Les conditions ne sont pas réunies pour que je confirme par décret la désignation d'Hervé Crès

Une déclaration laconique ce matin, de la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche. Geneviève Fioraso n'aura pas attendu pour tirer les conséquences du rapport assassin dévoilé par la Cour des Comptes sur la gestion pour le moins dispendieuse de Sciences Po sous l'administration précédente. Hervé Crès, désigné comme le probable successeur du défunt Richard Descoings à la fin du mois d'octobre par les deux instances dirigeantes de l'école, voit donc sa nomination repoussée.

La ministre de l'Enseignement supérieur Geneviève Fioraso, interrogée par Nour-Eddine Zidane

Un rapport accablant

Jeudi matin, le président de la Cour des Comptes Didier Migaud a confirmé que l'institution avait saisi la Cour de Discipline budgétaire et financière (CDBF), ouvrant la voie à de possibles sanctions.

Dans le viseur du rapport "Sciences Po : une forte ambition, une gestion défaillante", principalement, un système de rémunération extrêmement opaque, ainsi qu'une gestion des fonds alloués plutôt dispendieuse. La Cour pointe notamment du doigt une "utilisation abusive des cartes bancaires" ou encore des incohérences dans la rémunération d'enseignants-chercheurs payés intégralement sans nécessairement effectuer toutes les heures prévues.

La Cour des Comptes insiste également sur la rémunération du directeur de Sciences Po. Richard Descoings, en poste de 1996 jusqu'à sa mort le 3 avril dernier, a touché jusqu'à 537.247 euros en 2010, son salaire ayant augmenté de 60,4% entre 2005 et 2011.

Alertée sur ces dysfonctionnements internes, Sciences Po avait répondu il y a quelques jours à ce rapport, en promettant de mettre de l'ordre dans sa gestion des comptes, mais en réfutant également certaines critiques, comme celles touchant à la rémunération des enseignants-chercheurs.

> consulter l'intégralité du rapport

Richard Descoings Science Po Paris
Richard Descoings Science Po Paris © radio-france

Quelles conséquences ?

Hervé Crès, désigné en octobre dernier
Hervé Crès, désigné en octobre dernier © Radio France / AP Photo/Thibault Camus
Les conséquences pour l'image de l'une des plus prestigieuses écoles parisiennes sont évidentes. Plus concrètement, le futur directeur désigné, Hervé Crès, pourrait ne jamais occuper le poste. En effet, sous la direction de Richard Descoings, il s'occupait de la direction des études et de la scolarité, l'un des quatre pôles pointés du doigt par le rapport de la Cour des Comptes. La possibilité de poursuites à son encontre a donc poussé la ministre de l'Enseignement supérieur à faire machine arrière. Le mode d'administration de Sciences Po se trouve aussi épinglé, et fragilisé. L'école possède un double statut : privé, sous l'autorité de la Fondation nationale des Sciences politiques (FNSP), mais recevant des fonds publics car imbriquée dans l'Institut des Etudes politiques (IEP). Ce sont ces deux instances qui ont désigné à la fin du mois dernier Hervé Crès comme successeur de Richard Descoings. Leurs deux dirigeants, Jean-Claude Casanova pour la FNSP, et Michel Pébereau, président du Conseil de direction de Sciences Po, ont été entendus cet après-midi par la Commission des affaires culturelles et de l'Education de l'Assemblée nationale. _Jean-Claude Casanova, directeur de la Fondation nationale des Sciences politiques, interrogé par Laetitia Saavedra_
target="_blank" href="http://admin.franceinter.fr/#"> ![Lecture](http://admin.franceinter.fr/sites/all/themes/fi_player_theme/img/spacer.png) En attendant d'y voir plus clair, un administrateur provisoire aura la lourde charge de mener la barre de Sciences Po et ses 12.000 élèves. Une période que Geneviève Fioraso, la ministre de l'Enseignement supérieur, souhaite "la plus courte possible. Sur le versant judiciaire, la balle est désormais dans le camp de la Cour de discipline budgétaire et financière, qui peut décider d'entamer des poursuites si elle juge les faits présentés par la Cour des Comptes suffisamment graves. Le syndicat étudiant UNEF lui n'a pas attendu, appelant les deux dirigeants entendus aujourd'hui à l'Assemblée nationale, à démissionner. __
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