Un peu plus de 200 Français de Wuhan sont en quarantaine dans un centre de vacances de Carry-le-Rouet, dans les Bouches-du-Rhône. Loin d'être pesante, l'ambiance est plutôt détendue comme le raconte un journaliste de l'AFP, lui aussi placé à l'isolement.

Environ 200 Français sont confinés dans ce centre de vacances de Carry-le-Rouet, dans les Bouches-du-Rhône.
Environ 200 Français sont confinés dans ce centre de vacances de Carry-le-Rouet, dans les Bouches-du-Rhône. © AFP / Gérard Julien.

Ils sont tout juste de retour de Wuhan, en Chine, point de départ de l'épidémie de coronavirus. Un peu plus de 200 personnes sont arrivées ce vendredi en France, grâce à l'avion envoyé par les autorités françaises pour les rapatrier. 

L'avion a atterri à Istres, dans les Bouches-du-Rhône ; les passagers ont ensuite été transférés en bus vers un centre de vacances de Carry-le-Rouet, face à la mer. Ils vont y rester confinés 14 jours, par mesure de précaution.

Nous avons pu joindre Sébastien Ricci, journaliste de l'AFP basé à Pékin, en reportage à Wuhan ces derniers jours. Lui aussi a été rapatrié et se trouve actuellement en quarantaine.

FRANCE INTER : Vous êtes arrivés en France il y a quelques heures, comment se passe le "confinement" ?

SÉBASTIEN RICCI : "On s'attendait à une quarantaine beaucoup plus stricte, beaucoup plus anxiogène, dans un hôpital, dans une chambre à l'écart, avec des infirmières qui nous regarderaient à travers une vitre... Mais à notre grande surprise, pas du tout. On est arrivé ici dans ce centre de villégiature qui donne sur la mer, donc une ambiance "colonie de vacances", plus conviviale et familiale. On nous a expliqué qu'on voulait nous mettre dans cette ambiance "détente" pour faire retomber la pression et le stress que certains rapatriés ont pu connaître ces derniers jours à cause de la situation à Wuhan."

L'arrivée des rapatriés de Wuhan à Carry-le-Rouet a suscité une certaine inquiétude des habitants de la commune. Comment est-ce que vous l'avez vécu ?

"C'est quelque chose de tout à fait compréhensible. Mais de ce que j'ai pu constater en tant que journaliste parmi les rapatriés, les gens n'avaient pas vraiment conscience de cette inquiétude de la population. Au contraire, quand les bus se sont approchés du centre de villégiature, il y avait beaucoup de curieux sur les balcons en train de prendre des photos, donc on n'a pas du tout ressenti ce sentiment de rejet ou d'inquiétude, c'était plutôt un accueil chaleureux. Encore une fois, on est placé en quarantaine pour des raisons sanitaires, donc on est vraiment coupé du reste de la population et on ne peut pas constater s'il y a vraiment un rejet. 

Le discours que beaucoup de rapatriés tiennent, c'est qu'ils ont dû quitter une ville où la vie est devenue vraiment compliquée à cause de l'épidémie. Beaucoup n'ont pas choisi de revenir en France, mais par la force des choses ils doivent le faire. Il y avait un peu ce genre de remarques parmi les rapatriés, de ne pas comprendre ce regard inquiet que le nom "Wuhan" peut évoquer."

C'est difficile pour ces personnes de se retrouver dans cette situation ?

"Oui, ce sont des gens qui du jour au lendemain doivent tout quitter et tirer un trait sur une vie. Ils ne savent pas s'ils pourront retourner à Wuhan. Certains vont même rentrer définitivement en France, ce sont des personnes qui avaient un travail là-bas et qui par la force des choses doivent repartir. Ils se retrouvent en France sans forcément d'attaches. 

Même si le rapatriement était dans les esprits depuis plusieurs jours, la date a été fixée au dernier moment. Les gens ont eu juste quelques heures pour se préparer, rassembler leurs affaires et se regrouper au consulat de Wuhan, ce qui est un challenge dans une ville de 11 millions d'habitants où la circulation est fortement limitée et où il n'y a plus aucun transport."

Est-ce que parmi les rapatriés il y a de la suspicion envers de potentiels malades ou est-ce que c'est la solidarité qui prédomine ?

"C'est une ambiance vraiment conviviale, tous les gens qui se trouvent ici ont des points communs, ils viennent de Wuhan et vont passer 14 jours en quarantaine donc on est tous dans la même situation. Les gens ont plutôt tendance à prendre ça a la légère et à rigoler lorsque quelqu'un éternue ou tousse, comme ça peut tous nous arriver. Ils disent 'Arrête de tousser, si tu as le virus tu risques de contaminer tout le monde !' Voilà l'ambiance, c'est vraiment comme si des gens se retrouvaient pour passer 14 jours ensemble dans un centre de vacances, sauf que nous, on ne l'a pas choisi."

Quelles sont les règles qui vous sont imposées ?

"Les restrictions c'est : aucun contact avec la population et les personnes à l'extérieur du centre, pour éviter tout risque de contamination si quelqu'un était porteur du virus, ce qui n'est a priori pas le cas à l'heure actuelle. Mais sinon on a une grande liberté de mouvement au sein du centre de villégiature. On peut se parler et passer du temps ensemble. Le port du masque est obligatoire. Il est là pour rassurer, ça a un aspect psychologique extrêmement fort et c'est surtout pour éviter aux personnes qui seraient malades de transmettre le virus au cours d'une discussion ou d'un éternuement."

Sébastien Ricci est parti de Pékin direction Wuhan avec deux autres collègues, le photojournaliste Hector Retamal et le vidéo-journaliste Léo Ramirez, eux aussi rapatriés et placés en quarantaine. "On est parti avant que la ville soit placée en quarantaine et on s'est retrouvé complètement bloqué", explique Sébastien Ricci. "Ce rapatriement, ce n'était pas pour vivre l'expérience de la quarantaine, mais tout simplement parce que techniquement, c'était le seul moyen de quitter la ville. Ça permet aussi de s'assurer qu'on est en bonne santé avant de retourner dans nos villes respectives en Chine."

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