On estime que 18 millions de bouches sont nourries grâce aux produits vendus sur le MIN, le marché d'intérêt national de Rungis, aux portes de Paris.

On a l’habitude de dire que Rungis c'est une ville dans la ville. Avec ses 232 hectares, le marché est aussi grand que la principauté de Monaco.

Outre les espaces réservés à la vente, on trouve des banques, une caserne de pompiers, un commissariat, les douanes, des stations-services.

Plus de 11 000 salariés y travaillent, 2000 sociétés y sont implantées. C'est le 2ème pôle économique d'Ile-de-France, après la Défense.

Rungis a ouvert ses portes le 3 mars 1969. Les Halles de Paris abandonnaient les choux, les carcasses de viande et les fêtards pour passer à l'histoire.

Reporter

Inter-actualités 8h00 du 3 mars 1969. Au micro : André Sabas

Les atouts de Rungis : un espace énorme et la mécanisation

Claude Le Délas
Claude Le Délas © Vanessa Descouraux/RF

Claude Le Délas
Claude Le Délas © Vanessa Descouraux/RF
Les Halles de Paris ne nourrissaient que la capitale et ses alentours, Rungis aura une dimension internationale (10% des ventes sont pour l'exportation Angleterre, Allemagne, Hollande...).

C’est cette possibilité de développement qui a fait que Claude Le Délas y a tout de suite cru.

Claude Le Délas a 68 ans. Grossiste à la retraite, il a vendu son magasin il y a 7 ans mais est resté très actif à Rungis.

En 1969, il travaillait aux Halles avec son père. Il choisit de fonder sa propre entreprise et de s’installer à Rungis, conscient que cet énorme espace permettrait de viser de nouveaux marchés.

Claude Le Délas

Autre raison du succès de Rungis : la mécanisation. Les « anciens » se souviennent qu’avant tout se faisait à la force du dos et des bras des hommes. Les questions et les craintes de l’époque -les clients viendront-ils jusqu’à Rungis- ont été vite balayées.

Antoine D’Agostino a 73 ans. Il est le patron de la Cave de Rungis où il vend « des produits festifs », comme il dit, autrement dit du vin et des spiritueux.

S’il y a un lieu où l’ascenseur social marche encore c’est Rungis

Un travail très dur, des horaires impossibles, mais de réelles possibilités de carrière. C’est comme ça que Guy Echallier, patron de Mécarungis, société prestataire de service dans le pavillon des viandes et ex leader du syndicat des négociants en boucherie, décrit le boulot à Rungis.

Avec un exemple de cette réussite : l’histoire d’un jeune homme arrivé à Rungis comme commis à 16. Quinze ans après il est devenu le PDG d’une importante société.

Guy Echallier

### La légende de Rungis c’est aussi la gouaille des vendeurs, des grossistes, des acheteurs

C'est une partie du Paris populaire qui subsiste, malgré les 8 milliards d'euros de chiffres d'affaires chaque année.

Etienne est négociant en volaille. Il travaille ici depuis 10 ans. Il y venait avant en tant qu’acheteur.

Pour lui Rungis c’est un lieu vraiment différent où, malgré tout, ce qui est important c’est le travail et la parole donnée.

Etienne

Même quand on boit son jus, on fait des affaires.

Rungis c'est un monde à part. Celui de la nuit, du travail en décalé.

Le marché ne dort pas ou si peu. De l'activité dès 1h du matin, avec le pavillon des poissons et des crustacés ; jusqu'en fin de matinée avec les bâtiments dédiés aux fruits et légumes et aux fleurs. C'est après 15h, jamais avant, que Rungis retrouve un peu de quiétude.

Visite au Saint Hubert avec Claude Le Délas. Ce café a été le premier à ouvrir dans l’un des bâtiments, celui de la volaille. Sur le comptoir, autant de cafés que de petits blancs ou ballons de rouge. Lorsqu’on s’est réveillé à 1 heure du matin, à 6 heures on en est déjà au casse-croute.

Claude Le Délas

Même ceux qui ont quitté Rungis continuent à y venir.

Antoine D’Agostino, comme Claude Le Délas, comme tant d’autres n’imagine pas quitter définitivement Rungis.

Même ceux qui ont vendu continuent à y venir. « Rungis c’est une vie » disent-ils.

Les raisons de cet attachement sont à chercher dans la bonne ambiance qui règne, dans le travail d’équipe, la sincérité selon Antoine D’Agostino.

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