Reporter - Benoît Collombat

Un rescapé :

Dakar n’a pas répondu aux appels de détresse

Molang Badji est l’un des rares survivants du naufrage. L’un des premiers passagers à se hisser sur la coque du navire, avant d’être récupéré par un cargo coréen, quelques heures plus tard. Le jeune homme, à l’époque lycéen, a attendu sept années avant de s’exprimer publiquement. Les cris des passagers emprisonnés dans la coque du bateau lui restent toujours en tête.

Molang Badji

Molang Badji raconte que dès l’escale du Joola à Carabane, il a constaté que le bateau tanguait dangereusement.

Il raconte comment le bateau a coulé, et comment il a du se débarrasser de ses habits pour empêcher les autres passagers de s’accrocher à lui, avant de se hisser sur le haut de la coque et d’aider 27 personnes à le rejoindre, dont la seule femme rescapée enceinte de 3 mois. Molang Badji sera finalement sauvé par une pirogue qui le transportera jusqu’à un bateau coréen.

Molang Badji, un survivant

Molang Badji explique que le bateau coréen qui l’a recueilli avait alerté à plusieurs reprises, dans la nuit, les autorités sénégalaises… en vain.

Pour Molang Badji, l’Etat sénégalais « piétine » l’enquête en cours sur le Joola et se dit prêt à livrer son témoignage à la justice française.

Molang Badji

Serigne Lahbib Ndiaye :

Les autorités étaient au courant du naufrage et ne voulaient pas que l’information sorte !

Serigne Lahbib Ndiaye est psychologue, président de l’association sénégalaise pour le développement de la psychologie appliquée. Il travaille au SAMU de Dakar, et intervient sur la plupart des situations sanitaires de crise (plans ORSEC etc.) Il a fait partie de la Cellule psychologique mise en place après la catastrophe du « Joola ».

Il explique avoir été prévenu le matin du naufrage par un proche du pouvoir, lui-même au courant dans la nuit, qu’une catastrophe s’était produite… alors qu’il faudra attendre plusieurs heures pour que les secours officiels n’interviennent sur place. Il se dit « écœuré » et accuse : « les autorités étaient au courant que le bateau avaient chaviré. Elles n’ont rien fait pour organiser les secours. »

Serigne Lahbib Ndiaye

Serigne Lahbib Ndiaye raconte comment il a dû prendre en charge les familles de victimes dans « la confusion » et la « désorganisation la plus totale ». Il critique l’attitude des pouvoirs publics désireux de « passer à autre chose » le plus vite possible, affichant selon lui « un mépris à l’égard des familles de victimes. »

Le psychologue Serigne Lahbib Ndiaye

Les experts français :

Les autorités sénégalaises n’ont pas adopté une conduite responsable

Dans leur rapport remis au juge Wilfried Noël, les trois experts mandatés par le Tribunal de grande instance d’Evry en octobre 2004 concluent que « les autorités sénégalaises, des commandants du navire aux ministres successifs, n’ont pas adopté une conduite responsable à l’égard du risque encouru par le Joola, participant ainsi, à leurs différents niveaux, à la mise en danger des équipages et des passagers. »

__

Ils relèvent « dès la livraison du navire et durant toute son existence (...) un défaut de conformité aux règlementations imputable à l’exploitant et aussi aux autorités. »

__

Lire le rapport de 125 pages des experts français Jean-Raymond Thomas, Pierre Lefebvre et Michel Tricot

Dans son rapport définitif du 2 juin 2008, le collège d’expert relève ainsi 19 séries de violations graves de la règlementation internationale, en matière de stabilité, de classification du bateau, de sécurité des passagers et de sauvetage en mer.

Dans son discours du 1er octobre 2002, le président Wade, lui-même, reconnaissait « des manquements et fautes successives et concomitantes, dont le cumul est à l’origine de la tragédie. » Il ajoutait : « Nous devons faire notre introspection et admettre que les vices qui sont à la base de cette catastrophe trouvent leur fondement dans nos habitudes de légèreté, de manque de sérieux, d’irresponsabilité, parfois de cupidité lorsqu’on tolère des situations qu’on sait parfaitement dangereuses simplement parce qu’on en tire un profit. »

__

Pourtant, 10 mois plus tard, le Parquet sénégalais classait sans suite le dossier...

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.