Dans les spectacles d’Olivier Py, Michel Fau est souvent travesti et il est rare que l’on n’aperçoive pas ses fesses. Acteur comique et lyrique, sa voix chante Claudel, Genet ou Py et se déchaine chez Copi ou Guitry. Rond, le visage rond avec des yeux en forme de bille, il déclame comme aucun autre acteur aujourd’hui et revendique un jeu baroque, expressionniste.

M Fau
M Fau © Radio France
Récital Emphatique
Récital Emphatique © Théatre Marigny

Parce que les divas et les tragédiennes l’émeuvent, l’artiste leur rend hommage en imitant leurs excès, leur grandiloquence, leur folie. « On est artiste parce qu’on ne sait pas vivre dans la réalité, parce qu’on est fou », dit Fau. Et les divas de légende étaient ainsi : outrancières parfois, décalées. Alors, le comédien devient diva. Habillé comme une soprane tendance castafiore, en robes, avec de faux seins, des cheveux longs, il joue et chante à la manière de, mais avec la force comique qui est en lui, évidemment, il surjoue surtout et massacre avec talent Rameau, Gerswin ou Bizet, accompagné d’un pianiste très sobre. Il faut le voir, dans une robe orientale, se mettre à danser en plissant les yeux, ses yeux fardés de noir. La force de Michel Fau, c’est qu’on se moque de savoir s’il chante bien ou mal, seule compte l’intention du comédien, celle qu’il met par exemple dans « Samson et Dalila ». Impossible parfois de reconnaître les paroles car, pris par le jeu et l’émotion du texte, son personnage de diva tellement absorbé par son rôle chante en faisant du yaourt, comme on dit et en prenant sa tête dans les mains, parfois même, en se roulant par terre !

L’acteur dit aussi Racine de plusieurs façons, avec un jeu 19è siècle, avec un accent méridional ou façon cinéma. C’est très drôle et très bien observé. Michel Fau imite avec justesse, comme un grand plagiaire en peinture. Du coup, il raconte, en un peu plus d’une heure, une histoire de l’interprètation féminine. Le moment où il déclame un pastiche de Duras en jouant comme une interprète de Duras est à mourir de de rire, ainsi que sa parodie de « Comme un ouragan », le tube de Stéphanie de Monaco, dont il met en valeur la bêtise des paroles en la prenant très au sérieux.

On l’a vu à la cérémonie des Molières, il peut aussi chanter Carla Bruni et montrer ainsi qu’il est un excellent bouffon du roi.

La fille à marins
La fille à marins © Radio France

Jérôme Savary a inventé autrefois un style festif où il mêlait le music-hall, la comédie musicale, le théâtre et le cirque. De Montpellier à l’Opéra comique en passant par Chaillot, à Paris, il a été le roi de la fête sur scène, avec des hauts et des bas. Désormais, il est libre, ne dirige plus d’institutions et monte une mini comédie musicale avec sa fille, Nina Savary et un comédien magicien, Julien Maurel. Roland Romanelli les accompagne à l’accordéon. Il n’y a pas d’histoire, mais des chansons liées à la mer chantées dans des costumes hauts en couleur, signée du fidèle Michel Dussarat. Savary, c’est vrai, est fidèle à ses compagnons, mais il n’a pas grand chose à raconter dans "la fille à marins". Elle ennuie, cette succession paresseuse de vieilles chansons chantées de manière appliquée. Quelques beaux moments quand Nina Savary entonne des chants liés aux victimes de la dictature argentine qui jetait à la mer les corps de ses opposants, mais on découvre avec tristesse un Savary en panne, l’inspiration en berne.

"Récital emphatique", Michel Fau, théâtre Marigny.

"La fille à marins" de Jérôme Savary avec Nina Savary, théâtre Rivegauche.

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