L’œuvre d’Artémisia Gentileschi est celle d’une femme forte et d’une femme libre.

Elle a réussi à s’imposer comme une véritable artiste à une époque où une femme restait mineure toute sa vie et appartenait soit à son père, soit à son mari. C’est la première femme, par exemple, à peindre des sujets religieux à une époque où ces thèmes sont considérés comme hors de portée d’un esprit féminin.

Ou encore, elle ose peindre des nus, "chose inimaginable pour une femme à l'époque", souligne Patrizia Nitti, directrice artistique du Musée Maillol.

Artémisia Gentileschi, grâce à son talent, a travaillé pour des princes et des cardinaux, et vécu toute sa vie de sa peinture, fait rarissime pour une femme à l’époque.

Artemisia Gentileschi : Vierge allaitant
Artemisia Gentileschi : Vierge allaitant © Radio France

Son œuvre se caractérise par une grande maîtrise des couleurs, secret auquel elle a été initiée dès son adolescence dans l’atelier de son père. Sa maîtrise des clairs-obscurs et sa finesse dans l’exécution des détails signent aussi ses œuvres.

Inspirée par Le Caravage, elle se détache de cette influence et de celle de son père à son arrivée à Florence. Précurseur une fois encore, elle est la première femme admise à l’Académie de dessin florentine.

Son style s’affirme, elle peint des figures d'héroïnes bibliques, des femmes fortes sauvant leur peuple comme Cléopâtre, Bethsabée ou encore Judith. En témoigne l’une de ses œuvres principales "Judith et Holopherne", dans laquelle la belle Judith tranche la tête du général qui assiège son peuple après l'avoir enivré.

Dans ce tableau, Artémisia Gentileschi se focalise sur l’action, sans se soucier de l’émotion qu’elle suscite.

On retrouvera dans d’autres toiles cette volonté de réalisme farouche et cette impression de violence graphique.

Beaucoup d’observateurs et de critiques y voient les conséquences du viol subit à 18 ans par l’artiste. Mais pour Francesco Solinas, co-commissaire de l'exposition, et maître de conférences au Collège de France, ce scandale a contribué à occulter son génie.

Or Artémisia Gentileschi est justement l’incarnation d’une femme qui a réussit à s’affranchir de la condition à laquelle la condamnait son sexe.

Il a fallu le travail des féministes américaines dans les années 70 pour reconnaître le génie d’Artémisia Gentileschi, qu’elles avaient adoptée comme figure emblématique. Elles ont permis de faire redécouvrir ses tableaux.

Trois siècles plus tard, le Musée Maillol, à Paris, rend hommage à une artiste à nouveau reconnue et universellement appréciée.

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