Regrets d’avoir voté oui Je m’avais trompé, complètement trompé sur l’Europe. Je faisais partie des naïfs qui croyaient qu’un marché unique et mieux, une monnaie unique conduiraient inéluctablement à une union politique. Et pourquoi une union politique eut-elle été bonne, après tout, en Europe ? Pourquoi unir la France et l’Allemagne ? Pourquoi faire de la France et de l’Allemagne des provinces d’un Etat fédéral ? Parce que c’était une étape vers le merveilleux gouvernement du monde éclairé qui eut géré la pollution, la démographie, le progrès, l’éducation, l’accès à l’eau etc etc au niveau de la planète, avec quelques autres calembredaines qui peuvent passer dans la tête d’un esprit assez simple nourri d’universalisme et de lumières depuis le cours préparatoire. Donc mieux vaut la région que le village, la nation que la région, la confédération que la nation, et le monde que la confédération, c’est un peu jacobin, un peu anti anarchiste j’en conviens, mais ça tient : mieux vaut les droits de l’homme et le respect de la vie que l’excision ici et la corrida la bas. Fallait-il être glandu tout de même pour s’avoir trompé à ce point ! A ma décharge, même le doux Emmanuel Todd, l’intellectuel le plus tragi-comique de France, qui macère aujourd’hui dans le remord, avait voté oui au référendum ! Et voila que la crise de l’euro nous rappelle quelques évidences. S’il n’y a pas d’union politique (police, justice, fiscalité communes) l’union économique ne sert à rien. En 14, la volonté de puissance des nations et le désir de violence et de carnage, est plus fort que tous les échanges pacifiques qui accroissent incontestablement leur niveau de vie depuis cent ans, et en avant pour le bain de sang et la tripaille à l’air au son du clairon. Aujourd’hui la volonté de puissance de deux géants, la Chine et l’Amérique, et le désir, après la réunification, de l’Allemagne de redevenir le maître de l’Europe, après s’être gentiment fait donner des leçons de maintien à table par tous les présidents de la République française, valent plus que tous les taux de croissance, réserves de change, parités des monnaies et autres données économiques d’un monde qui n’est pas économique, absolument pas économique, malgré tous les experts et tous les hommes politiques trop contents d’asséner des « lois » économiques, mais violent et politique. En 14, Keynes ricanait : « la guerre pas plus de quelques mois, les Etats n’ont pas les moyens de la payer ». Quatre ans plus tard elle durait encore, et sans l’arrivée d’un surcroît de bétail américain à abattre, elle aurait continué. Donc aujourd’hui c’est l’union politique ou rien. Comme il n’y aura pas d’union politique, c’est rien. Comme les Allemands n’ont pas envie d’une suppression de l’euro qui leur profite à 200% (voir la trouille qu’ils ont de voir l’euro se déprécier face au dollar) et comme les français ont honte de supprimer cet euro qu’ils ont voulu et qui les pénalise à 50%, il faut, en France, payer la dette publique en rognant sur la dette sociale, la dette que doit tout état moderne à ses citoyens (santé, éducation, retraite etc.). Le raisonnement d’Olivier Jay dans le JDD est imparable : l’Espagne a payé son immobilier à crédit, l’Irlande sa croissance à crédit, et la France son modèle social à crédit. Remboursons. C’est un sophisme honteux. C’est parce que le modèle social a pété en Grande Bretagne, aux Etats-Unis, en Allemagne, en France et ailleurs que l’endettement public a explosé. Comme le pouvoir d’achat stagnait dans tous ces pays, surtout aux Etats-Unis, que les profits devenaient purement financiers et que l’on cherchait à les accroître en raclant sur les revenus issus des crédits donnés aux pauvres (subprimes), et comme on voulait maintenir un minimum de niveau de vie pour la population tout de même, alors, on accroissait les dettes. L’accroissement des dettes est la conséquence de la baisse du pouvoir d’achat de la majorité et de l’enrichissement éhonté d’une minuscule partie de la population. Donc, évidemment, la France doit préserver son modèle social autant que faire se peut, modèle redistributif. Elle doit trouver ses ressources autrement. Comment ? Dans l’invention d’une nouvelle économie plus solidaire et plus productive, on entrera dans le détail une autre fois. La chancelière Merkel, poussée par son ministre des finances qui veut à tout prix garder l’euro, a fait preuve de courage : elle a laissé entendre qu’il fallait restructurer les dettes. Traduction : cesser de rembourser. Autrement dit faire payer aux banques ce qu’elles ont fait faire aux « marchés ». Les « marchés », c’est les cochons d’épargnants. Les cochons d’épargnants sont idiots. Les banques les mènent par leur queue en tirebouchon. Donc apurer les dettes par l’actif des banques, les actions des actionnaires, et au-delà les créances des créanciers, en commençant par les plus gros. Parce qu’il a peur que les marchés attaquent la dette française, et surtout parce que les banquiers le tiennent par la cravate, Sarko a hurlé « Non !! » C’est une faute politique majeure, car l’Allemagne plus la France pèsent 60% de l’Europe. Et à gauche ? Qui réclame l’abolition de la dette ? La punition de ces cochons de marchés ?

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.