par Elizabeth Pineau

PARIS, 7 septembre (Reuters) - François Hollande s'exprime dimanche soir à la télévision face à des concitoyens impatients de goûter au changement promis, une intervention condamnée à être forte pour rassurer un pays qui a pris la mesure de la crise.

L'entourage du chef de l'Etat, qui a encore deux jours pour préparer l'interview, ne laisse pour l'instant présager aucune annonce d'ampleur lors d'une intervention présentée comme "éminemment politique sur le cap", une "explication aux Français de ce qui se passe et de ce qui va se passer".

De l'avis des analystes interrogés par Reuters, les Français veulent savoir "à quelle sauce ils seront mangés".

Ce que Jérôme Fourquet, de l'Ifop, compare à "la situation du patient dans la salle d'attente d'un médecin : plus l'attente est longue, plus le stress monte".

"Le gouvernement a déroulé ses premières mesures, maintenant les Français attendent le plat de résistance", ajoute le politologue. "Ce serait une erreur grave du président que de se contenter de dire : je vous dirai dans deux ou trois semaines ce que je vais faire, notamment en matière de fiscalité".

En cette rentrée marquée par un chômage galopant, une économie atone et de mauvais sondages, le chef de l'Etat répondra pendant une vingtaine de minutes à la journaliste

Claire Chazal, dans le cadre du journal de 20 heures de TF1.

L'entretien, le premier de ce type depuis le 14 juillet, se déroulera à la veille de l'ouverture de la session extraordinaire du Parlement, avancée pour répondre à l'urgence.

Deux premiers textes attendent les députés : le plan pour le logement et la création des "emplois d'avenir" destinés aux jeunes sans qualification, premières victimes du chômage.

"LES FRANÇAIS ONT COMPRIS QUE LA SITUATION EST GRAVE"

Alors que la barre des trois millions de chômeurs vient d'être franchie, l'emploi reste bien la première préoccupation des Français, révèle un sondage CSA pour Direct Matin.

Si en 2007, Nicolas Sarkozy était attendu sur le pouvoir d'achat, la lutte contre le chômage arrive aujourd'hui en tête des inquiétudes des sondés (59%) devant la hausse des prix (57%) et les perspectives économiques (43%).

"Les Français ont compris que la situation était grave, ce qu'ils n'avaient pas complètement interiorisé jusqu'ici", note Roland Cayrol, directeur de recherche associé à Sciences Po.

Plus que de nouvelles mesures, le politologue attend du président qu'il fasse "ce que Nicolas Sarkozy s'était refusé à faire : dérouler un scénario à long terme sur la façon de 's'en sortir' - un terme des années 1950 qui revient à la mode".

Accusé par la droite de "piloter à vue", François Hollande aura à coeur de "fixer le cap, en cohérence", selon une formule du ministre du Travail, Michel Sapin.

"Il s'agit d'être dans l'éclairage de la politique qui est menée, des enjeux et des résultats qui sont attendus, de la période et du calendrier", dit-on à l'Elysée.

Elu contre Nicolas Sarkozy avec 51,6% des voix il y a quatre mois, François Hollande a vu sa cote de popularité chuter après un été qui a donné l'impression d'une pause dans les réformes et une rentrée marquée par des tensions au sein du gouvernement.

"SONT-ILS SI NULS ?"

"On veut du changement !", réclamaient des badauds impatients lors du déplacement présidentiel de la rentrée, le 31 août à la Foire de Chalons-en-Champagne.

La presse française n'est pas tendre : "On se réveille ?" "Hollande secoue-toi il y a le feu !" "Déjà dans le mur ?" "Sont-ils si nuls?" titraient les magazines ces derniers jours. De l'eau au moulin de l'opposition de droite. "S'il persiste dans l'erreur, c'est lui qui va devenir le problème de la France", déclare à propos du président l'ancien Premier ministre

François Fillon vendredi dans le Figaro.

De l'avis d'un ministre qui le connaît depuis longtemps, François Hollande saura tenir bon dans la tourmente.

"Il sent les choses, il sent le pays, c'est un homme extrêmement déterminé et en même temps soucieux de cohérence", dit-il. "Il sait qu'il va donner beaucoup de lui-même".

Ce ministre attend sur TF1 "une présentation mendésiste des choses" devant des Français qui "ont besoin de réassurance", ajoutant qu'à la différence du "vibrionnant" Nicolas Sarkozy, François Hollande, tout comme Jean-Marc Ayrault, considère que la politique "ne saurait être un bouquet final permanent".

Le tout sur fond de crise de la zone euro, dont le règlement, ou non, aura des conséquences directes sur l'économie française, que l'exécutif espère voir redémarrer à l'automne 2013.

Avec Julien Ponthus, édité par Yves Clarisse

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