PARIS (Reuters) - La présidence de la République a laissé entendre vendredi que Nicolas Sarkozy restait favorable à une "union civile" pour les homosexuels, qu'il prônait avant son élection en 2007.

Selon le quotidien Libération, le chef de l'Etat, probable candidat à sa réélection en avril-mai prochains, pourrait inscrire le mariage gay dans son programme.

"Il est important de se référer à ses propos publics", répond l'Elysée, interrogé sur cette information, en renvoyant notamment sur une interview de Nicolas Sarkozy publiée par un magazine destiné aux homosexuels, Têtu, le 24 avril 2007, entre les deux tours de la présidentielle.

Celui qui n'était encore que le candidat de l'UMP y estimait que l'impossibilité pour les homosexuels de s'unir civilement constituait une discrimination et une "injustice majeure".

"Puisqu'on ne choisit pas sa sexualité, fonder une discrimination sur quelque chose qu'on ne choisit pas, c'est une injustice majeure", expliquait-il. "Je suis donc pour une union civile homosexuelle qui ne passe pas par le greffe du tribunal d'instance, mais par la mairie."

Il allait alors jusqu'à préciser que cette union civile à la mairie entraînerait une égalité fiscale, sociale et patrimoniale totale avec les couples mariés, avec, par exemple, un droit à la pension de réversion pour le conjoint homosexuel.

Une grande partie de la droite, qui constitue le socle de la majorité présidentielle actuelle, est opposée au mariage gay et le chef de l'Etat n'a pas donné suite.

MEA CULPA

Les députés ont rejeté en juin dernier une proposition de loi du groupe socialiste visant à ouvrir le mariage aux couples de même sexe.

Si l'entourage de Nicolas Sarkozy laisse entendre qu'il n'a pas changé d'avis par rapport à 2007, cela ne va pas jusqu'à confirmer sans ambiguïté qu'il inscrira cette idée d'une "union civile" pour les homosexuels dans son programme de 2012.

Selon Libération, le président, qui n'officialisera sa candidature que fin février ou début mars, réunira dans quelques jours ses collaborateurs pour trancher la question.

Un proche du chef de l'Etat, Alain Carignon, a déclaré à Reuters qu'il n'avait pas entendu parler à ce jour d'un tel projet, qui pourrait, selon lui, compliquer encore la question du report des voix de l'électorat du Front national sur Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle, le 6 mai.

"Ça me surprendrait mais ça ne m'étonnerait pas que le président nous étonne", a cependant ajouté cet ancien ministre. "Ce qui est sûr, c'est qu'il faut qu'il fasse quelque chose sur les questions de société."

Le secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, s'est pour sa part déclaré ouvert au débat sur la légalisation en France du mariage homosexuel, lequel est déjà légal dans sept pays européens, dont la Belgique et l'Espagne.

Onze pays de l'Union européenne autorisent une forme d'union civile ouverte aux couples homosexuels comme le Pacte civil de solidarité (Pacs) mis en place en France par le gouvernement de gauche de Lionel Jospin (1997-2002).

Dans l'interview a Tétu, Nicolas Sarkozy, qui avait voté contre le Pacs comme de nombreux députés et sénateurs de droite, avait fait son mea culpa. "On s'est trompé sur le Pacs", avait-il alors dit. "Oui, nous sommes passés à côté du Pacs (...) La droite doit évoluer et ne pas se caricaturer."

Emmanuel Jarry, édité par Patrick Vignal

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