révèle complexe. Si ce mot défie encore la lecture, le reste de l’inscription laisse bien entendre que le destinataire de cet objet prestigieux fut au service de deux sultans successifs, que la séquence qui correspond amènerait à identifier le premier comme le sultan al-Kamil Sha‘ban Ier (r. 1345-1346) et le second comme le sultan al-Nasir Hasan (r. 1347-1351 puis 1354-1361).L’oeuvre du Louvre, dont les décors influencés par l’art chinois renvoient au milieu du XIVe siècle, s’inscrit dans un ensemble d’une vingtaine de pièces de forme similaire. Celles-ci auraient servi à faire décanter le vin lors de cérémonies de l’élite mamlouk, alors qu’officiait l’échanson dont elles incarnent la charge.

Exemple de restauration

Les carreaux ottomans En mauvais état et mal numérotés, les 2 000 carreaux ottomans étaient difficilement identifiables. Il a donc fallu réaliser une nomenclature chiffrée, permettant de les recenser par famille. Le travail a ensuite pris la forme d’un puzzle à reconstituer : à partir des 506 familles identifiées, un mur a été créé, déroulant sur plusieurs mètres l’effet d’un intérieur d’édifice ottoman. Les carreaux et les bordures devaient être coordonnés stylistiquement de façon cohérente entre eux. Ainsi, les restaurateurs ont dû mettre au point une maquette précise de cette « installation ». C’est ensuite qu’a véritablement commencé le puzzle : toutes les photos ont été mises à la même échelle, découpées et regroupées par familles. Un grand support de toile enduite blanche a été monté pour y coller les photos ˗ les essais de collage ont duré plus d’une année. Puis, l’ensemble a été monté : les carreaux ont été assemblés sur le sol protégé d’un atelier. Chacun des 572 carreaux qui composent « le mur » a ensuite été pourvu d’un montage individuel et les 572 montages de sécurité positionnés pour créer le mur dans son état actuel.L’espace réservé pour « le mur ottoman » dans le département des Arts de l’Islam s’étend aujourd’hui sur 12 m de long. Il aura fallu des années pour faire naître ce mur de fleurs.

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mur © Musée du Louvre, dist. RMN / Raphaël Chipault
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