Révélations d’un témoin dans l’affaire Boulin

« Robert Boulin écrivait qu’on voulait le liquider ! »

34 ans après la disparition suspecte de Robert Boulin, certains témoins acceptent de sortir de leur silence .

C’est le cas de Bernard Fonfrède, l’ancien assistant parlementaire du député suppléant de Robert Boulin, Gérard César (actuel sénateur UMP de Gironde). Pour l’avocat de la famille Boulin, Me Morice, ce témoignage justifie une nouvelle demande de réouverture d’information judiciaire.

Bernard Fonfrède
Bernard Fonfrède © Radio France

Après la disparition du ministre, Bernard Fonfrède a reçu l’ordre de faire détruire toutes les archives de Robert Boulin par des hommes du SAC (Service d’action civique), le service d’ordre musclé du parti gaulliste, engagé alors dans une dérive sanglante. Dans ces archives transportées depuis Paris par des camionnettes de gendarmerie jusqu’à la ville de Libourne (dont Robert Boulin était le député-maire), se trouvaient de nombreux courriers personnels envoyés par le ministre à des proches, notamment ses amis francs-maçons. Ces courriers, Bernard Fonfrède les a lus avant leur destruction.

Au micro de France Inter, cet ancien directeur technique national des sports de patinage, âgé de 66 ans, accepte de détailler le contenu des courriers de Robert Boulin.

« Monsieur Boulin expliquait qu’il avait des dossiers concernant le financement des partis politiques, principalement le RPR, par des sociétés africaines, comme Elf-Gabon, explique Bernard Fonfrède.Il prétendait qu’il avait de quoi faire taire tous ses détracteurs. Il parlait d’Elf-Gabon, principalement, mais il parlait aussi de comptes en Suisse. »

Bernard Fonfrède explique également que dans ces lettres, Robert Boulin se sentait clairement menacé :

« Il écrivait par exemple : "Le Grand veut ma peau." Ou encore : "Ils veulent me descendre." Ça veut dire quoi ? Me descendre politiquement… ou physiquement », s’interroge Bernard Fonfrède, qui n’a jamais été entendu par la justice. « A l’époque, c’était l’omerta », dit-il.

Bernard Fonfrède se dit prêt à en dire davantage devant un juge d’instruction, en cas de réouverture du dossier.

Il évoque également des échanges de lettres entre Henri Tournet, un escroc proche de Jacques Foccart qui a tenté de piéger Robert Boulin dans une opération immobilière. Boulin avait acheté un terrain à Ramatuelle en 1974 qui était, en réalité, déjà vendu par Henri Tournet. Affairiste en tous genres, ce dernier espérait en tirer plus tard un profit personnel, en faisant pression sur Boulin. En vain. Dans les courriers vus par Bernard Fonfrède, Boulin répliquait sèchement aux demandes de Tournet : « C’était une fin de non recevoir de Monsieur Boulin. Ce n’était visiblement pas de grands amis. » C’est cette affaire "bidon", dans laquelle le ministre n’avait rien à se reprocher, qui va être instrumentalisé par le RPR dans la presse et mis en avant comme raison officielle du prétendu suicide du ministre. En réalité, Robert Boulin avait décidé de répliquer pour tenter de faire taire ses détracteurs.

Ecoutez Bernard Fonfrède détailler le contenu de certains courriers de Robert Boulin avant leur destruction par le SAC.

Bernard Fonfrède

Ecoutez Bernard Fonfrède détailler l’état d’esprit du ministre avant sa mort :

« Il avait l’air d’un homme qui avait envie de se battre. Il était combatif. Il avait de bonnes raisons de penser qu’avec les dossiers qu’il détenait, il arriverait à faire taire ses détracteurs. » Pour le député suppléant de Robert Boulin, Gérard César (actuel sénateur UMP de Gironde) qui a vu le ministre sur son lit de mort, « cela ne faisait pas l’ombre d’un doute qu’il s’agissait d’un crime et pas d’un suicide » , explique également Bernard Fonfrède.

Bernard Fonfrède

Bernard Fonfrède s’était déjà expliqué, une première fois, sur le sujet, dans les colonnes d’un numéro spécial du journal Sud Ouest, paru en novembre 2012, consacré aux grandes affaires criminelles en Gironde.

Jean-François Probst : « Les responsables de l’assassinat de Boulin se trouvent à Paris… et à Libreville »

Si d’anciens gaullistes, comme Olivier Guichard ou Jean Charbonnel, ont déjà exprimé au micro de France Inter le fait qu’ils avaient de bonnes raisons de penser que Robert Boulin avait été assassiné, "l’affaire Boulin" demeure un sujet délicat pour les anciens compagnons de route du RPR, fondé par Jacques Chirac en décembre 1976.

La réaction de Jean-François Probst n’en est que plus importante. Ex-conseiller de Charles Pasqua et de Jacques Chirac, et fin connaisseur des réseaux "françafricains", Jean-François Probst considère aujourd’hui que Robert Boulin a bien été assassiné. Et il fait, lui aussi, le lien avec les "affaires africaines".

« J’ai toujours pensé, ayant bien étudié la question, que Robert Boulin avait été assassiné, déclare Jean-François Probst.La justice a failli. Même 30 ans après, il faut tenter de chercher la vérité. L’Histoire finira pas dire la vérité. Le ou les vrais responsables on les retrouvent dans plusieurs capitales : à Libreville, chez Bongo, à Bangui, en Centrafrique, et peut-être à Paris… »

Ecoutez le témoignage de Jean-François Probst au micro de Nathalie Hernandez.

Jean-François Probst

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