Manifestation en mémoire de Clément Méric Place Saint Michel
Manifestation en mémoire de Clément Méric Place Saint Michel © REUTERS/Charles Platiau

Sept personnes étaient toujours en garde à vue vendredi dans l'enquête sur la mort la veille à Paris du militant d'extrême gauche Clément Méric, tandis que les politiques continuent d'exiger la dissolution des groupuscules d'extrême droite.

Un huitième suspect, une femme, a été relâché en début d'après-midi et Serge Ayoub, le leader des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) dont certains suspects sontproches, a été entendu par les enquêteurs.

L'autopsie a déterminé que Clément Méric, 19 ans, est mort jeudi d'un "coup reçu en plein visage", la veille, lors d'une bagarre avec des skinheads.

D'après les premières conclusions des médecins légistes, "l'ecchymose repérée à l'arrière du crâne, provoquée par la chute du jeune homme sans doute sur un objet métallique, n'est pas à l'origine du décès".

Les précisions de Franck Cognard

Le bureau du procureur François Molins, qui tiendra une conférence de presse samedi matin, n'a pas confirmé dans l'immédiat. Selon une source proche de l'enquête, les éléments sur la cause du décès ne sont pas encore assez précis.

Deux suspects ont reconnu avoir frappé la victime, mais un seul des deux précise que le jeune homme est tombé à la suite de son coup de poing. Tous deux démentraient avoir utilisé un poing américain, pièce de métal dans laquelle on passe les doigts.

Le dernier suspect placé en garde à vue s'est présenté de lui-même jeudi soir à la police judiciaire, comme l'avaient déjà fait trois autres membres du groupe, a-t-on précisé de source policière. Deux femmes figuraient parmi les gardés à vue. Les enquêteurs de la PJ cherchent à déterminer les circonstances exactes de la rixe et à vérifier si le ou les auteurs des coups portés à Clément Méric ont utilisé des poings américains, comme l'a déclaré un témoin.

La mort de Clément Méric, étudiant à Sciences-Po et militant "antifasciste" du groupe "Antifa" a suscité une vive émotion au sein de la classe politique.

Une partie des suspects gravitent autour du mouvement. Troisième Voie dirigé par Serge Ayoub ou de son organisation pour les jeunes, les JNR.

Légitime défense ?

Le décès de Clément Méric
Le décès de Clément Méric © Radio France

Les militants d'extrême droite et d'extrême gauche se sont affrontés à la sortie d'une vente privée de vêtements de marque prisés par les deux groupes.

Selon des sources policières, cinq skinheads, après un échange d'invectives dans le bâtiment, ont demandé la protection des vigiles, qui leur ont ensuite dit que les "antifascistes" étaient partis. Or, ces derniers se trouvaient à l'extérieur lorsqu'ils ont quitté la vente.

La PJ s'efforce notamment de déterminer qui a déclenché la bagarre. Dans un mail révélé par Libération.fr, un militant libertaire assure que le groupe ne voulait pas en découdre et que ce sont les skinheads qui se sont jetés sur eux avec, pour certains, des poings américains.

Serge Ayoub a affirmé pour sa part sur iâTélé que les militants d'extrême droite voulaient éviter la confrontation et qu'ils ont agi en état de "légitime défense".

Les suspects ont tous donné la même version des faits à savoir qu'une bagarre "généralisée et désordonnée" avait éclaté, qu'ils étaient en état de légitime défense et qu'ils n'avaient jamais eu l'intention de tuer le jeune homme.

Une grande partie de la gauche appelant à la dissolution des groupes d'ultradroite qui ont tenté d'exploiter et de perturber les manifestations contre le mariage homosexuel, le gouvernement, a rappelé avoir déjà mis ce projet à l'étude.

Toutefois, la dissolution de groupuscules extrémistes en France répond à des conditions juridiques précises. Sont visées les organisations qui s'apparentent à des groupes de combat ou qui incitent à la haine en fonction de la race ou de la religion.

Des analystes estiment que la dissolution ne constitue pas une solution sur le long terme et que les groupes renaissent aussitôt sous une autre appellation.

Dans un communiqué diffusé jeudi, Alexandre Gabriac, président des Jeunesses nationalistes, implantées dans la région lyonnaise, a prévenu qu'une interdiction ne ferait que renforcer son mouvement. "Même si vous coupiez une branche de l'arbre, vous n'empêcheriez pas la sève de monter", a-t-il écrit.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.