Avec ses 71 minutes, c’est assurément le long métrage le plus court de la sélection officielle. Telle est la durée du nouveau film de Lodge Kerrigan, « REBECCA H. », présenté à « Un certain regard ». Le temps ne fait rien à l’affaire évidemment. Pas plus que les échos défavorables entendus avant la projection de 22h00 ce soir. En fait, ce « REBECCA H. » pourrait parfaitement s’intituler « GERALDINE P. » et/ou « GRACE S. ». Géraldine P. pour Géraldine Pailhas, l’actrice française sur

Rebecca H
Rebecca H © Radio France / Eric Gaillard / Reuters

laquelle repose tout le film. Et Géraldine P. a les épaules pour cela, n’en déplaise à une filmographie qui, malgré Pialat en ses débuts, malgré Saada maintenant, ne rend pas suffisamment compte des talents d’une actrice qui porte en elle un mystère définitif. Avec « COPIE CONFORME » de Kiarostami porté par Binoche, c’est le second film de ce Festival qui magnifie à ce point le travail d’une actrice, le travail et pas seulement la fascination iconique d’un cinéaste pour sa « créature », entendons-nous bien. D’ailleurs le film de Kerrigan pourrait parfaitement s’appeler « Copie conforme », tant il se fonde sur un jeu de miroirs entre l’actrice Géraldine P., une actrice qui incarne la chanteuse américaine Grace Slick (d’où le « GRACE S. » suggéré plus haut comme troisième titre possible) et Rébecca H. nageuse amoureuse victime et déambulatrice tout à la fois. Le parti pris d’une actrice, comme d’autres prendraient celui des choses ou des idées. Prendre parti pour une actrice, la prendre à part, en tirer parti, c’est tout comme. Ici Géraldine Pailhas est le film. Du début jusqu’à la fin. Mais ce n’est pas, ce n’est jamais un film sur elle. Elle est le moteur du film, son essentiel, sans qui (sans quoi aurait-on envie d’écrire) rien n’est véritablement possible. Ce n’est pas non plus une performance d’actrice, mais on peut quand même se dire que peu d’actrices, très peu d’actrices françaises pourraient tenir ce pari-là, cette présence, et supporter cette caméra omniprésente, omnipotente. A deux reprises au moins, la caméra suit de très près les errances urbaines de Rébecca H . en plein désarroi. Et ce sentiment, et cet état d’esprit sont immédiatement visibles et palpables chez Géraldine Pailhas. Film-poème et film-parcours dont Pailhas serait tout à la fois la musique et les vers. Pas étonnant qu’elle joue alors à jouer la copie conforme ou presque d’une incroyable Janis Joplin bis en la personne de Grace Slick. Le film, c’est par conséquent aussi la rencontre entre une voix, celle de Grace Slick, et un corps, un visage, des gestes, une présence, ceux de Géraldine Pailhas que filme admirablement Kerrigan. C’est quoi d’autre réellement le cinéma que cet essai sur un corps, ce discours sur des mouvements ? Kerrigan suit, effleure, poursuit, regarde, contemple, scrute et dénude le corps de Géraldine P. et de Rébecca H. En cela il nous offre une véritable leçon de cinématographe et Pailhas n’est pas pour rien dans sa clarté et son évidence didactique. Un cinéaste, son actrice et nous. Mais pourquoi Kerrigan et Pailhas ne sont-ils pas dans la compétition ? Ils sont pourtant à l’exact opposé de Liman et Watts, ces deux ectoplasmes d’une cinéma en état de coma artificiel. Quoi qu’il en soit, on ne sort pas indemne de cette heure et onze minutes passées avec Pailhas et Kerrigan. L’exercice a été profitable, Mademoiselle et Monsieur…Et demain me direz-vous ? Rachid Bouchareb, Hong Sangsoo et à 17h "On aura tout vu" avec Ken Loach, Michael Lonsdale, Mick Jaegger, entre autres !

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