Sado-masochisme au goudron Tout ce qui est utile est laid. British Petroleum est utile. A propos de goudron, s’il y en a un qui mérite bien le goudron et les plumes, il suffirait d’ailleurs de plumer quelques pélicans mazoutés, c’est le patron de BP, Tony Hayward, avec sa tronche de jeune giscardien et son ignoble accent d’Oxford. BP vient de se faire remarquer à nouveau par une petite fuite de pipeline dans l’Alaska. Et le patron de BP passe toujours à la télé pour expliquer que non, il n’a pas pris de risques extraordinaires, oui, tout avait été contrôlé, bref, non, les experts étaient formels, oui la faute à pas de chance. BP paye les agences et les experts. BP paye les politiques. BP refit tantôt la carte du Moyen-Orient. BP pue, tue, pollue. Et que va-t-il arriver à BP ? En ce moment, les pêcheurs de Louisiane se voient interdire une zone de pêche équivalente à la surface de la France. Vous direz, pour les poissons, c’est pareil, crever dans les filets ou dans le pétrole... Pas tout à fait. Avec le mazout le poisson ne finira pas en farine animale ou protéine pour les humains, il n’aura aucune utilité. Or l’économie c’est l’utilité. BP est utile. BP fait du fuel pour vos voitures, qui vous déplacent, vous font travailler, donc sont utiles. A quoi sert un pélican ? rien qu’à sa tronche, vous vous dites qu’il doit pas servir à grand-chose. Il doit faire son petit boulot dans la chaîne du vivant, mais la chaîne du vivant, pour des gens comme ceux BP, mus par le profit, n’a pas grand sens. La chaîne du vivant pour Total, acoquiné avec la junte Birmane et qui exploite du travail forcé, n’a pas grand sens non plus. Total soutient la junte birmane en faisant exploitant du gaz par des esclaves. Le capitalisme est sadique. Mais la moustache de Monsieur de Margerie frétille, exploiteur de travail sous les fusils de la junte birmane : si c’est pas Total, ce sera BP ! donc autant que ce soit Total. C’est la loi de la concurrence. Dans ce raisonnement imparable, il manque une chose : la cravate de Monsieur Hayward. Monsieur Hayward n’en porte plus depuis que son pétrole sort du fonds des océans. Pourquoi, lui qui a toujours porté une cravate pour souligner son putain d’accent prétentieux d’Oxford, n’en porte-t-il plus? Pour faire écolo. Il était jeune giscardien, il est jeune duflotien. Il dépense en ce moment 50 millions de dollar en pub pour sauver l’image de BP. Entre l’image de BP et la tronche des pélicans englués, y a pas photo. Cravate ou pas, les américains le mettront-ils en cabane, comme le dit la presse, pour mensonge, tromperie, truquage d’expertise ? La seule punition qu’on souhaite pour cet individu, c’est de manger de la nourriture assaisonnée au mazout pendant quelques temps. Disons un an. Allez, six mois, pas plus. Et aux américains, qui ont fondé leur mode de vie sur la bagnole et l’habitat extensif, dont le niveau de vie ne s’exprime que par un seul indice depuis cinquante ans, le nombre de litres de pétrole brûlés, on leur souhaite une pollution – temporaire, soyons gentils - de leur belle Floride. Si le pays des yachts consommant 100000 litres de fuel par semaine pouvait être un petit peu noirci par le mazout... La plage de Pensacola mazoutée, et les flancs des bateaux blancs maculés de cette matière visqueuse sortie des entrailles de la terre... Méchant, hein ? Justement, le yacht de Bolloré est amarré à Miami, ces temps-ci. Au mazout Bolloré ! au mazout les fines chevilles et les doigts de pied goûtant l’eau des amis de Bolloré ! Les consommateurs sont plus riches parce qu’ils consomment plus de pétrole. La Chine est désormais le premier marché automobile du monde. Et vous-mêmes, pouvez-vous vous passer de votre ouature ? Non, bien sûr, vous gueulez lorsque la TIPP augmente, vous êtes contre les péages à l’entrée des villes, pour les voies rapides, contre la lenteur et la lourdeur pélicanesque. Vous êtes des rapides. Vous supportez les embouteillages, donc vous êtes masos. Moi aussi je suis maso. Moi aussi je deviens hystérique dans les bouchons, notre vin bouchonné quotidien. Etonnez-vous qu’il se décarcasse, Hayward le décontracté, pour vous trouver du fuel ! Il fore de plus en plus profond, il fouille en Alaska, il exploite les sables bitumineux du Canada, il fout en l’air les plus belles régions de la terre, il est utile. Tout ce qui est utile est laid. Monsieur Hayward est aussi laid qu’un pélican est beau.

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