Jacques Bonnaffé aime les textes qui ont du corps, les échappées belles, les poètes qui font danser les mots, les « voix d’instincts ». Avant d’entrer pour deux ou trois ans en rousseauisme, il a choisi d’adapter deux courts textes de Jean-Christophe Bailly qui, accompagnés de peintures de Gilles Aillaud, parlent de l’animalité : « pas une ‘altérité’ présentée sans fin et sans finesse aux hommes/comme un miroir déformant/mais une différence/un départ ». Une vieille histoire pour Bonnaffé qui a appelé sa compagnie Faisan autant en hommage au volatile qu’à l’escroc qu’il désigne en argot. Il a invité le jeune danseur Jonas Chéreau à le rejoindre pour un duo encagé qui fait la part belle à l’étranger que chacun porte en lui et qui médite sur le naturel... « C’est un jeu d’enfants qui aiment à se singer. Jouant avec le petit bouquin, quand l’un lit, l’autre singe. Juste cela tour à tour, un savant échange...»Rencontre autour de quelques mots avec un comédien adepte du Verbe pour qui la création se joue d’abord au ras du sol et campe dans les sous-bois, les fourrés et les taillis plutôt que dans les grands arbres élagués…

Jean-Christophe BaillyC’est quelqu’un qui remue très fort ses sensations, ses perceptions. C’est une très belle philosophie, elle dégage le ciel. On croit toujours que c’est compliqué mais quand il cite un aphorisme comme celui d’Héraclite, « Nature aime à se cacher », on comprend, on s’étonne. Moi ensuite je suis une vague, une onde porteuse.Le visible est le caché est issu d’un long travail d’observation, d’une contemplation physique, pas évanescente. Il pose la question du territoire : sait-on où l’on habite vraiment aujourd’hui ?À un moment faire mon travail d’acteur, c’est de faire entendre ce texte. Il y a une nécessité aujourd’hui d’entendre parler les livres. Quand une phrase est absolument géniale, quand c’est Shakespeare ou Hugo, cela crée du dérangement dans la foule, le début d’un autre usage des sons et des mots.

Animal Aujourd’hui on constitue une humanité qui a de plus en plus de mal à toucher au réel de la nature des choses. Il y a comme un démantèlement du monde. L’époque est au subterfuge. Avec l’animal, il y a du manger cru ! C’est important de se mettre à côté d’eux, et de quitter un peu nos habitudes de chasseurs-reporters, d’écologistes-observateurs. On est juste là, on vit un peu dans leurs voyages. La question, c’est comment cesser de se les approprier, de les coloniser ; dire qu’ils ne sont pas des marionnettes de l’homme. On parle de présence. Ensuite, se cacher dans le visible... Pour nous qu’est-ce que ça veut dire ? Se montrer sur scène pour dire que je m’y cache, c’est bizarre, désespéré, et donc burlesque. Il y a une proximité avec Kafka dans cette histoire.

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