Quoi ? Les arabes aiment la démocratie ? En voyant la trombine des dictateurs du Maghreb, Ben Ali, Bouteflika, Bachar-al-Assad, Khadafi et Moubarak, sans oublier les rois Abdallah 2 de Jordanie et Mohamed 6 du Maroc, on se dit que les Tunisiens sont sacrément courageux ! On peut ne pas aimer le mot « peuple » qui cache une « âme » ou un « génie » voire une « race » ou quelque substance imaginaire et collective débouchant sur de la supériorité, mais force est de reconnaître au peuple tunisien son héroïsme : il a foutu dehors un dictateur malgré les balles et les morts. Chapeau. Michèle Alliot-Marie avait proposé à l’Assemblée que la police française aide les forces du meurtre à maintenir l’ordre - ou l’inverse. Elle se vantait que la police française ait formé la police tunisienne (pas terrible le prof !) et proposait le « savoir-faire » de nos argousins pour conserver la dictature. Comme cette intervention apparut vraiment trop ignominieuse, et qu’elle est vraiment trop « aveugle », soyons gentils, elle en a remis une couche dans le JDD pour dire en substance qu’elle offrait le savoir-faire, la « french touch » du maintien de l’ordre français sans trop de sang pour éviter précisément les morts. Bref, MAM voulait maintenir la dictature de Ben Ali pour des raisons humanitaires. Toujours les brutaux ont justifié leur action au nom de l’économie des vies : la bombe atomique sur Hiroshima, la torture du général Aussaresses, la dation sélective des juifs de France aux nazis etc. La position de MAM est tout simplement scandaleuse. On ne va pas lui demander de démissionner car il faudrait demander la démission rétroactive de Tonton-Mitterrand-le-Célébré pour sa vigoureuse action d’économie de vies par la guillotine durant la Guerre d’Algérie. Mais de la à dire que la France préfère les dictateurs au désordre qui interdit le commerce et le bronzage à bas prix ici ou prix d’ami ailleurs, un pas que l’on franchira joyeusement : l’attitude de la France vis-à-vis du Maghreb est scandaleuse. Mieux valait Ben Ali que les barbus ! Ca vous rappelle rien ? Si, mieux vaut Hitler que les cocos. Le slogan sous lequel l’aristocratie et la bourgeoisie allemande se sont enrôlés pour le nazisme. Moyennant quoi les Allemands ont eu Hitler puis les cocos. Lorsque le Fis fut au bord de gagner les municipales en Algérie, la gauche française, qui avait douillettement réchauffé le serpent Khomeiny, clama : mieux vaut les militaires corrompus que les adorateurs d’Allah. Mieux vaut la dictature que le respect des urnes. La démocratie oui, mais uniquement la démocratie qui nous arrange. Du coup les Algériens ont eu la guerre civile, et ils auront demain les barbus, à moins qu’ils ne virent et vite la canaille chamarrée qui pompe la rente pétrolière. Les Tunisiens ont fait une révolution. Une vraie, une belle, une authentique révolution à la française, avec sa fuite à Varennes et son Autrichienne à la valise pleine de lingots. On verra si elle accouche d’une démocratie, mais après tout, la notre, la grande, a accouché de la tyrannie. Personne n’ose utiliser le mot « révolution », parce que la révolution implique un changement des élites. C’est rare dans la vie d’un pays. Ce fut le cas en France en 89 et peut-être en 45, où l’on vit arriver des généraux et des superpréfets de 25 ans. Tout le monde politique a envie que la Tunisie redevienne rapidement comme avant un lieu de villégiature, d’affaires et d’exploitation de braves gens, car les Tunisiens ont une grande réputation de douceur. Ce garçon qui s’immole par le feu parce que des policiers lui interdisent de vendre sur un trottoir (des policiers très polis, vraiment bien élevés, formés en France, « Bonjour Monsieur, s’il vous plaît, serait-il possible de vous demander... »), cet universitaire qui prend une balle en plein tête ternissent la réputation de douceur et de bonne volonté des Tunisiens vis-à-vis des clients et touristes français. Un affreux proverbe marocain dit : « Le Marocain est un lion, l’Algérien est un homme, et le Tunisien est une femme » ; force est de dire vive les femmes, qui sont le bel avenir des sinistres régimes du Maghreb. Pendant des années on a entendu que l’Espagne n’était pas prête pour la démocratie. Fallait attendre. Franco leur faisait du bien. Les Espagnols n’étaient pas « mûrs ». Ce peuple violent et enfantin méritait d’être tenu en laisse. Les Tunisiens démontrent que tout peuple est mur, par définition, pour la démocratie. Les Tunisiens sont, majoritairement de confession islamique, non ? Est-ce que ça voudrait dire – soyons prudent ! que l’Islam n’est pas incompatible avec la démocratie ? Attention... Nous marchons sur des oeufs... Ca voudrait dire que l’on peut être de confession islamique et rêver de liberté ? Que l’Islam ne formate pas le cerveau dans le sens de la soumission et le corps dans celui de la reptation sur le tapis de prière ? La révolution tunisienne met dans le purin du mensonge le nez des démocraties, toujours du coté du manche, des policiers, des militaires à qui l’on vend des armes, des patrons à qui l’on promet de la délocalisation bon marché, et pour finir des classes moyennes qui n’ayant pas les moyens de se payer Saint Tropez se payent Djerba. Les élites françaises n’ont aucun intérêt à ce que la démocratie triomphe au Maghreb. Ni en Chine, ni ailleurs. « Démocratie » et « liberté » sont des mots, usés, trop usés, et la « realpolitik » en fait des chiffons propres à essuyer toutes les taches laissés par l’ami Ben Ali ou le visiteur Khadafi. Et voilà que les Tunisiens les renvoient au visage de ceux qui en abusent. On attend les hommes politiques qui diront aux tyrans susnommés : partez.

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