Van Dongen fauve anarchiste et mondain

L’exposition « Van Dongen fauve anarchiste et mondain » propose un nouveau regard sur l’oeuvre de Kees Van Dongen. De 1895 au début des années 1930, les étapes de sa carrière sont relues à la lumière des dernières recherches historiques. Le titre de l’exposition fait moins référence aux périodes stylistiques de l’artiste, qu’à ses attitudes souvent énigmatiques, contradictoires et paradoxales. Hollandais rebelle, proche des milieux anarchistes, Van Dongen devient l’artificier du fauvisme. Son caractère mondain se manifeste dans ses oeuvres à la veille de la Première Guerre Mondiale, puis surtout pendant les « années folles ».

Rotterdam – Montmartre (1898-1904)

Van Dongen effectue un premier séjour d’un an à Paris en 1897, animé par un idéal

anarchiste qui s’incarne pour lui dans la ville. Puis il s’y installe définitivement en 1899 avec sa compagne Guus. Il fait bientôt la connaissance du critique d’art Félix Fénéon et du peintre néo-impressionniste Maximilien Luce, tous deux proches de la mouvance anarchiste. Une exposition à la galerie Vollard marque le premier véritable succès de Van Dongen. Il y présente des dessins récents, et une nouvelle série de tableaux : des vues de Paris (Sacré-Coeur, Buttes Chaumont, ponts de la Seine) et quelques marines. Les couleurs, pures et franches, traduisent une certaine immédiateté de la réalisation.

Van Dongen dessinateur (1898-1904)

Van Dongen a longtemps passé sous silence sa première activité de dessinateur, cherchant à entretenir le mythe d’un succès fulgurant. Pourtant ses premiers pas ont joué un rôle crucial dans son oeuvre. A Paris en 1897, Van Dongen découvre dans le quotidien Gil Blas, les illustrations de Théophile-Alexandre Steinlen qui constituent pour lui un véritable choc. Ces images offrent une vue pénétrante de la vie parisienne, et lui font mesurer l’impact social du dessin, entre dénonciation et caricature. De retour à Rotterdam, il met cette expérience à profit dans ses dessins du quartier chaud de la ville, le Zandstraat. Un peu plus tard, il explore de nouveaux thèmes : scène de cirque et de forains, modèles à la toilette inspirées de Degas où la couleur et la lumière jouent un rôle essentiel.

Un fauve au Bateau Lavoir (1905-1906)

A partir de 1905, Van Dongen change sa façon de peindre et reprend la technique néoimpressionniste héritée de Paul Signac. Il passe l’été à Fleury-en-Bière, où il peint des champs de chaume déserts, des récoltes et des meules de foin, avec des ciels bas ponctués de nuages blancs. Ces tableaux sont exposés chez Druet la même année. Dans l’exposition, Le manège de cochons est largement salué par la presse. Lors du Salon d’automne de 1905, Van Dongen n’est pas associé aux peintres fauves. Il le sera ultérieurement, une fois installé au Bateau-Lavoir à Montmartre, et alors qu’il fréquente des fauves (Vlaminck, Matisse, Derain). En raison de ses sympathies anarchistes, Picasso le surnomme le « Kropotkine du Bateau Lavoir », rappelant sa farouche volonté d’indépendance largement condamnée par le milieu moderniste, ainsi que ses changements de style successifs et soudains.

