par Nathalie Olof-Ors et Silke Koltrowitz

ZURICH (Reuters) - Les automates sont souvent relégués au rang des jouets rétro et des objets de collection, mais ces pièces mécaniques qui faisaient fureur au XVIIIe siècle devraient connaître une cure de jouvence avec la sortie du dernier film de Martin Scorsese.

L'énigme du long métrage en 3-D Hugo Cabret, qui sortira dans les salles pour les fêtes, repose en effet sur un automate cassé renfermant un secret qui lancera ses jeunes héros sur les traces de Georges Méliès, l'inventeur des effets spéciaux à l'époque du cinéma muet, dans le Paris des années 1930.

François Junod, un fabricant d'automates basé à Sainte-Croix, une petite bourgade accrochée aux montagnes du Jura suisse, se félicite en tout cas de voir son savoir-faire revenir sous les feux des projecteurs.

"Je pense que les automates fascinent à nouveau parce que les objets technologiques sont de plus en plus difficiles à appréhender", confie-t-il à Reuters dans son atelier, où les pièces anciennes côtoient des automates modernes dans un bric-à-brac de petits mécanismes en laiton et d'épreuves en silicone.

"Avec un automate, les gens ont l'impression de comprendre le principe. On sait qu'on remonte un ressort qui active les mécanismes. Je pense que les êtres humains ont besoin de comprendre comment fonctionnent les choses", ajouté-t-il.

Ses oeuvres, qui peuvent coûter entre 30.000 et 1,5 millions de francs suisses (entre 24.000 et 1,2 million d'euros), nécessitent pourtant un enchevêtrement de pièces complexes qui peuvent demander plusieurs années de travail.

Tout en dévoilant le mécanisme qui se cache derrière un automate renfermant un minuscule oiseau, François Junod avoue "être passé pour un fou" lorsqu'il s'est lancé dans la fabrication d'automates au début des années 1980, après une double formation en horlogerie et à l'école des Beaux-Arts de Lausanne.

RÉPUTATION SUISSE

Au XVIIIe siècle, la Suisse s'était bâti une solide réputation sur les automates sous l'égide d'horlogers tels que Pierre Jaquet-Droz et Jean-Frédéric Leschot, dont les créations faisaient sensation à Versailles.

Cette tradition s'est toutefois étiolée à partir des années 1950 alors que ces objets apparaissaient de plus en plus désuets face à la machinisation et à la robotique.

"Un jour, un client qui avait découvert mon travail par hasard lors d'un passage en Suisse m'avait dit qu'il pensait que tous les fabricants d'automates étaient morts", dit-il, tout en s'affairant autour d'un androïde représentant Leonard de Vinci qui attend en pièces détachées que l'automatier lui redonne vie.

François Junod s'est pris de passion pour les automates en traînant dans l'atelier du père d'un copain d'école, un Français installé dans le Jura pour se rapprocher de cette région connue pour ses pièces mécaniques et ses boîtes à musique.

Depuis, il s'est attaché à perpétuer ce savoir-faire, tout en l'ancrant résolument dans le XXIe siècle.

A la tête d'un atelier qui emploie cinq personnes, l'automatier restaure aujourd'hui des pièces anciennes tout en fabriquant des automates de prestige pour des musées, des grandes marques horlogères et des collectionneurs privés.

DES CLIENTS DANS LA SILICON VALLEY

Parmi ses clients, figurent notamment le sultan du Brunei ainsi que Michael Jackson, le chanteur américain décédé en 2009.

Mais ses créations plaisent en particulier au Japon, le pays de la robotique par excellence, ainsi que dans la Silicon Valley, le coeur de l'innovation technologique aux Etats-Unis.

"Souvent, les gens qui ont des compétences très pointues en informatique sont fascinés par les pièces mécaniques", dit-il.

En 2010, François Junod a livré à un entrepreneur californien un androïde aux traits du poète russe Alexandre Pouchkine, capable de réaliser jusqu'à 1.458 haïkus de manière aléatoire grâce à une combinaison de substantifs et d'épithètes.

Le secret repose sur une équation complexe, élaborée par son client avec qui François Junod avait développé cette pièce unique qui a nécessité près de quatre années de travail.

Le temps d'un projet avec l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, un des principaux centres de recherche en Suisse, François Junod a aussi pris pied dans la robotique avec la mise au point d'une danseuse alliant les mécanismes traditionnels des automates aux technologies de navigation par guidage laser.

Les automates se distinguent des robots dans leur conception, les robots étant reprogrammables pour réaliser des tâches diverses alors que les automates accomplissent uniquement des séquences de gestes reposant sur des mécanismes prédéfinis.

Mais aux yeux de François Junod, la différence est ailleurs.

"Avec un robot, il faut trouver une fonction utilitaire, alors qu'avec un automate on fait de la poésie".

Edité par Yves Clarisse

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