[scald=60091:sdl_editor_representation]par Emmanuel Jarry

CANNES, Alpes-Maritimes (Reuters) - Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sont de nouveau contraints de jouer les artificiers pour tenter de désamorcer la bombe jetée au coeur de la zone euro par George Papandréou à la veille du sommet du G20 sous présidence française à Cannes.

Le président français et la chancelière allemande prient mercredi soir George Papandréou, convoqué dans cette cité de la Côte d'Azur, de s'expliquer sur sa décision de soumettre à référendum le plan européen de sauvetage financier de la Grèce, laborieusement conclu jeudi dernier à Bruxelles.

Ils s'efforcent surtout de limiter les effets dévastateurs d'une décision unilatérale qui a semé la consternation en Europe et enflammé les marchés financiers, alors que la question d'une sortie de la Grèce de l'euro n'est plus taboue.

"Les Grecs doivent dire vite et sans ambiguïté s'ils choisissent ou non de conserver leur place dans la zone euro", a ainsi déclaré mercredi le Premier ministre français, François Fillon, lors des questions d'actualité à l'Assemblée nationale.

A Cannes, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont d'abord accordé leurs violons avec les dirigeants des institutions européennes et la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, lors d'une première réunion, à 17h30.

A l'issue de cette réunion, peu avant 19h30, seul Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, a parlé, pour placer la Grèce devant ses responsabilités.

"Nous avons pris il y a une semaine des décisions à 17, nous n'accepterons pas que quelqu'un se dissocie de la décision des 17", a-t-il dit.

"Nous avons pris de solides décisions les 26 et 27 octobre à Bruxelles et nous voudrions que les décisions que nous avons prises soient appliquées d'une façon coordonnée et concertée. La situation est grave et donc il faut en toutes circonstances être cohérent et conséquent", a-t-il ajouté.

Puis les mêmes se retrouveront à 20h30 avec George Papandréou et son ministre des Finances, Evangelos Venizelos, après une rencontre bilatérale entre Nicolas Sarkozy et son homologue chinois, Hu Jintao.

Selon des sources gouvernementales françaises, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel pourraient proposer à George Papandréou une feuille de route en trois points : obtenir de son Parlement un vote positif sur le plan européen et ses contreparties, fixer la date la plus proche possible pour le référendum et choisir une question qui mettent les Grecs face à leurs responsabilités.

Un vote positif du Parlement grec vaudrait engagement à respecter les contreparties demandées à la Grèce en matière de réformes économiques et financières, en échange de la solidarité des autres pays de l'euro, fait-on valoir à Paris.

Ce serait "un élément extrêmement apaisant, à la fois pour les autres Etats membres et pour les marchés", a dit à Reuters le ministre français des Affaires européennes, Jean Leonetti.

BOITE DE PANDORE

La question de savoir si ce vote interviendrait après le vote de confiance demandé par George Papandréou vendredi ou à cette occasion reste pour le moment sans réponse.

Mais il est clair que "l'état des marchés montre qu'il faudra un geste assez rapide", souligne-t-on du côté français.

S'il paraît difficile à ce stade de contraindre George Papandréou à renoncer à son projet de consultation populaire, les partenaires de la Grèce jugent impossible d'attendre le début de l'année prochaine.

"Le Premier ministre grec a ouvert une boîte de Pandore qui est dangereuse pour son peuple, dangereuse pour la Grèce et dangereuse pour la zone euro", a ainsi déclaré sur France 2 le ministre français de l'Agriculture.

"Tout ce qui peut nous permettre d'aller rapidement, donc de ne pas laisser les marchés financiers dans un état de panique (...) sera une bonne décision", a ajouté Bruno Le Maire.

La France souhaite que le référendum, si référendum il y a, ait lieu au plus vite, si possible avant l'échéance du prochain versement de l'aide européenne à la Grèce à la mi-décembre, a confirmé à Reuters Jean Leonetti.

Pour les dirigeants français, la question qui sera alors posée aux Grecs ne peut en aucun cas porter sur un accord conclu à 17 et qui impose des sacrifices à toutes les parties.

Selon des sources gouvernementales françaises, Nicolas Sarkozy et Angela Merkel devrait d'ailleurs rappeler à cet égard à George Papandréou ses engagements et lui signifier qu'ils sont indissociables de l'aide européenne.

Pour les dirigeants français, la seule question qui vaille désormais d'être posée aux Grecs par référendum, est, comme l'ont souligné avec insistance François Fillon, Jean Leonetti ou Bruno Le Maire : "Voulez-vous ou non rester dans la zone euro ?"

Faute d'accord mercredi soir entre Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et George Papandreou, les derniers rebondissements de la crise de la dette grecque risquent de polluer le sommet du G20, dont le président français voulait faire un temps fort de la fin de son quinquennat.

édité par Patrick Vignal

Mots-clés :

Derniers articles


Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.