Dans la nuit du 21 au 22 mars 2012, des soldats s'emparent du palais présidentiel de Koulouba à Bamako. Ces mutins sont originaires de la caserne de Kati en périphérie de Bamako. Menés par le capitaine Amadou Haya Sanogo, ils ont saisi l'occasion de la visite du ministre de la Défense pour exprimer leur mécontentement face au manque de moyens mis à la disposition de l'armée pour contrer la rébellion touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA). La mutinerie tourne à l'affrontement : le palais présidentiel est en feu, le président Amadou Toumani Touré s'enfuie. Le porte-parole des mutins, le lieutenant Amadou Konaré s'exprime à la télévision nationale : il annonce la dissolution des institutions et met en place un couvre-feu.

Le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'État se réclamant des forces armées [...] a décidé de prendre ses responsabilités en mettant fin au régime incompétent et désavoué de Amadou Toumani Touré.

Depuis le 17 janvier et la prise d'Aguelhok par les Touaregs, le Nord-Mali est en proie à la rébellion. Les violences contre les soldats augmentent et les critiques contre la faiblesse de l'armée se multiplient. C'est la raison qui justifie pour Amadou Konaré l'intervention de la junte. Il promet pourtant de rétablir les institutions une fois la situation apaisée au nord. La junte arrête plusieurs personnalités dont le ministre des Affaires étrangères, des hauts-gradés de l'armée et plusieurs responsables de la police. Les frontières sont temporairement fermées et des pillages commencent à Bamako.

L'opposition à la junte s'organise

Plusieurs partis politiques, associations et syndicats se rassemblent pour dénoncer le coup d'Etat. Moins d'une semaine après, les frontières sont réouvertes et plusieurs prisonniers politiques sont libérés.

Les chefs d’États de la Cédéao (Communauté économique des Etats d'Afrique occidentale) entrent alors en scène : le Mali est exclu de la communauté, ils dénoncent les putshistes et décident d'envoyer une délégation de chefs d'Etat pour négocier un plan de sortie de crise.

La junte au pouvoir

Les putshistes adoptent une loi fondamentale qui remplace l'ancienne Constitution. Elle mentionne la mise en place d'un "Etat de droit et d'une démocratie pluraliste". L'opposition interne ne désarme pas : les affrontement se multiplient à l'occasion de meetings. Les partisans de la junte empêchent les représentants de la Cédéao d'atterrir à Bamako pour négocier le plan de sortie de crise. Plusieurs journalistes sont molestés dont le reporter de Radio France Omar Ouahmane.

Le reportage d'Omar Ouahmane sur le tarmac de l'aéroport de Bamako

Le recul de la junte

Face aux pressions internationales et aux pertes de territoires dans le Nord-Mali au bénéfice des Touaregs, la junte lâche du lest. La loi fondamentale est abandonnée, la Constitution est rétablie. Elle signe ensuite un accord de sortie de crise : elle propose de rétablir un pouvoir civil à la condition que le président déchu ne revienne pas au pouvoir.

Le président déchu, Amadou Toumani Touré signe officiellement sa démission. C'est le président de l'Assemblée nationale, Dioncounda Traoré qui prend la tête de l'Etat. Des personnalités arrêtées sont libérées et le président déchu part en exil au Sénégal. Un gouvernement de transition dirigé par Cheik Modibo Diarra est installé : il est chargé d'organiser des élections et de rétablir la paix au Nord-Mali à l'aide d'une force régionale.

La junte n'accepte pas l'accord : elle refuse l'envoi de soldats étrangers et demande la tenue d'élections dans les 40 jours. La pression monte et dans la nuit du 30 mai, des affrontement éclatent dans Bamako entre les partisans de la junte et les soutiens de l'ancien président Amadou Toumani Touré. Le pouvoir revient aux putshistes du capitaine Amadou Haya Sanogo. Le président de transition Dioncounda Traoré est violemment agressé dans son bureau. Il part pour Paris avant de revenir quelques semaines plus tard à Bamako chargé de former un gouvernement d'union nationale.

Les Touaregs du MNLA ont bénéficié des troubles de l'Etat malien pour s'allier avec les islamistes radicaux d'Ansar Dine et proclamer l'indépendance de l'Azawad, c'est-à-dire le Nord-Mali. Face à eux, Dioncounda Traoré et son gouvernement sont soutenus par la Cédéao. L'objectif principal consiste désormais à mener une contre-offensive au Nord-Mali.

Et maintenant ?

A l'origine, deux camps se font face : Dioncounda Traoré et son gouvernement soutenu par la Cédéao et les institutions internationales et l'alliance improbable entre les Touaregs de MNLA et les islamistes d'Ansar Dine.

L'Assemblée générale des Nations-Unies a été sollicitée à plusieurs reprises au sujet d'une intervention internationale au Nord-Mali. Le 5 juillet, le Conseil de sécurité de l'Onu adopte à l'unanimité une résolution qui soutient les efforts de la Cédéao pour mettre fin à la crise.

La résolution de l'ONU du 5 juillet par Luc Lemonnier

En quelques mois, le Nord-Mali a changé de visage : Ansar Dine, rejoint par d'autres groupes islamistes liés à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et à d'autres groupes comme le Mujao, a évincé les insurgés touaregs et pris le contrôle de la moitié du territoire avec notamment Gao, Kidal et Tombouctou. Les islamistes ont détruit de nombreux mausolées et tombeaux de saints musulmans et ont appliqué strictement la charia, suscitant l'indigantion des Touaregs. 400 000 réfugiés ont fui le Nord-Mali.

Le camp des rebelles est désormais divisé, les Touaregs refusant l'application stricte de la charia imposée par les groupes islamistes. Les Touaregs ont révisé leurs exigences et veulent désormais chasser les islamistes de leur territoire, un objectif que partage le pouvoir de Bamako.

Le 11 novembre, les dirigeants de la Communauté économique des Etats de la Cédéao se sont engagés à envoyer 3.300 soldats au Mali. Ces soldats sont notamment fournis par le Nigeria, le Niger et le Burkina Faso mais d'autres pays d'Afrique de l'Ouest et deux ou trois pays non africains pourraient également contribuer à cette force. Les discussions autour du financement de cette intervention sont en cours.

Les précisions de Julie Vandal

En décembre, le Premier ministre du Mali, Cheick Modibo Diarra, a annoncé sa démission quelques heures après avoir été arrêté par des soldats à Bamako alors qu'il avait prévu de se rendre en France. Bakary Mariko, porte-parole des militaires qui ont participé au putsch fomenté par le capitaine Amadou Haya Sanogo, a justifié son arrestation quelques heures plus tôt en déclarant qu'il "ne travaillait plus dans l'intérêt du pays". Diarra s'est prononcé à plusieurs reprises en faveur de l'intervention d'une force internationale dans le nord du Mali et ses relations avec l'armée se sont dégradées, le capitaine Sanogo étant opposé à cette option. La majorité des militaires estiment avoir seulement besoin d'un soutien financier et logistique pour mener eux-mêmes une opération de reconquête du nord du pays. Ancien ingénieur de la NASA et dirigeant de Microsoft pour l'Afrique, Diarra assurait l'intérim en tant que chef du gouvernement depuis avril lorsque les militaires avaient officiellement restitué le pouvoir.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.