PARIS (Reuters) - Une réduction de la part du nucléaire dans la production électrique française entraînerait une hausse de tarifs plus forte qu'une poursuite du développement de l'atome civil, selon une étude de l'Union française de l'électricité (UFE).

Le syndicat professionnel, qui compte notamment EDF parmi ses membres, estime que ramener la part du nucléaire à 50% dans la production électrique française d'ici à 2030 entraînerait un surcoût de 60 milliards d'euros par rapport à un maintien de cette part autour de 70%, dont la facture s'élèverait déjà à quelque 322 milliards.

Selon un troisième scénario, dans lequel le nucléaire serait réduit à 20% de la production en fermant systématiquement tout réacteur à son 40e anniversaire, le surcoût serait de 112 milliards d'euros.

En matière de tarifs, l'UFE estime que les hausses devraient atteindre 33% pour les particuliers et 41% pour les entreprises d'ici à 2030 par rapport à 2010 dans l'hypothèse d'un nucléaire à 70%.

Dans les scénarios d'une part de l'atome civil ramenée à 50% et à 20%, les hausses seraient respectivement de 50% et 67% pour les ménages et de 65% et 90% pour les entreprises, selon l'organisation professionnelle.

Si l'UFE se défend de toute prise de position politique, les hypothèses retenues correspondent globalement aux positions d'ores et déjà prises en vue de l'élection présidentielle de 2012, dans le contexte d'un débat influencé par la catastrophe nucléaire japonaise de Fukushima, survenue en mars.

"PLUS LA FRANCE SORT DU NUCLÉAIRE, PLUS ELLE S'APPAUVRIT"

Le gouvernement a ainsi clairement indiqué qu'il entendait poursuivre le développement du nucléaire en France, tandis que le candidat du Parti socialiste François Hollande souhaite faire passer la part de l'électricité nucléaire en France de 75% à 50% à l'horizon 2025.

Europe Ecologie-Les Verts considère de son côté cette proposition insuffisante et juge indispensable un engagement ferme des socialistes sur la sortie du nucléaire.

Présentant de fait des arguments favorables au maintien du nucléaire, l'UFE estime en outre que réduire sa part à 50% ou 20% à l'horizon 2030 détériorerait le bilan de la France en termes d'émissions de CO2, en raison d'un recours accru aux énergies fossiles, ainsi que sa balance des paiements en matière énergétique.

"Globalement, plus la France sort du nucléaire, plus elle s'appauvrit et doit trouver d'autres recettes à l'exportation pour financer ses dépenses énergétiques", écrit le syndicat.

"C'est inéluctable, on ne peut concilier une réduction des émissions de CO2 et des prix largement compétitifs par rapport aux autres pays européens, comme dans le scénario 'nucléaire à 70%', avec moins, voire très peu de nucléaire, comme dans les deux autres scénarios."

"Ainsi, il apparaît que des décisions en rupture à court terme seraient inefficaces, tant au plan économique - destruction de valeur du parc nucléaire historique, perte de surplus des exportations, surcoûts importants de technologies insuffisamment matures, ... - qu'au plan environnemental (...)."

L'étude de l'UFE sera intégrée aux travaux de la mission d'analyse des différents scénarios de politique énergétique à horizon 2050, demandée par le ministre de l'Energie Eric Besson et dont les conclusions sont attendues avant le 31 janvier 2012.

Benjamin Mallet, édité par Dominique Rodriguez

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