Lydie Salvayre n’est pas critique de rock, pas spécialement fan de rock, elle est romancière, après avoir été psychanalyste, mais quand son moral est en berne, seule une musique l'apaise : l’hymne américain détourné par Jimi Hendrix tel qu’il l’a joué à Woodstock, en 69. 1969, dix ans déjà de guerre du vietnam. Avec sa guitare et ce don d’improvisation exceptionnel qui est le sien (on a comparé sa prestation à Picasso peignant «Guernica»), Hendrix témoigne en 13 minute du refus de la guerre qu’il éprouve et partage avec les jeunes venus à Woodstock.

Jimi Hendrix
Jimi Hendrix © Radio France / inconnu

Lydie Salvayre décrit ce moment d’exception, cette guitare utilisée comme une arme. En partant de cet événement, elle raconte un homme et le courage dont il a fait preuve depuis l’enfance.

Ce n’est pas une biographie, c’est un exercice d’admiration assumé. Admiration d’un petit garçon pauvre dont le père met dehors la mère alcolique et qui sera un être doux, timide et modeste, fuyant les conflits. Admiration pour cette victime des managers des années 70 qui le surmènent, le gavent de drogues et vont, du coup, accélérer sa mort. Le musicien s’effondre, usé, à 27 ans. Admiration pour cette victime des blancs omnipotents qui ont mis du temps à admettre son génie. Salvayre a littéralement Hendrix dans la peau. C’est possible qu’elle le mythifie un peu, mais en assumant sa passion. Elle juge même que les fesses du musicien sont « une merveille »!

Il y a quelque chose de sexuel dans son attirance pour son héros, peut-être à cause de la puissance animale de la musique deJimi Hendrix. Et au-delà du personnage et du contexte de ces années 60-70, elle entrouvre la porte sur elle. On devine le rapport difficile à sa propre mère qui a longtemps « retenu sa plume », on devine aussi qu’à l’âge qui est le sien, 63 ans, elle conserve une rage adolescente intacte et nous invite, nous incite, nous ordonne presque de nous réveiller, de ne pas tout accepter, en quelque sorte, de nous « indigner ». La littérature de Lydie Salvayre est une littérature vivante.

Hymne
Hymne © Radio France / Le Seuil
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