L'Écuyère 1920 Musée-Château Dieppe.
L'Écuyère 1920 Musée-Château Dieppe. © ADAGP, Paris 2011 - Château-musée de Dieppe / Bertrand Legros
**Un « nègre blanc » (1907-1911)** Les portraits de Van Dongen et ses nus expressifs peuvent se rapprocher d’une certaine forme de primitivisme. A l’occasion d’une exposition chez Bernheim-Jeune, Van Dongen écrit à Marius Ary Leblond, une lettre dans laquelle il se présente comme un « nègre blanc », soulignant ainsi le caractère à la fois primitif et septentrional de son travail. Au cours de cette période, les femmes, comme Les Lutteuses de Tabarin aux corps emmaillotés de rose, ont des formes généreuses et musculeuses qui rappellent Les Demoiselles d’Avignon de Picasso, leurs contemporaines. Le succès de Van Dongen est immédiat. Il est le lien entre les fauves et les expressionnistes allemands comme Max Pechstein et Alexei von Jawlensky. En 1908 il s’installe dans un nouvel atelier, 6 rue Saulnier, près des Folies Bergères où il trouve de nouvelles sources d’inspiration. Les voyages au Maroc et en Espagne : l’Orient réinventé (1910-1911) En juin 1910, Van Dongen se rend en Espagne et au Maroc. A Séville, il peint plusieurs portraits de jeunes femmes. Dans Joaquina ou Andalucia, il montre un intérêt particulier pour les châles élaborés et colorés. A travers le dessin de fils aux couleurs vives sur des fonds plus clairs, ces drapés représentent à la fois des tissus, et la peinture. Il porte une attention particulière aux poses, aux doigts enroulés autour de castagnettes, aux mouvements de danse. Ces oeuvres rencontrent un succès immédiat. A Tanger, il peint des études de femmes et de mendiants comme les Marchandes d’herbe et d’amour. Il se concentre sur les bijoux des femmes, leurs yeux cernés de khôl. Fruit d’une attirance pour l’exotisme, l’Orient de Van Dongen est fait de couleurs et de sensualité. **Les années Montparnasse (1912-1916)** Van Dongen s’installe à Montparnasse, rendez-vous cosmopolite des avant-gardes dont il est l’un des principaux animateurs. Il organise de nombreuses fêtes dans son atelier décoré comme un palais oriental. A cette époque, son cercle s’est agrandi. Il fréquente à la fois des écrivains, des chroniqueurs, des antiquaires, des modèles, et des artistes. Le couturier Paul Poiret devient également l’un de ses proches, comme la Marquise Luisa Casati, excentrique égérie italienne. En 1913, il quitte Paris pour voyager en Egypte et à Venise d’où il rapporte des oeuvres et des objets exotiques. Pendant la Grande Guerre, Van Dongen est contraint de rester à Paris, tandis que Guus et sa fille Dolly sont en Hollande. En 1919, le couple se sépare. Van Dongen a rencontré en 1916 sa nouvelle compagne, Jasmy avec laquelle il s’installe dans un nouvel atelier, Villa Saïd.
**Van Dongen illustrateur et affichiste** Van Dongen s’est régulièrement consacré à l’illustration. Ici sont présentés quelques exemples de revues satiriques d’obédience anarchiste datant du début de sa carrière, comme L’Assiette au beurre dont il a illustré un numéro intitulé « Petite histoire pour petits en grands enfants », et qui raconte la vie d’une mère et d’une fille contraintes par les circonstances à se prostituer En 1902, Van Dongen publie un numéro spécial de l’hebdomadaire satirique hollandais De ware Jacob consacré à la Guerre des Boers, et dont le titre, « Vrede » [La Paix], est un pamphlet contre la guerre. Au cours des années 1920, Van Dongen revient au dessin d’illustration à travers une série d’affiches qui représentent diverses vedettes de l’époque. Ces affiches de grand format, sont souvent tirées de portraits peints qu’il présente régulièrement aux Salons. **L’atelier de Van Dongen (1919-1931)** A la Villa Saïd, Van Dongen continue à organiser des fêtes fastueuses. La simplicité du peintre, et la sophistication de Jasmy donnent à ces bals un caractère non conventionnel, joyeux, et brillant. En 1922, il déménage à nouveau et s’installe dans un luxueux hôtel particulier, au 5 rue Juliette Lamber, près de la place Wagram. Un grand portrait de Jasmy trône dans l’entrée, et tous les tableaux sont signés par le maître des lieux. Ils font partie intégrante de la pièce car Van Dongen n’aime pas « les tableaux que l’on emporte sous le bras ». Un espace est consacré en permanence à l’exposition des oeuvres du peintre. C’est là qu’il reçoit le Tout-Paris, évoquant même « l’époque des cocktails », au sens des fêtes mais aussi des mélanges qui s’y produisent. **« L’époque cocktail » (1916-1931)** Au Salon d’automne de 1919, Van Dongen envoie trois portraits de femmes d’un naturalisme stylisé qui font effet de manifeste pour une nouvelle époque. De taille monumentale, ces tableaux présentent des corps élancés, presque idéalisés, avec de petites têtes et des grands yeux. Grâce à la modernité de ces portraits, Van Dongen obtient un succès immédiat, et confirme sa liberté de peintre indépendant de tout mouvement. Il pousse la provocation en accentuant le caractère érotique de certains de ses modèles, parfois jugés scandaleux. Il obtient sa naturalisation en 1929, et ses premières oeuvres entrent au Musée du Luxembourg. Le début des années 1930 marque un tournant dans sa carrière. Jasmy le quitte définitivement en 1932, et la crise économique de 1929 le touche directement. Sa clientèle se fait moins nombreuse et Van Dongen se replie sur lui-même. Après la Seconde Guerre Mondiale, il se retire à Monaco où il meurt en 1968.
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